Monde

Victoire de Mitt Romney en Floride: le retour de l’inéluctable

John Dickerson, mis à jour le 01.02.2012 à 12 h 13

Mitt Romney émerge plus fort de la primaire de Floride, mais l’obstination de Newt Gingrich risque de l’handicaper dans la lutte contre Obama.

Mitt Romney après l'annonce de sa victoire à la primaire de Floride, à Tampa en Floride, le 31 janvier 2012. REUTERS/Mike Carlson

Mitt Romney après l'annonce de sa victoire à la primaire de Floride, à Tampa en Floride, le 31 janvier 2012. REUTERS/Mike Carlson

Newt Gingrich avait promis la lune aux électeurs de Floride mais il s’est écrasé sur Terre. Mitt Romney a remporté cet Etat crucial en beauté, avec 46% des votes, battant Gingrich de 14 points. Dans le comté de Brevard, où la promesse de Gingrich de construire une colonie lunaire aurait pu plaire aux électeurs qui travaillent dans l’industrie spatiale, Romney l’a emporté de 7 points.

L’inéluctable est de retour. Les victoires de Romney dans le New Hampshire et la Floride sont écrasantes. Il a remporté ce dernier Etat avec près de 50% des votes, psychologiquement un seuil-clef pour un candidat dont les détracteurs ont par le passé dit qu’il ne dépasserait pas les 25%. Romney a maintenant de quoi se vanter: il a dominé la plus grosse primaire à ce jour dans un Etat qui est représentatif de la coalition républicaine et qui est le plus disputé de l’élection présidentielle.

Et il roule sur l’or. Au moment où les bureaux de votes floridiens ont fermé, son équipe de campagne a annoncé qu’il avait levé 24 millions de dollars dans le dernier trimestre de 2011, contre 10 millions pour Gingrich.

Romney en tête sur Obama et l’économie

Romney a largement gagné sur les deux questions clef de l’élection: d’après les sondages sortie des urnes, parmi les 45% d’électeurs qui voulaient avant tout quelqu’un en position pour battre Obama, Romney l’a remporté avec 58% contre 32% pour Gingrich. Parmi les 62% pour qui l’économie était le thème le plus important, Romney a fait 52%, contre 29% pour Gingrich.

Le meilleur argument de Romney va être qu’il a réussi à l’emporter auprès des conservateurs. Bien que les deux candidats fassent partie de l’establishment, Newt Gingrich a essayé de faire passer le soutien du parti à Romney pour un défaut. Il a tenté de transformer la course en une bataille entre l’establishment et la base populaire, le pouvoir du peuple contre le pouvoir de l’argent, selon ses mots (alors que sa campagne a été aidée par 10 millions de dollars de donations du promoteur immobilier milliardaire Sheldon Adelson).

Les sondages sortie des urnes suggèrent que cette stratégie n’a pas fonctionné: Romney a gagné avec 4 points d’avance sur Gingrich parmi les 65% d’électeurs disant qu’ils soutiennent le Tea Party et les 65% qui se disent conservateurs. Gingrich a seulement gagné chez ceux qui se qualifient de «très conservateurs» et qui «s’identifient fortement» au Tea Party.

Romney l’a même emporté en Floride du Nord, une terre de conservateurs. L’argument de Gingrich pour continuer sa campagne est qu’il dispose d’un soutien fort dans les Etats du Sud. Mais le nord de la Floride reflète les Etats du Sud, et le reste de l’Etat aussi, d’ailleurs.

Des publicités négatives et une organisation efficaces

Les publicités négatives ont fonctionné. Romney a dépensé 16 millions de dollars en attaques publicitaires dans l’Etat. Gingrich a dit qu’il pensait que cette agression se retournerait contre son adversaire, mais cela n’a pas été le cas.

Les électeurs ont estimé que les deux candidats avaient diffusés des publicités injustes, mais une plus grande proportion de ceux qui pensaient cela de Romney a quand même voté pour lui. Et dans les trois jours avant l’élection, les électeurs qui ne s’étaient pas encore décidé ont opté pour Romney, ce qui suggère que ces publicités ont eu l’effet inverse de ce qu’espérait Gingrich.

La bataille de Floride se jouait entre l’argent et l’organisation de Romney d’un côté et l’élan de Gingrich de l’autre. L’argent et l’organisation ont gagné. Romney était déjà sur les radios et télés en janvier, quand il n’y avait pas encore beaucoup de compétition. Cette présence pourrait lui avoir apporté des électeurs, les Floridiens prenant leurs décisions électorales plus tôt que le reste des Américains (seuls 28% d’entre eux ont dit qu’ils s’étaient décidés dans les trois derniers jours, contre près du double dans les Etats précédents).

