Le jour le plus sombre du cinéma français
13 nouveautés dont 4 films remarquables et un blockbuster intéressant, un Artist auréolé, etc. L’inévitable résultat de cette situation est une boucherie, d’où aucun des films un peu singuliers n’a de chance de s’en sortir.
- La folie Almayer de Chantal Ackerman. Unifrance -
Cela aurait dû être un mercredi de rêve pour cinéphiles. Ce sera plutôt un jour noir. Ce même 25 janvier sortent en effet au moins quatre films qui figurent, à bon droit, parmi les plus attendus par quiconque s’intéresse à l’art du cinéma contemporain.
Soit trois figures principales de trois générations de ce que le cinéma français a créé de meilleur depuis 40 ans, le nouveau film de Chantal Akerman, La Folie Almayer, le nouveau film de Patricia Mazuy Un sport de filles et le nouveau film de Rabah Ameur-Zaïmèche Les Chants de Mandrin. A quoi il faut ajouter la découverte d’un film aussi remarquable sur le plan de ses choix de mise en scène que pour ses relations à l’actualité, Tahrir, Place de la Libération de Stefano Savona.
Et ce ne sont que les quatre œuvres à nos yeux les plus dignes d’intérêt parmi les 13 nouveautés, où figurent aussi une machine de guerre hollywoodienne (Sherlock Holmes 2), une –épouvantable– machine pseudo-auteuriste tout aussi formatée par Hollywood (The Descendants), deux autres mélos familialistes (Café de Flore et Les Papas du dimanche), une comédie familialiste (Jack et Julie), un autre film d’auteur français (L’Oiseau d’Yves Caumon, prometteur mais pas encore vu)… Et, en plus de ces 13-là, la ressortie de The Artist auréolé de son succès américain.
L’inévitable résultat de cette situation est une boucherie, d’où aucun des films un peu singuliers n’a de chance de s’en sortir. Dans un environnement où, face à la saturation publicitaire sur les films les plus puissants, seule l’attention construite par les forces convergentes des festivals, de la critique et du bouche à oreille peuvent permettre à quelques titres d’exister, et parfois, parfois, d’avoir du succès, cette accumulation de films qui chacun pouvait prétendre à ce processus rend inévitable la dispersion, le phagocytage généralisé, le cannibalisme meurtrier.
Les festivals (Locarno pour Mandrin et Tahrir, Venise pour Almayer, Belfort pour le Mazuy) ont joué leur rôle, mais l’afflux de titres est tel que les œuvres ont du patienter, en quête d’une « fenêtre » moins défavorable pour sortir.
Les distributeurs de ces films ont en effet cherché une «bonne date», c’est-à-dire une date où quelques blockbusters ne préemptent pas tellement d’écrans qu’il devient impossible de trouver de la place dans les salles. Le 25 janvier, les 393 salles de Sherlock Holmes et les 121 de The Artist sont des combinaisons relativement modestes.
A titre de comparaison, la semaine précédente, Millenium occupait 530 écrans, L’Amour dure trois ans 309, Et si on vivait tous ensemble? 300, et, juste avant, c’étai 639 pour J Edgar devant cinq autres titres trustant 1.268 autres écrans (sur un total de 5.480).
Le véritable problème nait en effet de la combinaison de deux inflations, celle du nombre de titres et celles du nombre de salles occupées par certains d’entre eux. Avec cet effet secondaire lui aussi catastrophique que les rares semaines où les rouleaux compresseurs sont absents, les petits se bousculent au portillon en si grand nombre qu’ils s’écrasent entre eux.
La solution à ce problème est évidemment complexe, elle demande un mélange de concertation entre les différents partenaires concernés (exploitants et distributeurs au premier chef) et de fermeté politique. Or la situation, politiquement défavorable depuis que la rue de Valois est occupée par un non-ministre, est stratégiquement rendue encore pire par… le succès de la fréquentation dans son ensemble.
Avec 215 millions d’entrées en 2011, le meilleur score depuis le milieu des années 60, le sentiment que «tout va très bien madame la Marquise» prévaut chez nombre de décideurs. Et il est plus délicat encore de mettre en place des dispositions qui permettraient une moindre inégalité entre les bénéficiaires massifs de cette embellie et ceux qui, non seulement n’en bénéficient pas, mais en sont les victimes paradoxales.
Jean-Michel Frodon
Mis à jour le 25/01/2012 à 7h27














































Excusez-moi de rire. Là vous parlez d'une infime partie des producteurs, une minorité, une aiguille dans une botte de foin. La majorité des producteurs font des films avec: 1. L'argent d'un distributeur ( s'il a des stars bankables) 2. L'argent de Canal+ 3. L'argent d'une chaîne hertzienne 4. L'argent de chaînes de la TNT 5. L'argent du CNC - sous forme d'aide sélective dans le cas d'un premier film et sous forme d'aide automatique dans le cas d'un producteur confirmé. 6. L'argent d'une Sofica 7. L'argent des aides sélectives des régions 8. L'argent des aides sélectives des villes. 9. Le placement de produit.
