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Avec Dominique Paillé, ça balance

Dominique Dhombres, mis à jour le 05.02.2012 à 8 h 57

L'ancien porte-parole de l’UMP a beaucoup de comptes à régler. Il le fait via son premier roman de politique fiction qui n'épargne vraiment personne.

Dominique Paille Charles Platiau / Reuters

Dominique Paille Charles Platiau / Reuters

Un homme politique français qui a commencé sa carrière au PSU, a un peu, beaucoup, passionnément aimé et servi  Nicolas Sarkozy, puis plus du tout, ne peut être entièrement mauvais.

Telle est l’impression que l’on ressent à la lecture du dernier livre de Dominique Paillé, «Panique à l’Elysée». On rit souvent en lisant ce roman d’anticipation qui part d’un principe simple: le 22 avril 2012, Nicolas Sarkozy et François Hollande sont éliminés dès le premier tour de l’élection présidentielle. Il ne reste en lice, pour le second tour, que François Bayrou et Marine Le Pen. On ne dévoilera pas ici la fin de l’histoire. C’est le premier roman de Dominique Paillé. Et c’est aussi, peut-être, ce que cet ancien porte-parole de l’UMP a fait de meilleur. Il balance beaucoup, comme on dit désormais, reprenant la formule d’un ancien ministre de l’intérieur, lui aussi ami de Nicolas Sarkozy, dans une conversation téléphonique devenue culte, enregistrée en direct de l’Elysée.

Science-fiction politique

Qu’est ce qu’il sont bêtes et méchants, tous ces amis du président sortant! C’est un délice. Ils sont plus vrais que nature! Evidemment c’est un roman, comme l’indique, en petites lettres, l’éditeur. La photo qui orne la couverture, le palais de l’Elysée en majesté, la cour d’honneur vide, le drapeau français quasiment en berne, flottant tristement en tout cas, est réelle. Les noms des personnages (Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé, Brice Hortefeux, déjà cité) aussi. C’est un roman d’anticipation, de la science fiction politique, on vous dit. Quoique, comme disait Gainsbourg.

Dans ce roman, qui n’a évidemment rien à voir avec la réalité, Nicolas manipule tout le monde à la tchatche et à l’affect, Jean-François est plus faux qu’un âne qui recule et l’idiot du village, vous l’aviez deviné j’espère, c’est Brice. Ah Brice! C’est de loin le plus fort. Il est vrai qu’un ancien ministre de l’intérieur, a priori au courant de l’existence des écoutes téléphoniques judiciaires, capable, depuis son bureau de l’Elysée, d’appeler un être humain mis en examen pour lui signaler que son ex-femme balance beaucoup à la justice, est vraiment exceptionnel. Il est très fort. D’ailleurs on l’applaudit très fort. «Les cons osent tout», dit un personnage des «Tontons Flingueurs». «C’est à ça qu’on les reconnaît» dit-il aussi.. Il y a de ça chez Brice. Placardisé à l’Elysée, il ose encore et toujours.

Les autres ne sont pas mal non plus. François Bayrou, catholique illuminé, est un autre amour déçu de Dominique Paillé. Au fond, l’auteur du roman a eu trois passions dans sa vie, parfois simultanément, comme des maîtresses qui se chevauchent, si  vous me permettez cette métaphore audacieuse: François Bayrou, Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy. Pour comprendre les méandres de sa carrière politique, du PSU (au début) à rien du tout (aujourd’hui) , il faut s’accrocher un peu. Vous êtes prêts? On y va!

Déçu par Bayrou, Borloo... et Sarkozy

Dominique Paillé est né le 28 mai 1956 au Aubiers (Deux-Sèvres). Il vient faire ses études à Paris. Diplômé de l’Ecole nationale des sciences politiques, il bifurque vers l’administration hospitalière grâce à un DEA en économie obtenu à  Dauphine. Il finit cette carrière-là en tant que directeur de l’Hôtel Dieu. Mais il a aussi commencé une carrière de syndicaliste (Syndicat national des cadres hospitaliers) et entamé un parcours politique. On va s’en tenir désormais à ce dernier, si vous le voulez bien.

Oublions le PSU, maladie infantile. Ce parcours est celui d’un centriste de conviction (cela existe), qui a participé à tout ce qui s’est fait dans ces eaux-là, UDF, UDC, j’en passe et des meilleures, pour finir à l’UMP. Sur son chemin il a donc croisé François Bayrou, dont il a été le directeur de campagne pour les élections européennes de 1999 et dont il  dit aujourd’hui qu’il est totalement fou. Cela mérite une explication. Dominique Paillé a été enfant de chœur, dans sa jeunesse, mais il n’a pas la fibre catholique chevillée au corps comme le Béarnais. Au lieu du Christ, il a choisi le parti radical. C’est ainsi qu’il a aussi beaucoup aimé et servi Jean-Louis Borloo. Il était encore, il y a quelques mois, persuadé que ce dernier irait jusqu’au bout et tenterait sa chance le 22 avril 2012. On connaît la suite.

Nicolas Sarkozy enfin. C’est peu dire qu’il l’a aimé et servi. Il a été son conseiller et l’un des artisans de sa victoire en 2007. Il est porte-parole de  l’UMP de 2008 à 2011, ce qui n’est pas rien. Et c’est aussi là que tout bascule. Il trouve que décidément, ce président est trop à droite, qu’il s’entoure d’imbéciles (on en a vu au moins un), qu’il s’en prend, de façon scandaleuse, à des minorités déjà stigmatisées (discours de Grenoble sur les Roms) et qu’au fond, il n’aime personne d’autre que lui-même. Et cela, Dominique Paillé, qui est pareil, comme disent les enfants, ne le supporte pas. Il est déçu, il le dit, il le fait savoir. Le président le convoque. Au cours de cet entretien, qui a eu lieu il y a quelques mois, c’est la déception finale. Il en parle au passé, dans son livre. «J’avais pour ma part eu également droit à une « invitation » à rencontrer le Président. Il avait joué des sentiments d’amitié quand je lui reprochais sa dérive droitière et lui exprimais mon amertume- comme celle de nombreux sarkozystes- d’être considéré comme acquis à jamais» (en bas de la page 37). Acquis, lui? Jamais!

Dominique Dhombres

«Panique à l’ Elysée», Dominique Paillé. Grasset. 248 pages.18 euros

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