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Open d'Australie: Djokovic-Nadal, le tennis au sommet

Yannick Cochennec, mis à jour le 29.01.2012 à 17 h 55

Novak Djokovic vient de remporter l'Open d'Australie après une finale d'une rare intensité. Et un tournoi qui confirme que le tennis mondial vit une période exceptionnelle.

Novak Djokovic avec le trophée de l'Open d'Australie, Melbourne le 29 janvier 2012, REUTERS/Darren Whiteside

Novak Djokovic avec le trophée de l'Open d'Australie, Melbourne le 29 janvier 2012, REUTERS/Darren Whiteside

Quand une équipe de football domine outrageusement en raison des individualités sensationnelles qui la composent à l’image du FC Barcelone, il y en aura toujours pour dire qu’il est merveilleux d’avoir la chance d’assister à de telles démonstrations et il y en aura d’autres, moins nombreux, pour clamer leur ennui face à l’absence de suspense due à la supériorité de ces quelques-uns. Dans le championnat espagnol, le mano a mano entre le FC Barcelone et le Real de Madrid éclipse toute la concurrence et donne un caractère secondaire à toutes les autres rencontres.

Le tennis vit aussi ces heures contrastées, partagé entre le bonheur et la fatalité. L’Open d’Australie, qui s’est terminé dimanche 29 janvier à Melbourne, a constitué un petit moment d’histoire de ce point de vue. Il s’est conclu par la victoire de l’«imbattable» du moment, Novak Djokovic, vainqueur de son troisième titre du Grand Chelem consécutif contre le même adversaire, Rafael Nadal, au terme de la plus longue finale de l’histoire du Grand Chelem, d’une durée de 5h53. Djokovic jouera donc le Grand Chelem à cheval sur deux ans du côté de Roland-Garros.

Hégémonie du «Big 4»

Jusqu’au bout, au-delà de cette finale au long cours, les amateurs de statistiques se sont même régalés lors de ce premier tournoi du Grand Chelem de l’année qui a célébré cette toute puissance inédite des meilleurs joueurs de la planète. En effet, pour la première fois dans l’histoire du classement mondial créé en 1973, les quatre premiers de la hiérarchie masculine se sont retrouvés en demi-finales d’une épreuve majeure pour la deuxième fois de suite. Comme à l’US Open, en septembre dernier, Novak Djokovic, Rafael Nadal, Roger Federer et Andy Murray se sont qualifiés à ce stade de la compétition. Les quatre mêmes joueurs avaient eu ce même privilège à Roland-Garros en 2011. Et à Melbourne, comme à Wimbledon et à l’US Open l’an dernier, la même finale nous a été proposée entre Novak Djokovic et Rafael Nadal. Là aussi, c’est un triplé inédit dans l’histoire du jeu.

A contrario, le tennis féminin traverse, lui, des heures plus agitées. Pour la quatrième fois de suite, avec le couronnement de Victoria Azarenka à Melbourne et après Li Na à Roland-Garros, Petra Kvitova à Wimbledon et Sam Stosur à l’US Open, une joueuse n’ayant jamais triomphé dans le Grand Chelem a été consacrée. Dans ce tumulte, un semblant de logique a semblé se dessiner. Azarenka est devenue n°1 mondiale à la place de la Danoise Caroline Wozniacki qui occupait cette position depuis une soixantaine de semaines sans avoir le moindre titre du Grand Chelem à son palmarès. Mais nous sommes encore loin de l’hégémonie constatée chez les messieurs.

L’ascendant de ceux que l’on surnomme atrocement le «Big 4» en référence au championnat de football anglais est telle que le reste des troupes doit se contenter des miettes. Les premiers tours de cet Open d’Australie, avalés lors de rencontres sans saveur, ont été de petits amuse-bouche pour les quatre joueurs en question, mais certainement pas des coupe-faims pour les spectateurs à cause de la trop grande différence de niveau. En réalité, à l’exception d’un quart de finale un peu tangent entre Rafael Nadal et le Tchèque Tomas Berdych, ce fut business as usual. Djokovic, Nadal, Federer et Murray n’ont jamais été menacés et le tournoi a pu enfin commencer au bout de dix jours après les demi-finales.

Trois joueurs ont gagné 29 des 31 derniers tournois du Grand Chelem

Cette suprématie est inédite et pour vraiment la mesurer il faut, en réalité, enlever de l’équation Andy Murray qui ne s’est toujours pas imposé dans le Grand Chelem. Depuis l’édition de Wimbledon en 2004 et après cet Open d’Australie 2012, Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer ont désormais enlevé 29 des… 31 derniers tournois du Grand Chelem, soit… 93% du total (Marat Safin à l’Open d’Australie 2005 et Juan Martin Del Potro à l’US Open 2009 ont été les deux seules exceptions).

Depuis 1925, année de la naissance des Internationaux de France, un seul autre triumvirat a exercé un pouvoir semblable, mais pas sur une durée de près de huit ans. De janvier 1961 à juin 1967, soit sur une période de plus de six ans, les Australiens Roy Emerson et Rod Laver et l’Espagnol Manuel Santana avaient raflé 21 titres majeurs sur 26 (81% de l’ensemble). On est loin du compte astronomique d’aujourd’hui.

La période que nous vivons est donc particulière, d’aucuns diront unique compte tenu de ces rivalités au plus haut niveau qui fascinent le public et tirent le jeu vers le haut –et les autres joueurs un peu vers le bas. Les demi-finales de cet Open d’Australie, avec le classique Nadal-Federer et l’ébouriffant Djokovic-Murray, ont largement répondu aux attentes des passionnés bien au-delà des cercles restreints des fans purs et durs avant donc cette finale de tous les records. A l’instar du clasico Real Madrid-FC Barcelone, le choc Nadal-Federer s’est diffusé par-delà les continents et le duel Nadal-Djokovic est désormais en marche pour avoir un écho semblable. Ces retrouvailles sont devenues une très bonne habitude et tant pis pour les rencontres soporifiques de début de quinzaine.

A 24 ans, Djokovic et Murray semblent encore là pour quelques années fructueuses. A 25, Nadal, en dépit d’un corps de plus en récalcitrant, pourrait tenir la distance plus longtemps qu’on l’imagine. Quant à Federer, 30 ans, il a décidé de ne pas dételer et estime qu’il reviendra encore «souvent» à l’Open d’Australie. A force d’être trop gâté, il est facile de devenir très exigeant en jouant les blasés par tant de domination. Sauf qu’avec ces joueurs-là, nous ne sommes visiblement pas au bout de nos (bonnes) surprises: les 5h53 du duel Djokovic-Nadal nous ont montré qu’avec eux, il était encore possible de dépasser certaines limites inconnues.

Yannick Cochennec

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Journaliste
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