Cette majorité de producteurs ne prennent pas le moindre risque financier, car dans l'absolu, ils se rémunèrent même en amont sur l'argent perçus aux sources que j'ai décris.
Pardonnez moi d'être rude mais votre argumentation ne tient pas une seconde. Je suis peut être crétin et ignare mais explique moi pourquoi vous écrivez "les films mis en avant dans ma chronique sont conçus pour le cinéma, ils ont besoin de la salle et du grand écran." Qu'apporte la salle et le grand écran ne m'apporte pas le salon et la télé (qui est parfois de dimension importante chez de nombreux particulier) ?
Je ne parle pas de diffusion à la télévision qui peut être un one-shot et peut donc vous déplaire (cf votre remarque supra), mais bien de diffusion sur internet avec mise à disposition par diverses possibilités (p2p, ftp, newsgroup, site de visionnage, ...).
Le but de ces films est-il juste d'être en salle, ou est-ce d'être vu et susciter la réflexion ?
Bref, on est en 2012 avec de la technologie différente de celle d'il y a 20, 30, 40 ou 50 ans
Son DTS certes, cependant je suis allé voir sur allocine la fiche des films en question et côté son c'est du dolby SRD loin derrière la technologie utilisé pour le dernier Sherlock Holmes (DTS, SDDS, Dolby Numérique)
Encore une fois, si dans l'idéal un film doit se voir dans les meilleures conditions possibles, il me semble qu'il ne faut pas perdre de vue qu'un film se doit d'être avant tout vu et c'est là qu'il y a un espace à utiliser à savoir Internet. Contrairement à la télé qui va proposer un one shot, un film disponible sur Internet ne demande qu'à être téléchargé. Si un buzz se produit il est possible qu'il soit programmé en salle.
Partant pour en discuter autour d'une bière !
AC
Peut-être serait-il temps d'imiter nos amis américains, et d'interdire purement et simplement le doublage des films étrangers. Dans le pays de l'exception culturelle (sic), il est paradoxal d'attenter de manière aussi brutale au travail des auteurs et des acteurs étrangers. C'est juste scandaleux. Et ce qui vaut pour le cinéma, vaut aussi à la télévision. Je suis choqué de voir que France 2 et France 3 ne propose quasiment jamais la V.O. des séries et des films étrangers, alors que nous sommes à l'air du numérique.
Certes, avec de tels propos, je vais me faire incendier par l'industrie de la post-synchronisation, mais j'ai la conviction qu'à moyen terme, le manque à gagner de cette activité serait compensé par un surcroit de productions françaises, donc plus de travail pour toutes ces personnes employées au doublage des fictions.
En effet, j'ai une autre conviction en rapport au doublage, c'est que les "daubes" hollywoodiennes ne trouveraient plus leur public en V.O. Alors que les bons films américains sont de toute façon vus, en grande majorité en V.O.
Mais avec le système en place, et des exploitants français qui acceptent, deux, trois ans à l'avance, une dizaine de "daubes", juste pour avoir le "blockbuster", qui va garantir les entrées, on ne parlera bientôt plus de boucherie, mais des abattoirs du cinéma français.
Le succès de "The Artist" outre-atlantique n'est pas que du aux qualités artistiques de ce film, mais bien parce qu'en étant muet, il est par définition, universel. Une des raisons qui expliquent le peu de succès des films français aux Etats-Unis, ce qu'il ne sont pas doublés en anglais. Ils ne sont donc regardés que par une infime partie de l'élite américaine.
La salle n'est pas rendue obsolète par l'apparition de nouvelles techniques de diffusion. Ce qui distingue un film de cinéma du tout venant de la production audiovisuelle (où il peut se trouver aussi, parfois, de très belles choses), est d'être conçu pour le grand écran, l'obscurité, la découverte par une collectivité assemblée pour le voir. Cela "habite" les films, même quand nous les voyons, comme c'est souvent le cas (pour moi aussi), ailleurs qu'en salles. Ce n'est ni passéiste ni élitiste, la salle est un lieu démocratique et contemporain: il n'y a qu'à voir la fréquentation qui ne cesse d'augmenter depuis une décennie. C'est dans ce contexte qu'il faut construire les conditions de rencontres entre des films différents entre eux, et combattre le fait qu'un grand nombre sont condamnés avant d'avoir eu une chance de rencontrer un public. Si je puis me permettre, je renvoie à une tentative d'explication plus détaillée parue sur slate il y a quelque temps, http://blog.slate.fr/projection-publique/2009/11/24/la-projection/