Ô finance! Ô visages ennemis
Il fut un temps où la finance était utile. Aujourd'hui, cet «adversaire» aux multiples facettes est décrié. Un débat sérieux sur ce sujet sérieux est nécessaire.
- Une cérémonie en Inde. REUTERS/Amit Gupta -
La finance représentait 2% du PIB des Etats-Unis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, aujourd'hui, le chiffre est monté à 8%. Au Royaume-Uni, la City pèse 9% du PIB, contre 5% dans les années 1970. Concernant les profits, la progression est encore plus vive: le secteur financier est passé de 1,5% de l'ensemble des profits des firmes américaines en 1945, à 15% dans les années récentes. Multiplication par dix.
Est-ce justifié? La finance a-t-elle pris une place exagérée? Etouffe-t-elle l'économie réelle?
François Hollande a fait une réponse brutalement politique en désignant cette finance «sans nom et sans visage» comme son «véritable adversaire». Mais il n'est pas le seul. Nicolas Sarkozy a expliqué avant lui qu'elle «pervertissait» l'économie. Barack Obama a soutenu les Indignés de Wall Street; David Cameron limite les bonus et installe une régulation parmi les plus serrées au monde.
Jusqu'à la chute de Lehman Brothers, le principe de Schumpeter était communément admis: une bonne finance est favorable à la croissance. Elle permet les paiements, les transactions, elle transforme les dépôts courts des ménages en financements longs pour les entreprises, elle protège contre les fluctuations des cours et les aléas de la vie.
Pschitt Schumpeter
Dans l'univers d'après-guerre, quelques grandes banques suffisaient à alimenter les grandes firmes. Dans le monde innovant et mouvant d'aujourd'hui, il faut des marchés ouverts et réactifs et des couvertures plus élaborées des risques. La déréglementation a répondu à ce besoin: elle permet un vaste et complexe mouvement des capitaux dans le monde, l'épargne se mobilise au mieux. Les meilleurs marchés financiers américains étaient présentés comme une raison de l'avance des Etats-Unis sur l'Europe, en matière de productivité et d'innovation. Bref, grande finance égale grande croissance.
La crise a remis en cause ce paradigme libéral. Beaucoup d'auteurs contestent aujourd'hui l'utilité réelle d'un monde financier surdimentionné et instable (1). La finance couvre certes les risques, mais elle en crée d'autres qui sont, au bout du compte, plus importants.
Les crises financières se répètent depuis vingt ans et, à chaque fois, il a fallu que les contribuables viennent au secours des banques. D'abord en Amérique latine, puis en Asie, puis aujourd'hui dans le monde développé. Avec des coûts immenses dont la finance s'exonère. Elle bénéficie d'une garantie publique qui, en temps normal, lui offre des refinancements pas chers et qui, à intervalles accélérés, la pousse au crime.
Comment revenir à une finance utile?
D'autre part, ses mécanismes de couverture des risques n'ont pas permis de lisser les cycles, tout au contraire: la finance amplifie les fluctuations, comme on l'observe pour les matières premières. La finance, enfin, travaille pour elle-même en prélevant une part de la valeur toujours croissante, pour s'octroyer des bonus «outrageants», dixit Obama.
Comment revenir à une finance utile? La France se pose la question avec retard. Ailleurs, elle a déjà trouvé sa réponse. Le secteur a perdu depuis un an 120.000 emplois aux Etats-Unis et en Europe. Les revenus des traders sont cette année divisés sans doute par quatre et personne dans les salles de marchés n'entrevoit de retour aux années Ferrari.
La taille de la finance n'a pas encore été réduite de 2 points de PIB, comme le propose l'économiste Thierry Philippon, mais on en a pris le chemin. Etats-Unis et Grande-Bretagne ont adopté des lois de régulation (Dodd-Frank dès l'été 2010 et rapport Vickers en septembre 2011) qui visent précisément à répondre à toutes les critiques, à éviter de nouvelles crises mais à maintenir en même temps une innovation surveillée qui préserve les aspects positifs de la finance moderne.
