La fin de Megaupload, un cheveu sur la langue
Combattus par les industries culturelles, le streaming et le téléchargement illégaux sont pourtant venus à la rescousse de nos lacunes linguistiques.
- Capture d'écran du film X-Men. -
C'en est donc fini des illisibles captchas, des téléchargements supersoniques et autres sadiques soixante-douzièmes minutes. Megaupload n'est plus qu'un ramassis d’acariens. Poussées à la hâte sous le paillasson du FBI, les cendres de la plus célèbre plate-forme de téléchargement n'en finissent plus d'éprouver les glandes lacrymales de millions d'internautes. Groupes de soutien et tribunes provocatrices n'y changeront rien. Megaupload n'est plus, et le vide laissé par cette mort prématurée grandit de jour en jour.
Frustration légitime? Si l'underground du web a déjà choisi son camp, difficile de nier l'état de manque suscité chez l'utilisateur lambda. Avec la disparition de la nébuleuse Megaupload, une myriade de contenus aussi rares que populaires s'est évaporée. Et si le feuilleton judiciaire n'en est qu'aux prémices de sa nouvelle saison, les conséquences culturelles pourraient être dramatiques. Et pour cause: l'accès privilégié au monde qu'offraient Megaupload et consorts à ses habitués ressemble aujourd'hui à l’ascension de la Tour Montparnasse par l'escalier de service. Décourageant.
L'exception contre-naturelle française
C'est de notoriété publique. Glouton et avide de découvertes, le gaulois consommerait la culture comme le cassoulet: sans retenue, quitte à parfois risquer l'indigestion en vidant le frigo de l'industrie culturelle. Si l'heure est à la satisfaction côté pro-Hadopi, c'est pas franchement la frite chez les ventres. Perte d’appétit passagère? Pas exactement: selon les informations de Zdnet.fr, le marché français représenterait une manne de taille pour Kim Dotcom & co. Une bonne dizaine de millions d'utilisateurs hexagonaux —soit 20% des 50 millions d'inscrits sur le site et 15% de la population, rien que ça.
De fait, la «Megadisparition» s'est offert une sépulture béante dans la barre de favoris bien peu garnie des internautes français. Une mauvaise nouvelle de plus pour un public privé d'accès aux innombrables ressources culturelles étrangères. La faute d'Hadopi? Pas seulement: la crispation culturelle française ne date pas d'hier.
Étroitement lié à la sacro-sainte défense de la langue de Maître Capello, le modèle de diffusion culturel made in France s'est fait fort de privilégier la création nationale aux productions venues de l'étranger. Avec comme conséquence immédiate un bridage systématique: quotas de chansons francophones à la radio, difficulté d'accès aux publications extérieures (hors gros succès et distributeurs indépendants) et surtout doublage systématique et obligatoire des œuvres cinématographiques et audiovisuelles étrangères (condition sine qua non à l'obtention d'un visa d'exploitation, d'après une loi datant de… 1947).
Évidemment, il ne s'agit pas de remettre en cause la défense de la langue française. Seulement, force est de constater que la francophonie ne ressort pas grandie de cette démarche. Entre la piètre qualité de certains doublages, la mauvaise transcription d'œuvres originales voire l'impossibilité pour des productions mineures d'obtenir droit de cité faute de francisation, le rayonnement culturel métèque se heurte régulièrement à l'armure hexagonale.
Autant de carences qui ont permis à Internet, en parallèle de son évolution technologique, de s'organiser et s'imposer comme force de diffusion alternative sur le paysage culturel français.
Du Club Dorothée au P2P
Qu'on ne s'y trompe pas: la nécessité d'un accès facilité aux créations originales ne date pas d'hier. Mieux, elle s'est imposée dès les débuts du haut-débit comme une évidence. Surtout, elle est intrinsèquement liée à l'avènement de la génération Club Dorothée.
Émission phare des années 1980-90, le Club Dorothée proposait à ses jeunes adeptes une programmation dédiée à la japanimation. Ken le Survivant, Nicky Larson, Olive et Tom, Goldorak, Ranma ½ sont autant d'animés devenus cultes tant par leur popularité… que par la qualité de leur doublage. Aléatoire, inexacte voire complètement farfelue, la «japanimation» sauce VF à laissé un souvenir indélébile dans la mémoire collective des fans.
