Monde

L'Iran en embuscade dans les présidentielles américaines

Scott Clement, mis à jour le 26.01.2012 à 8 h 11

Pourquoi le président Obama pourrait bien se trouver en difficulté sur le dossier du nucléaire iranien.

Une manifestation anti-américaine à Ispahan en novembre 2011. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Une manifestation anti-américaine à Ispahan en novembre 2011. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Si le ralentissement économique est le principal défi auquel doit faire face le président Obama, un récent sondage commandé par le Washington Post et ABC News indique que son attitude dans le domaine des affaires étrangères est critiquée par les électeurs sur un point précis: le nucléaire iranien.

Les Américains sont ainsi plus nombreux (48% contre 33%) à désapprouver qu’à approuver la manière dont Obama s’est comporté à l’égard de l’acquisition d’armes nucléaires par l’Iran. Ce score est nettement inférieur à celui qui juge ses performances contre le terrorisme ou dans les affaires internationales, ainsi que de l’approbation, par la population américaine, de sa politique de l’emploi, pour laquelle le taux de satisfaction est de 50/50.

Le risque d’emballement

Voilà un sujet piège par excellence. Moins d’un pour cent des Américains affirment, dans le cadre de cette enquête Washington Post-ABC que l’Iran sera la question déterminante dans leur vote aux élections présidentielles de 2012. Moins d’un électeur sur quatre, selon un sondage récent du Pew Research Center, affirme se tenir informé du regain de tension dans le détroit l’Ormuz. Malgré cela, une majorité écrasante d’électeurs (88%) prend très au sérieux les efforts de l’Iran pour se doter de l’arme atomique, selon un sondage du mois de novembre 2011 effectué par l’université de Quinnipiac.

L’Iran va-t-il devenir un facteur clé en 2012? L’économie et le taux de chômage vont certainement demeurer les principaux sujets de la campagne, mais les adversaires républicains d’Obama entrevoient cette ouverture et ont déjà commencé à faire des parallèles entre la faiblesse de l’économie américaine et l’attitude d’Obama à l’égard de l’Iran.

Lors d’un débat, au mois de novembre, Mitt Romney a décrit l’Iran comme «la plus grande menace pesant sur l’Amérique et sur le monde» et affirmé qu’Obama «n’a pas fait tout ce qui aurait été nécessaire pour dissuader l’Iran de laisser libre cours à sa folie nucléaire».

Les candidats républicains ont reçu de nouvelles munitions contre Obama sous la forme d’un rapport de l’ONU, publié en novembre et qui affirme que l’Iran «a entrepris les étapes critiques nécessaires à la construction d’une arme nucléaire». Le bras de fer actuel entre Obama et les Iraniens sur le détroit stratégique d’Ormuz –le président aurait appelé à des pourparlers directs avec l’Iran– pourrait également donner du grain à moudre à ses détracteurs.

Mais le risque d’emballement existe. Questionnés  sur la meilleure attitude face à l’Iran, 65% des Américains privilégient les actions «économiques et diplomatiques» contre 16% qui soutiennent une  action militaire immédiate, dans un sondage CNN/ORC du mois de novembre; 17% préfèrent que l’on ne fasse rien.

Les Républicains contrariés par la rhétorique isolationniste de Ron Paul

Les huées qui ont salué l’intervention de Ron Paul le 16 janvier lors du débat en Caroline du Sud, qui proposait une «règle d’or» en matière de politique étrangère reflètent assez bien les réactions des Républicains à travers le pays.

Dans le dernier sondage Washington Post/ABC News, deux fois plus d’électeurs ou de sympathisants du parti républicain déclarent que l’opposition de Ron Paul aux interventions militaires extérieures constitue, à leur yeux, une raison de s’opposer à lui (49%) plutôt que de le soutenir (25%), soit des chiffres encore plus défavorables qu’en décembre.

La posture isolationniste de Ron Paul rencontre malgré tout un certain écho au sein de l’électorat conservateur, comme en témoignent les cris d’approbations entendus après que Paul a déclaré:

«Ce pays n’a pas besoin d’une autre guerre; nous devons nous désengager de celles que nous menons.»

Si la plupart des électeurs républicains ne sont pas d’accord avec cette vision, plus d’un sympathisant républicain sur trois affirme que la principale raison de son soutien à la candidature de Ron Paul est l’opposition de ce dernier à toute intervention à l’étranger. Pourtant,  au sein même des troupes de Ron Paul, 4 personnes sur 10 sont opposées (1) à cette vision.

Scott Clement

Traduit par Antoine Bourguilleau

(1) Le sondage a été effectué par téléphone, du 12 au 15 janvier sur un échantillon représentatif de 1.000 personnes. Les résultats ont une marge d’erreur de plus ou moins 3,5%. L’échantillon de 414 républicains et sympathisants républicains.

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