On est loin de revenir à la banque «ennuyeuse» des années 1960, certes, mais les nouvelles régulations séparant banques d'investissement et banques de détail ne sont pas négligeables. Est-ce assez? Peut-être pas, mais la question est rendue difficile par la compétition mondiale: la City craint beaucoup de voir ses activités partir pour Singapour ou Hong Kong.
Et la France? Les banques françaises, qui estiment n'avoir pas fait de faute grave, voudraient ne pas avoir à payer pour les faillites des anglo-saxonnes. Les découper en deux leur ferait perdre leurs avantages compétitifs, disent-elles. Autrement dit, l'ennemi sans visage emploie beaucoup de personnes qui en ont un. Puisse donc un débat sérieux sur ce sujet sérieux s'ouvrir en France, sans complaisance mais sans effet de bouc-émissaire.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
(1) «Why do we need a financial sector?» Wouter den Haan. Voxeu.org Retourner à l'article
Mis à jour le 29/01/2012 à 10h44



































D'après Léo Strauss, dans "La cité et l'homme", les seules personnes à même de gouverner la cité sont les philosophes, or ils ne veulent pas du pouvoir, seulement par avidité et sauvagerie l'homme veut gouverner. Ce qui regroupe les voyous, les élus et les policiers dans le même état d'esprit, et on sait à quel point il est aisé de les acheter.
Par conséquent, la sauvagerie de l'économie ne fait que ses débuts dans un monde où l'homme est prêt à égorger pour une piécette, ce qui rapporte plus que de faire son champ. Tristes joueurs...
L'humanité a hélas besoin d'un maître pour lui coller un coup de pied au cul, faut tout de même se méfier des grands sages qui dorment, ils n'ont pas toujours bon caractère.
Regardons les choses en face, la seule chose que l'on reproche a la finance, c'est la speculation, qui a justement detourne les financements de l'economie reelle pour les orienter vers des bulles derivees.
Appliquer un taxe sur les transactions financieres "aveugle" est une heresie, Cameron a raison. Pourquoi penalisons nous un investisseur qui cree par exemple un entreprise et des emplois, et parvient a la vendre? C'est contre-productif et ne relance en rien l'investissement.
Donc, tapons la ou cela fait mal, la speculation. C'est tres simple: une taxe financiere "non aveugle" car inversement proportionnelle a la duree de l'investissement. Par exemple, cela pourrait donner du O% sur une duree d'un an, 10% sur un mois, 50% sur une journee et 90% sur 1 minute.
Resultat: nous debarrassons la France des investissements speculatifs, et nous encourageons les investissements dans l'economie reelle. Les plus values outrageuses, les robots et autres pratiques recentes auront toujours lieu, mais seront beaucoup moins lucratives... a juste titre car elles n'aident pas l'economie reelle.
Le vieux debat de separation banque d'affaire et banque de detail est une illusion. Les lobbies banquiers ne sont que trop contents de voir l'attention s'y focaliser car ils savent que ca n'a aucune esperence de changer quoi que ce soit. Cette idee est tout simplement inutile, arretons de gaspiller de l'encre, car ces institutions trouveraient toujours des moyens de s'entre financer...
C'est pareil si l'on attaque la finance au sens large. Les banquiers vont utiliser ce type d'amalgame pour se victimiser, brouiller les pistes, et eviter toute reforme qui s'attaque au coeur du probleme: "faire le plus de fric possible le plus vite possible, et sans risque grace a des montages opaques". Cette equation est a la base des desequilibres actuels et il faut la remplacer par: "faire le plus de fric possible en faisant des investissements judicieux a long terme dans l'economie reelle".
Cette solution de taxer seulement les investissements speculatifs est tellement evidente et simple que j'aimerais comprendre pourquoi personne ne la propose.