Aussi l'arrivée d'internet et de ses réseaux d'échange offrait-elle une possibilité toute nouvelle: celle d'enfin accéder aux épisodes originaux de ces séries cultes. Galvanisée par cette opportunité, une pratique collective s'est alors mise en place: le fansubbing. Un phénomène développé en réaction au manque d'intérêt accordé par les médias français aux productions étrangères, selon Clément Combes, sociologue spécialiste des séries:
«Alors que les plate-formes d’échange (peer-to-peer…) ont permis de faire circuler ces œuvres, voire de les remettre en circulation, restait le problème de la langue. C’est ainsi que s’est mis en place un système, intimement lié au P2P, de sous-titrage amateur par des équipes (bénévoles) de fans maîtrisant peu ou prou la langue d’origine. Un engagement souvent contraignant et chronophage mais trouvant sa raison d’être dans la satisfaction d’œuvrer pour une communauté d’amateurs, de participer à la circulation de productions qui tiennent à cœur et, d’un point de vue personnel pour certains, d’améliorer sa maîtrise de la langue.»
Les premières années du fansubbing japonais sont idylliques. Le flou juridique autour du téléchargement laisse une grande liberté aux sous-titreurs, qui se font une joie de populariser des centaines de séries inconnues. L'animation japonaise se dévoile, s'offre au grand public français. La culture jap' séduit une jeunesse en pleine recherche identitaire. La France devient le plus gros consommateur de mangas au monde après le Japon, et les kanjis s'écrivent dans les cours de récré.
Le tour du monde en 80 Mb/s
C'est avec l'avènement du phénomène sitcom venu d'outre-Atlantique que le système va véritablement se mettre en place. Grâce au succès rencontré par des séries comme Friends d'abord, puis Malcolm, Scrubs, 24 heures chrono, Lost ou plus récemment How I Met Your Mother et Dexter, le public francophone découvre les succès du moment. Problème, si les télévisions françaises n'hésitent pas à y investir, la critique est toujours la même: doublages outranciers et retards à la diffusion ne conviennent plus aux fans, qui aspirent à une diffusion proche de l'originale. Explications de Clément Combes:
«Les réseaux d’échange internet ont permis à un nombre grandissant de personnes de suivre l’agenda télévisuel américain. Autrement dit, le dernier épisode de House ou de Dexter passe un lundi soir aux États-Unis, il va être disponible en P2P dans les heures qui suivent. Les plus anglophiles d’entre eux pourront en disposer dans la foulée. Reste qu’un grand nombre d’amateurs ne maîtrisent pas l’anglais et ont besoin d’une traduction, soit sous forme de VF, soit des sous-titres. Outre que la production d’une VF est bien plus fastidieuse, ces sériephiles préfèrent en majorité la VOST afin de coller au plus près de la fiction, des voix des personnages, etc.»
Comme le révèle une enquête commandée par le Ministère de la Culture en 2008, la télévision perd progressivement son rôle de repère, supplanté par un accès illimité aux cultures mondiales. Avec l'apparition de plate-formes de téléchargement direct et de streaming telles que feu Megaupload/Megavideo, cet accès s'en retrouve décuplé; l'internaute français se cultive davantage via Internet. Et peu importe la sempiternelle préférence linguistique française: la démocratisation d'internet offre des perspectives jusqu'ici inconnues.
Langue de molaire
Les
habitudes ont la dent dure, et la
France accuse toujours un retard linguistique conséquent sur ses voisins
européens dans l'apprentissage de l'anglais.
Pourtant, de l'avis général, le niveau général serait en net progrès depuis
l'ouverture massive et illimitée des contenus anglophones aux jeunes
internautes. Une tendance confirmée par Thomas, prof d'anglais dans le
supérieur et blogueur:
«[...] D'une manière générale, les élèves ont moins "peur" de se tourner vers la version originale sous-titrée, car c'est le seul moyen [pour eux] de suivre leurs séries préférées. [...] À mon avis, ils sont bien plus habitués à la lecture de sous-titres, ce qui est déjà une très bonne chose. Les plus assidus ont développé une très bonne capacité d'écoute et de compréhension de l'anglais.»
Utilisés à des fins éducatives, les séries et films sous-titrés s'avèrent ainsi pédagogiquement très intéressants. Que ce soit du point de vue de la compréhension, du vocabulaire, de l'accent ou de la proximité culturelle, ils offrent ce que l'exception culturelle française n'avait jusqu'alors pas les moyens de proposer: un engouement pour les langues étrangères. Valérie Potiès, professeur d'anglais dans le privé depuis plus de 20 ans, regrette la frilosité persistante de certains en la matière:
«Mes élèves de collège et de lycée (5ème et 2nde) ne sont pas encore habitués à regarder la télé ou à aller voir des films en VO. J’attire l’attention des parents là-dessus tous les ans à la réunion de rentrée mais on entend encore trop souvent les adultes dire qu’ils n’aiment pas regarder en VO car cela les fatigue de lire les sous-titres. Et on en revient là à l’éternel problème du français qui fait un complexe par rapport aux langues étrangères mais qui d’un autre côté ne veut pas faire d’effort non plus! À quand une télévision automatiquement en V.O.?»
