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Barça-Real: Mourinho l'impuissant

Ioris Queyroi, mis à jour le 25.01.2012 à 17 h 57

Au Portugal, en Angleterre, en Italie, il est venu, a vu et a vaincu. En Espagne, une équipe résiste encore et toujours au coach madrilène: le FC Barcelone de Pep Guardiola. Le dernier clasico a fait des ravages. Le «Special One» est critiqué de toute part. Même ses joueurs le taclent.

José Mourinho avant le match Séville-Real Madrid le 17 décembre 2011, REUTERS/Marcelo Del Pozo

José Mourinho avant le match Séville-Real Madrid le 17 décembre 2011, REUTERS/Marcelo Del Pozo

José Mourinho n'y arrive pas. Inexorablement, l'entraîneur du Real Madrid, pourtant actuel leader du championnat espagnol avec cinq points d'avance, échoue face au onze barcelonais de Pep Guardiola. A son tableau de chasse es-clasicos, une seule victoire en neuf confrontations (cinq défaites et trois nuls), arrachée en prolongations, au soir de la finale de la Coupe d'Espagne (1-0), le 20 avril dernier. Avant le match retour, ce mercredi 25 janvier à Barcelone, du quart de finale de la Coupe d'Espagne, le Real, perdant une semaine plus tôt (1-2), est déjà menacé de perdre le seul titre que lui a laissé le Barça la saison passée.

Le président Florentino Perez attendait du «Special One» la lumière pour enrayer l'hégémonie du FC Barcelone sur les terrains ibères et d'ailleurs, il n'a pas encore trouvé l'interrupteur. Hormis la Coupe d'Espagne 2011, Mourinho n'a rien gagné en dix-huit mois. En face, ça rigole pour Guardiola, tout juste élu entraîneur mondial de l'année. Avec treize titres conquis sur seize possibles depuis sa nomination en juin 2008, le technicien catalan est déjà l’entraîneur qui a remporté le plus de trophées dans l’histoire du FC Barcelone.

Après avoir été battus en Championnat (1-3) le 10 décembre, les Merengue ont plié, mercredi 18 janvier, une fois de plus à domicile, en quarts de finale aller de la Coupe d'Espagne cette fois, alors qu’ils avaient ouvert le score. Même dans son antre de Santiago-Bernabeu, le Real mourinhesque est incapable de résister au Barça. En cinq tentatives en moins d’un an, toutes compétitions confondues (Liga, Champions League, Supercoupe d'Espagne, Coupe d'Espagne), il n’a pas réussi à battre son meilleur rival à domicile. Pour retrouver l'ultime victoire madrilène à Santiago-Bernabeu face aux Blaugranas, il faut sortir les vieilles archives et les bouliers poussiéreux: elle date du 7 mai 2008.

Jouer petit bras avec des gros bras

Contre Barcelone, José Mourinho, reconnu pour sa science tactique, n’a toujours pas dégoté la formule miracle. Il s'en est défendu, une fois encore, mercredi soir:

«J'entends les gens qui sont déçus par le onze de départ, mais je ne les écoute pas. Il y a toujours plusieurs pères à la victoire mais un seul à la défaite.»

A chaque clasico, le natif de Setubal aligne un Real désespérément frileux, techniquement frustre et honteusement agressif, qui refuse le jeu. Il renie l'identité de jeu madrilène: un football tourné vers l'offensive, troqué contre un schéma ultra-défensif sur fond d’intimidations et de coups de vice. L'international portugais, Pepe, coupable mercredi dernier d'avoir écrasé la main de Messi, personnifie l'impuissance du Real face au onze catalan, qu'il ne parvient pas à «casser» (la Maison Blanche, salie par cette agression crasse, songerait déjà à le transférer).

Les partenaires de Carles Puyol échangent les arguments balle au pied, ceux d'Iker Casillas les actes d'antijeu. Le triangle catalan Busquets-Xavi-Iniesta a la maîtrise, son vis-à-vis merengue Pepe-Xabi Alonso-Diarra, les biceps. Or, c'est du football, pas de la boxe. Au coup de sifflet final, Mourinho a le sourire en bandoulière quand Guardiola lève les bras au ciel, lui qui, toujours aussi sûr de ses idées, garde une foi inébranlable dans le mouvement du ballon.