Comment évoluer vers une société plus égalitaire avec de tels propos. Mr Aste, Finance n'est pas égale à "mal" mais Finance est égale à "INUTILE".
A l'opposé de l'économie réelle, où un acheteur et un vendeur se retrouve le plus souvent dans une situation de gagnant, gagnant, la finance elle ne crée par de richesse et là où il y a un gagnant, il y a forcément un perdant. Dans certaines circonstances, la finance donne l'impression qu'il y a pas de perdants, mais que des gagnants. On appelle cela une bulle et le jour où elle explose, elle met une planète à genoux. Les rares gagnants dans cette situation le sont parce qu'il ont dévalisé, volé, dépecé les actifs des perdants. Si la finance avait créé de la richesse pour les 99,9% de personnes n'y travaillant pas, ça se saurait. Bien au contraire, c'est sous son diktat que les grandes entreprises se sont engagées dans des dérives qui sont à l'origine de la crise que nous connaissons. Demain, le marché, cette entité truffée de superstition obscurantiste ne trouverait sa sérénité que si des pays comme la France avaient des coûts du travail comparable à la chine.
Il faut être pervers à l'image de Cameron pour menacer d'une perte de milliers d'emploi dans le cas d'une taxation de la finance sous prétexte que la City représente près de 10% du PIB de la Grande Bretagne. Demain on va nous convaincre que s'attaquer à l'économie souterraine, la drogue, les mafias, qui dans certains pays représentent jusqu'à 50% du PIB, serait une grave erreur et ferait perdre des emplois.
La finance a atteint, de nos jours, le degré de délinquance des autres formes d'économies parallèles, casinos, tripots de jeux, trafic de stupéfiants, racket etc..etc... Donc penser pouvoir juste la réguler est d'une naïveté assez déconcertante.
Il faut s'y attaquer pour la neutraliser, et la canaliser vers ses rares activités vertueuses et génératrice de progrès. Au point où nous en sommes, la finance est moralement revenu deux siècle en arrière.
Les capitaux sont libres de se déplacer ou bon leur semble. Et tout le reste qui dépend d'eux (activité, emploi, ... ) doit se débrouiller.
Et bien non, le capital doit supporter les coûts induits par les conséquences de sa mobilité.
Il reste que ce n'est pas facile à faire et que les hommes politiques ne feront rien sans un bouleversement majeur.
Je prend mes propre décisions a un niveau critique , utilise mes propres recherches et conditions . C'est risque , c'est dur , mais c'est mon job. Que ça ne plaise pas a la populace ou aux socialistes est l'avant dernier de mes problèmes.
Cependant , jamais le débat électoraliste de la finance morale , anti-speculative et "constructive" n'aura atteint un tel potentiel de divertissement . La grande ironie sur la taxe des transactions financières (au delà de son évidente fonction de moissonnage de votes d’électeurs complètement ignorants en la matière) est qu'elle sera directement réinjectée dans l'achat de Tbonds européens toxiques , contributions aux "ubber-mecanismes anti-faillite hopla-que-je-t'embrouille" ou autres trouvailles franco-germaniques pour sauvegarder l'elite bruxelloise aux frais du bon contribuable.
Quand a la finance elle même , je serais curieux de savoir si il y'a vraiment des "investisseurs" dans le coin. Laissez moi vous assurer , messieurs , que la spéculation "court-terme" ou la spéculation "long-terme" ne sont qu'une seule et même chose qui nécessitent exactement la même discipline dans le consistance et le contrôle du risque. Le marché n'est pas votre ami , il n'a que faire de votre période d'investissement et/ou de votre avis.
Qu'est ce que vous appelez des investissements speculatifs a long terme? Pourquoi ne pas taxer le court terme comme le high frequency trading par exemple?
Si la finance n'est pas notre amie c'est peut etre qu'il faut en modifier un peu les regles... mais chacun ses convictions apres tout.
Merci Florent