Téléchargement illégal, pillage culturel, vol de la propriété intellectuelle: le débat est sans doute légitime, au vu de l'immensité des ressources proposées sur le web. Néanmoins, il serait injuste d'en exclure les bénéfices immédiats et futurs. L'engouement naissant lié aux échanges culturels et linguistiques doit-il en faire les frais?
Si Megaupload engendrera rapidement un successeur, il demeure qu'un possible encadrement du net ne doit en aucun cas brimer l'accès aux ressources culturelles qu'il offre. Sous peine de faire disparaître d'un nouveau coup de balai la propriété intellectuelle collective, pour de bon cette fois.
Eric Gillaux
Mis à jour le 01/02/2012 à 4h42



















































Le streaming a des aspects vertueux, et si il est si populaire en France, c'est bien qu'il existe un manque dans l'offre.
CE manque est notable notamment au niveau du prix certes, mais aussi de la disponibilité de la série (comme démontré dans l'article) que se soit: -dans la langue souhaitée, -dans la qualité des VF ou même des sous titres (les sous titres de friends à la télé sont ainsi risibles surtout comparé à ceux circulant sur le web) -dans la date de sortie en France. Ainsi how i met your mother a été diffusé en France 2 ou 3 ans après, seulement en français dans un premier temps, sur W9 et à 17h (si mes souvenirs sont bon) donc quand la majorité des 18/24 ans(coeur de cible) sont occupés. Je n'aborderais même pas l'ordre dans lequel les séries sont diffusées.
Bref aucune différence sur la facilité de trouver du contenu culturel étranger.
De plus, Les team de fansubbs ont souvent pignon sur rue, et diffuse leurs contenus par p2p et XDCC, il y a longtemps (il y a prescription) j'étais étudiant et on se partageait tout ça sur CD-ROM. Bref la disparition de megaupload ne va jouer aucun effet là dessus.
Sur le reste par contre, c'est vrai que c'est assez difficile en France de trouver des cinémas qui jouent des films en V.O. c'est dommage vu qu'en général la qualité du doublage est pitoyable. C'est aussi dommage que la TV publique ne passe pas de film en VO (à part parfois arte) justemement pour l'aspect pédagogique et éducatif de la VO (et le respect de l'auteur)
Quant au doublage pitoyable du Japonais ça à pas changé il suffit de comparer ce que j'échangeais sur CD-Rom dans un temps depuis longtemps prescrit et ce qui passe aujourd'hui sur NT1 ou NRJ12, la VF reste déplorable, certe sans parler Japonais on ne comprend qu'à moitié la VO mais en regardant la VF on ne comprend que le quart...
Depuis la fermeture de Megaupload et tous les arguments allant à l'encontre de cette dite fermeture, je me demande bien comment on peut encore ne serait-ce que vivre !? Car Megaupload semblait pour certains si indispensable à leur vie que je me pose vraiment la question ! Haha.
Donc le dernier argument en date, c'est quoi ? Ah oui, sans Megaupload, le monde entier et la France en particulier sont condamnés à ne plus parler de langue étrangère. Hahaha. Ça me rappelle ceux au début de l'Internet qui disaient que nous allions avoir la possibilité de discuter avec des personnes se trouvant aussi à Los Angeles qu'à Tokyo ou Rio. Oui, la "possibilité". Est-ce le cas dans les faits ? Pas vraiment. Les discussions restent cloisonnées à notre cercle social.
Alors est-ce que le fait de regarder un film en anglais par exemple, sous-titré en français, permet effectivement d'apprendre l'anglais ? Haha. Non ! Apprendre une langue est quelque chose de complexe, qui demande un autre type d'effort que d'être juste affalé dans son canapé devant une série à la noix (haha). Vous voulez apprendre une langue ? Utilisez une méthode (un livre et un CD audio), pas les conneries de logiciels types "Tell Me More", faites des exercices (et ouais c'est chiant), et mettez en fond sonore une radio dans cette langue dès que vous pouvez. Regardez une série avec sous-titres ne vous aidera en rien ! Et surtout, pratiquez. Allez dans des échanges de langues, où des étrangers, si possible anglais si c'est cette langue qui vous intéresse (et qui est la seule qui devrait vous intéresser avant que vous ne la maîtrisiez), voulant pratiquez eux leur français échangeront avec vous. Vous rencontrez des gens passionnant, et d'autres un peu moins, mais en tout cas ce sera autrement plus intéressant que de rester chez soi à regarder une série à la noix entre deux porno (car cela est la seule chose pour laquelle les défenseurs de Megaupload se battent vraiment : regarder plein de porno gratuitement ! Hahaha).
