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La finance, ennemi public numéro 1 du candidat Hollande

François Hollande au Bourget, le 22 janvier 2012.

François Hollande au Bourget, le 22 janvier 2012.

Le candidat socialiste a désigné son principal adversaire: le monde de la finance, présenté comme une puissance des ténèbres à l’origine des crises. Une façon de marquer son coup de barre à gauche et de balayer les accusations de mollesse en promettant «la fin des privilèges».

Dans son discours du Bourget de dimanche, François Hollande a désigné son véritable adversaire: c’est «le monde de la finance». Et pour mieux insister sur sa capacité de nuisance, il en a théâtralisé la présentation. «Sans nom et sans visage», ce n’est pas un humain. «Sans parti» et qui «ne présentera jamais sa candidature»: ce n’est pas un leader politique, ce qui permet à Hollande se placer au-dessus de l’antisarkozysme. Enfin, «il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne»: cet adversaire agit de façon occulte en manipulant les élus.

Barre à gauche, la finance au pilori

Présentant la finance comme une puissance des ténèbres, François Hollande répond à ceux qui l’avaient trouvé trop «mou» pendant la campagne de la primaire socialiste. Pour l’autre campagne qui vient de s’ouvrir, la vraie, celle de la présidentielle, le candidat du PS, beaucoup plus pugnace, donne un coup de barre à gauche. Lorsqu’il annonce «la fin des privilèges», on entend François Mitterrand souffler à son oreille. Il retrouve les accents de son mentor faisant la promotion du Programme commun pendant la campagne de 1981 afin de drainer les voix communistes.

Cette fois, ce sont les 17% de sympathisants socialistes qui ont voté pour Arnaud Montebourg aux primaires et les militants du Front de gauche emmené par Jean-Luc Mélenchon qu’il faut séduire. Et aussi les déçus de la gauche, victimes de la mondialisation représentée par la finance internationale, qui ont rejoint le Front national: François Hollande ne se résout pas, dit-il, à les «abandonner». En dépeignant la finance comme l’ennemi public n°1 et en retrouvant les élans mitterrandiens qui les avaient conquis voilà trente ans, il invite ces anciens sympathisants de gauche à le redevenir.

L’exercice est un peu convenu. Il n’est même pas spécifique à la gauche, mais François Hollande se l’est approprié. Nicolas Sarkozy, en septembre 2008, s’était lui-même transformé en accusateur du «capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à le pervertir»: «L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle. […] Le marché qui a toujours raison, c’est fini», avait-il annoncé. Une menace pour la finance restée lettre morte: c’est, trois ans plus tard, un boulet au passif du bilan de Nicolas Sarkozy. Reste maintenant à François Hollande à convaincre qu’il saurait allier le geste à la parole.

La part du rêve pour réhabiliter le PS

On dit les Français avoir assez peu confiance dans le monde politique pour régler les problèmes: selon le baromètre du Cevipof, «83% des Français considèrent que les responsables politiques  se préoccupent peu ou pas du tout de ce que pensent les gens comme eux». François Hollande est un pur produit de ce monde-là. Alors, pour convaincre, il a ouvert au Bourget un large pan d’un programme qu’il ne devait révéler que le 26 janvier.

Obligation pour les banques de séparer la banque de dépôts (celle qui intéresse les citoyens) de la banque d’investissement (à l’origine de la spéculation internationale), interdiction de travailler dans les paradis fiscaux, interdiction de distribuer des produits toxiques (placements à risques)… Ces idées, qui furent débattues dans la campagne des primaires, sont reprises par le candidat.

Tactiquement, dans son discours, Hollande devait en passer par là. Dans le programme d’un homme de gauche, ces engagements sont incontournables. Malgré tout, il n’est pas sûr que, au-delà du symbole, les murailles de Chine dans les banques fournissent des défenses efficaces pour qui veut les contourner, mais elles peuvent limiter les conséquences en cas de dérive.

Quant aux paradis fiscaux, ils ne peuvent être véritablement combattus que dans une dynamique internationale impossible aujourd’hui à mettre en route, comme l’a montré l’échec des derniers G20. En outre, ils ne sont pas tous exotiques et pour ceux qui existent dans l’Union européenne —le Luxembourg, par exemple…–, il sera bien difficile d’interdire aux banques françaises d’y opérer.

On n'en sera que plus attentif à la méthode pour y parvenir, comme pour imposer une taxe sur les transactions financières dès l’instant où l’Europe ne suivrait pas.

Ménager les classes moyennes

Dans la conjoncture économique que connaissent les Français, à qui on promet l’austérité et qui voient le monde de la finance dicter sa loi aux Etats, le coup de barre à gauche est forcément gagnant. François Hollande a beau jeu de partir en guerre contre un monde «qui mange la main» des Etats qui l’on sauvé, contre les bénéficiaires de stock-options et de bonus alors que le pouvoir d’achat des ménages va baisser.

Il n’en ménage pas moins les classes moyennes en fixant un seuil (150.000 euros annuels) en-deçà duquel une réforme fiscale à venir n’alourdirait pas l’impôt. Par rapport à de précédentes déclarations où le riche était montré du doigt à partir de 4.000 euros par mois, le curseur a été déplacé. On attend, là encore, le mode opératoire, notamment pour le rapprochement entre l’impôt sur le revenu et la CSG.

François Hollande a également poussé l’idée d’un alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail; un projet également soutenu par des groupes de l’actuelle majorité. Ce n’est d’ailleurs pas la seule mesure qu’on retrouve à droite ou qui soit déjà mise en œuvre. La banque publique d’investissement dédiée aux PME promise par Hollande existe déjà, le livret d’épargne pour les entreprises n’est rien d’autre que le Codevi rebaptisé en livret de développement durable… Il est dans la technique du tribun d’amplifier les effets d’annonces en allongeant la liste des mesures même lorsqu’elles ne sont pas nouvelles; Nicolas Sarkozy l’a lui-même employée à l’issue du «sommet social» du 18 janvier.

Des mesures de proximité aux origines de la gauche

Lorsqu’il prévoit de repousser le plafond du Livret A au double de la somme autorisée aujourd’hui, le candidat socialiste fait mouche parce qu’il libère un produit financier populaire, cher à tout épargnant modeste. Et lorsqu’il se propose de financer la construction d’un plus grand nombre de logements sociaux, il vise un projet qui résonne dans les revendications des classes modestes. Il revient aux origines de la gauche.

Même chose lorsqu’il promet un retour à la retraite à 60 ans, retour très modulé qui est en fait conforme à l’esprit de la réforme Fillon de 2003 qui donnait la priorité à la durée de cotisation sur l’âge de départ: le départ à 60 ans pour 41 années de cotisation avancé par François Hollande n’est rien d’autre qu’une prise en considération des «carrières longues», reconnaissance qui existe d’ailleurs dans la réforme de 2010! De sorte que la polémique sur le sujet ne semble avoir guère de sens. Mais tous les socialistes n’apprécieront peut-être pas la nuance.

François Hollande a placé son discours sous le signe de «la justice et de l’égalité». Alors que les marchés financiers sont montrés du doigt pour la pression qu’ils exercent sur les Etats, à l’origine des plans d’austérité, ils étaient une cible toute désignée, au-delà même du président sortant dont le candidat socialiste a voulu signifier, en creux, une certaine impuissance. Mais un futur président ne pourra non plus pousser la France en marge des flux d’échanges internationaux, notamment financiers. Après les objectifs, on attend maintenant, dans la suite de la campagne, les moyens qui pourraient être mis en œuvre afin de mieux évaluer la valeur des promesses.

Gilles Bridier

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