Le faible taux d’opinions favorables de Gingrich

Si ce ne sont pas les publicités de Romney qui les ont convaincu, c’est sa présence sur le terrain, supérieure à celle de ses adversaires. Son équipe s’est attelé aux électeurs par correspondance et aux votants par anticipation dès la mi-décembre, et Romney a gagné leur vote par une large marge.

Romney a remporté les 15% de votes hispaniques à 54%, contre 28% pour Gingrich. Ce dernier avait essayé de jouer sur la grande fermeté contre l’immigration illégale de Romney, mais cela n’a pas fonctionné. Peut être parce que le vote latino en Floride concerne principalement des Cubains, pas touchés par les politiques d’immigration qui affectent les autres immigrés, et des Portoricains, qui sont des citoyens américains. Romney l’a aussi emporté de 24 points chez les femmes.

Le plus gros coup porté à la campagne de Gingrich est qu’à peine 55% des électeurs le voient favorablement, contre 74% pour Romney. Or, le gros problème de Gingrich a toujours été qu’il lui serait très difficile de gagner l’élection présidentielle vu son faible taux d’approbation chez les indépendants et les indécis. Le fait qu’il peine à atteindre une majorité d’opinions favorables chez les siens souligne les difficultés qu’il aurait en tant que nominé républicain.

Le vote de cœur devient vote de raison

Gingrich va dire que, si on ajoute les voix de Santorum aux siennes, on voit que le vote anti-Romney est presque équivalent au vote Romney. Mais les élections ne fonctionnent pas comme ça, et les sondages en Floride ont montré, que si leur candidat se retirait, la moitié des électeurs de Santorum donneraient leur voix à Gingrich et l’autre à Romney.

Teresa Ruiz est une de ces électrices. A un meeting de Romney à Halijah, en Floride, elle a dit qu’elle voulait voter pour Santorum mais ne pensait pas qu’il pourrait battre Obama, et qu’elle avait donc donné sa voix à Romney:

«Je voulais écouter mon cœur, mais j’ai écouté ma tête à la place.»

C’est un Romney plus fort qui émerge de cette course. Il a montré à ceux qui se demandaient s’il était suffisamment dur pour faire face à Obama qu’il était prêt à faire ce qu’il fallait. Le terrain lui est maintenant très favorable avec les prochains votes dans le Nevada, le Michigan, le Colorado et le Minnesota, qu’il a tous remportés en 2008. La prochaine fois que Gingrich pourrait avoir sa chance, cela sera dans près d’un mois, lors du Super Tuesday, le jour où 11 Etats votent et où 466 délégués sont à prendre, et il n’y a qu’un débat jusque là.

Gingrich pas près d’abandonner

Le camp Romney espérait une victoire suffisamment important pour commencer à appeler à la fin de cette bataille, et il l’a eue. Mais en plus des 50 délégués obtenus en remportant la Floride, Romney a encore besoin de 1.054 délégués (sur 1.144 nécessaires pour remporter la nomination), et Gingrich a promis qu’il continuerait à se battre.

Obama est vulnérable. En 2001, son taux d’approbation dans les douze «Etats pivots» (qui ne sont acquis ni aux Républicains ni aux Démocrates) était de 43%, un taux dangereusement bas pour un président candidat à sa réélection. «Alors ne foirez pas en laissant traîner la course républicaine», vont arguer les soutiens de Romney, dont l’image auprès des indépendants a déjà souffert dans le processus (entre début et fin janvier, son taux d'opinions défavorables a grimpé de 15% chez les indépendants, d’après un sondage du Washington Post).

Mais de tels arguments risquent de ne pas convaincre Gingrich. Son anecdote préférée est celle de la bataille de Washington, dans le New Jersey, lors de laquelle les soldats ont continué à se battre alors qu’ils perdaient des hommes et n’avaient plus de chaussures. «Si vous n’êtes pas encore en train de marcher habillé d’un sac de jute, vous n’avez pas vraiment d’excuse», a-t-il dit des difficultés politiques que peut rencontrer un candidat. Dans son discours post-primairre, Gingrich a promis sa «vie» et son «honneur sacré» au pays s’il gagnait. Ça ne ressemblait pas aux mots d’un homme qui allait arrêter de se battre.

John Dickerson

Traduit et adapté par Cécile Dehesdin

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