Ah, et au fait, les cinéma proposent des films en version originale sous-titrés en français, contrairement à ce qu'affirme l'article. Et... vous savez quoi ? Il existe un endroit merveilleux (soyons fous) où on peut emprunter des DVD pour une poignet de cacahuètes : la bibliothèque ! Là aussi on peut rencontrer des gens intéressants, en plus ! Mais bon, pour savoir tout ça il faut arrêter de rester cloîtré devant ses petites séries sans grand intérêt, toujours entre deux porno (haha), et se donner bonne conscience en se disant qu'on apprend une langue étrangère. Sortez ! Have fun! :)
C'est intéressant, surtout lorsque vous évoquez " la piètre qualité de certains doublages, la mauvaise transcription d'œuvres originales ".
" C'est de notoriété publique. Glouton et avide de découvertes, le gaulois consommerait la culture comme le cassoulet " : l'effet du "tout culturel", est-ce qu'il y a une limite entre la culture et le divertissement ?
" Évidemment, il ne s'agit pas de remettre en cause la défense de la langue française." en effet, on peut ajouter qu'une meilleure approche des langues étrangères peut aussi favoriser la compréhension de la langue française.
" Un retard linguistique conséquent " : Conséquent me semble être un barbarisme quand on l'emploie à la place d'important.
Une autre idée possible : développer les possibilités de voir les séries à la télévision en version originale.
Télécharger une série, c'est pas pour une question de ne pas payer. Je ne le considère pas comme du piratage.
Je les regarde en VO avec sous-titre en Anglais. Je eu la chance de vivre 7 ans dans un pays anglo-saxon, mais ça aide quand même un petit peu les sous-titres. Ça rassure. Alors apprendre l'anglais avec? Non, je ne pense vraiment pas.
Franchement je n'ai jamais utilisé Megaupload. Il y a tellement d'autre moyen plus sûr (on est jamais sûr d'avoir le bon fichier avec ce genre de site) que ça me perturbe pas du tout.
Internet m a offert l accès a la VOST, puis a la VO. La même démarche m a permis de faire des progrès en Allemand et d’acquérir des bases en Italien ainsi qu'Espagnol.
Ce fut pour moi un véritable déclic. Devant mon écran, j ai progresse et pris confiance dans mon Anglais. J'ai acquis du vocabulaire, et suis rentre dans une pratique active en fréquentant les étudiants Erasmus. J'ai pu poursuivre mes études aux Etats-Unis. Depuis, j'ai toujours travaille en Anglais, et la maitrise de cette langue a démultiplié mes opportunités de carrière ainsi que de développement personnel.
Bientôt, les box offriront les séries en VOST car la demande existe. Encore faut-il que la législation change.
Ensuite, je voudrais réagir au commentaire de AP74.
Bien sûr que les films en VO ne sont pas un moyen d'apprentissage. Mais il reste un support important d'immersion dans une langue étrangère. Surveillante dans un lycée, j'ai mainte et mainte fois l'occasion de voir à quel point les heures de langues sont chaque année rognés. Certaines filières ne comportent que deux heures par semaine! Dans des classes surchargées avec des professeurs qui passent la moitié du temps à devoir faire la discipline, comment expliquer sinon le niveau des Français dans les langues étrangères. TOUS les profs que je connais encouragent leurs élèves (ou quiconque d'ailleurs) à privilégier la VO. La VO n'a pas la prétention de remplacer un professeur (ou un cours de méthodologie) mais reste un moyen agréable et ludiqude de compléter son cours. Lorsqu'on prend l'habitude d'écouter en VO, un cours d'anglais ou autre paraît moins insurmontable puisque l'oreille s'habitue aux sonorités propre à la langue en question. Et c'est un moyen d'inciter ces mêmes élèves à parler en anglais ou autres durant leurs cours. Alors ne mélangez pas tout, s'il vous plaît.
De plus, pour en revenir aux DVD's, est-ce normal de devoir attendre des années pour voir un coffret d'une saison intégrale comportant disons 24 épisodes au même prix que les deux ou trois coffrets de cette saison mais chacun ne comportant que deux ou trois épisodes? Moi, pas. C'est de l'arnaque pure et simple. Et je parle pas de l'attente entre la diffusion aux USA et celle en France.
De plus, pour les fans de culture japonaises, je ne peux que plussoyer l'article. Les doublages français sont une véritable horreur pour les oreilles sans parler de l'offre très limitée qu'on a en France (merci Ségolène Royal et autre Famille de France). Il existe de très bons animes et des dramas de qualité qu'on n'est même pas sûr de voir dans nos vertes contrées dans une vesion non censurée comme ça a été longtemps le cas.