Sports

Records à gogo(s)

Yannick Cochennec, mis à jour le 08.05.2009 à 19 h 23

Oui, je veux croire que certains exploits ne doivent rien à la science et à la médecine.

Il y avait les vrais records - mais ceux-là on n'a pas envie d'en citer un seul parce que l'on est désormais rongé par le doute. Il y avait les records du dopage — ou plutôt on imagine les deviner: plus de 20 ans après les JO de Séoul, Florence Griffith-Joyner (et ses 10'49 sur 100m et 21'34 sur 200m) continue, par exemple, de détenir les deux meilleurs temps sur ces deux distances. Il y avait les records indéchiffrables à travers les époques comme celui, notamment, des 14 victoires en Grand Chelem de Pete Sampras qui «écrasent» les 11 tournois majeurs de Rod Laver interdit de participation aux épreuves du Grand Chelem de 1963 à 1967 parce qu'il avait abandonné son statut d'amateur pour devenir pro. Et il y a désormais les records... au polyuréthane trempés de l'eau de la piscine Antigone de Montpellier, cadre de ces récents championnats de France, où la natation française s'est noyée dans le ridicule.

Ces championnats ont vu Frédérick Bousquet sortir des profondeurs de l'anonymat et de la hiérarchie internationale pour émerger en nouveau recordman du monde du 50m nage libre et en nouveau champion de France du 100m au nez et au bonnet d'Alain Bernard, pourtant champion olympique et tout frais recordman du monde de la distance. Bousquet dont les performances n'ont pas été les seules à faire des vagues dans le bassin montpelliérain où deux records du monde, cinq records d'Europe et un total astronomique de 33 records de France ont été battus comme à la parade. Tous ces nageurs, ou presque, Bousquet en tête, avaient le point commun de porter la combinaison Jaked «J01» impliquée dans 26 des 33 records de France. Confectionnée en Italie, la J01 possède une couche de polyuréthane appliquée sur toute la combinaison qui permet grâce à son imperméabilité d'améliorer sensiblement la flottabilité et donc la vitesse des nageurs.

Si l'homme ne marche pas encore sur l'eau, il nage déjà, c'est maintenant une certitude, au-dessus des flots. «Il faut fixer des règles et que tout le monde respecte un cahier des charges précis. Il y a une autre solution: revenir aux maillots de bain ou aux combinaisons classiques, mais c'est impossible, s'est écrié Amaury Leveaux, vice champion olympique du 50m nage libre à Pékin, mais nettement en retrait à Montpellier parce qu'il n'était pas équipé de la «J01». Il est clair que la situation doit évoluer, sinon on va droit dans le mur».

Dans le mur pour des records à gogo destinés aux gogos que nous, journalistes sportifs, serions les premiers à commenter? Et pour faire de surcroît, par la même occasion, pauvres naïfs, le service après-vente de la «J01» vendue près de 400 euros l'unité? Assurément, répondront ceux à qui le sport fait horreur - et je crains qu'il y en ait sur Slate - et qui nous renverront à nos jeux d'enfant. Parce que c'est vrai que pour être journaliste sportif, il faut avoir conservé cette part d'enfance qui fait que nous passons le plus clair de notre temps à observer à la loupe les faits et gestes d'individus qui jouent avec une balle ou un ballon. Légèreté d'imaginer que l'homme peut encore repousser ses limites sans artifice ou sans combinaison qui sent la combine.

A quoi sert un record?

A croire justement que c'est possible. Parfois, comme un miracle. On ne va plus à la messe, mais on se rue au stade. Oui, j'ai envie de croire que la magie laissée dans le sillage d'Usain Bolt et de ses deux records du monde pékinois ne sortait pas du chapeau d'un Docteur Mabuse. Que les huit médailles d'or historiques de Michael Phelps n'étaient pas, en réalité, un alliage factice. Que les sept titres consécutifs de Lyon en Ligue 1 ne reposaient pas sur je ne sais quel étrange secret de vestiaire. Que Rafael Nadal carbure à l'eau claire sur les courts du monde entier. «Yes, they can». Sans polyuréthane...

Nadal, justement, que j'ai la chance de l'observer de près depuis quelques années sur le circuit professionnel de tennis est selon moi totalement étranger au dopage, en raison de la remarquable éducation qu'il a reçue — et il suffit de rencontrer ses oncles pour comprendre que les Nadal sont d'ahurissantes forces de la nature. En l'espace de trois semaines, le Majorquin vient de confirmer son statut d'intouchable sur terre battue en s'imposant successivement à Monte-Carlo, Barcelone et Rome. Si sa victoire, dimanche, dans la capitale italienne n'était «que» la quatrième (record) sur les courts du Foro Italico, ses succès en Principauté et en Catalogne étaient, à chaque fois, les cinquièmes d'affilée (record) sur une surface où son pouvoir de n°1 mondial s'exerce de manière tyrannique. Et l'Espagnol a d'autres marques en vue, à commencer par celle laissée par Agassi.

La question n'est plus de savoir si Nadal pourrait tomber de son piédestal à Roland-Garros, mais s'il y aura tout simplement un joueur pour signer l'exploit de lui arracher un set, ce qu'aucun de ses sept adversaires n'avait réussi à faire en 2008. Sauf blessure ou grippe mexicaine, Rafael Nadal remportera, le 7 juin, le tournoi de Roland-Garros pour la cinquième année consécutive - un exploit qui serait inédit Porte d'Auteuil. Oui, un record. Un vrai.

Yannick Cochennec

Image de une: Uain Bolt remporte le 100 mètres du mémorial Van Damme à Bruxelles  Yves Herman / Reuters

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