Le 29 novembre 2010, pour son premier clasico, Mourinho avait aligné son 4-2-3-1 calibré offensif, ses plus beaux atouts (Ozil, Di Maria, Benzema, C. Ronaldo) jouaient. Les hommes de Pep Guardiola lui présentèrent la note: 0-5. La plus grande défaite de sa carrière d'entraîneur. Depuis, le coach lusitanien préfère un Real option béton. Une tactique quelque fois payante quand Mourinho officiait à Chelsea (huitièmes de finale de la Ligue des Champions 2005) et à l'Inter Milan (demi-finales de la C1 2010). Depuis la «manita», son Real s'arc-boute en défense. Mais, là aussi, revers cuisants. Rien ne marche, José Mourinho est impuissant face à la force collective barcelonaise.

Santiago-Bernabeu le cible

La parenthèse enchantée de la victoire en Coupe d'Espagne 2011 et son espérance suscitée trempent déjà dans le formol. L'exigeant public de Bernabeu veut du football léché, même contre Barcelone. Le conservatisme tactique? Basta! Les trois milieux défensifs invariablement alignés pour verrouiller l'entrejeu et neutraliser les pourvoyeurs  de Leo Messi en bons ballons? Dehors! Le prestigieux et fier Real Madrid ne peut jouer face au triple champion d'Espagne en titre comme les petites équipes de la Liga et tout miser sur le contre.

Pour la première fois de sa carrière, José Mourinho a été sifflé dimanche par son public, «son sanctuaire», lors de la victoire en championnat face à l'Athletic Bilbao (4-1), lui qui jusqu'alors était chanté (avant lui, aucun entraîneur n’avait eu cet honneur). «Zidane a été sifflé ici. Ronaldo et Cristiano Ronaldo, soulier d'or, ont été sifflés ici. Pourquoi je ne le serais pas? Ce n'est pas un problème pour moi. Zidane a répondu par son football, et les autres, Ronaldo et Cristiano, aussi», a tenté de dégonfler l'houspillé.

Zinedine Zidane justement, le directeur sportif de Mourinho, a joué, vendredi dans les colonnes de AS, du paratonnerre pour calmer la foudre contestataire:

«Je ne comprends pas qu'on puisse critiquer le système mis en place mercredi en Coupe par Mourinho. Je mets au défi tout entraîneur de me dire s'il connaît un système tactique approprié pour battre le Barça.»

Le vainqueur de la Ligue des Champions 2002 avec le Real crochète au passage la gronde sur l'absence de beau jeu. «Pourquoi le Real ne pourrait pas jouer comme ça? Il arrive un moment où l’unique beauté de ce jeu, c’est la victoire.» Insuffisant. Ces derniers jours, Mourinho a perdu son totem d'immunité. La fronde le cerne.

«Vous n'avez jamais été joueur»

D'illustres anciens de la Maison Blanche (Morientes, Michel) ont attaqué. Pire, l'insurrection brûle au sein même du club. De profondes tensions ont éclaté entre l'entraîneur et ses joueurs, rapportées par Marca. Iker Casillas et Sergio Ramos, capitaine et vice-capitaine respectifs, tauliers du vestiaire, ont échangé, lors de l'entraînement collectif, quelques bourre-pifs verbaux avec José Mourinho. «Où étais-tu sur le premier but, Sergio?», a lancé ce dernier à son défenseur, pris en flagrant délit de marquage élastique sur l'égalisation barcelonaise de Carles Puyol.

Le latéral droit lance la contre-attaque: «Au marquage de Piqué. Mais comme ils faisaient des écrans, Puyol et lui, on avait décidé d'intervertir les marquages.» Avant de tacler à la carotide le Special One devant toute l'équipe: «Vous n'avez jamais été joueur, vous ne savez pas que parfois ce genre de situation peut se produire.» Les mots ont claqué comme une rafale de torgnoles. Jamais un joueur n'a osé s'en prendre de la sorte à José Mourinho. Le joueur, ex-milieu défensif passé par Belenenses, Amora, Rio Ave, Sesimbra et Comercio de Setubal, entre la D1 et la D4 portugaise, était faiblard mais l'entraîneur a un CV maousse.

«El Mou» a repliqué et pointé les déclarations publiques d'après clasico de ses joueurs, accusés de l'avoir lâché. Toujours à l'encontre de Ramos: «Vous m'avez tué en zone mixte.» Mourinho aime que ses joueurs soient prêts à mourir pour lui, pas que leurs propos assassins barrent les unes médiatiques. Le divorce avec son vestiaire est-il entériné? Marqué par cette déferlante critique, l'entraîneur du Real Madrid, sous contrat jusqu'en juin 2014, penserait déjà à son pot de départ. «Quoi qu'il arrive, je pars en juin», aurait-il glissé à ses proches, d'après AS. Le FC Barcelone n'en finit plus de bazarder la Maison Blanche: il est une verrue sur le nez de José Mourinho, jusqu'à présent impossible à enlever.

Ioris Queyroi

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