France

Fausses plaques d’immatriculation: la «doublette» se démocratise

Hugues Serraf, mis à jour le 20.02.2012 à 16 h 47

Pourquoi perdre des points sur son permis pour excès de vitesse lorsqu’il est si facile de grignoter celui du voisin?

Plaque d'immatriculation Charles Platiau / Reuters

Plaque d'immatriculation Charles Platiau / Reuters

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Avant le téléphone portable, il y avait assez peu de vols de téléphones portables. Il devait bien y avoir quelques vols de téléphones fixes, mais on n’en faisait pas un tel symbole de la déliquescence de nos sociétés modernes.

Avant les radars automatiques, il y avait déjà quelques utilisateurs de fausses plaques d’immatriculation, mais ils étaient presque aussi marginaux que les soustracteurs de bigophones en bakélite. Truands chevronnés pour la plupart, ils devaient se procurer leurs jeux de numéros frelatés chez un type un peu louche de la porte de Saint-Ouen qu’ils rémunéraient en petites coupures usagées et en tuyaux pour le prix de l’Arc de Triomphe.

Depuis qu’il est devenu difficile de faire Paris-Lille en trois-quarts d’heure sans voir son capital de points écorné par un appareil-photo blindé vissé à une glissière de sécurité, un kit de fausses plaques minéralogiques s’achète sur le Web, se paye par Carte Bleue et même votre voisin de palier peut s’en offrir un pour Noël…

C’est en tout cas ce qui fait bouillir Daniel Merlet, le président de l’Association nationale de défense des victimes d’injustices (ANDEVI), une structure venant en aide aux automobilistes dont l’identité routière a été usurpée.

«Ce n’est pas seulement une question de délinquance qui ne concernerait que la police, explique-t-il, mais un énorme souci pour les gens dont les numéros sont utilisés. Car allez convaincre une administration souvent bornée que, non, ce n’était ni vous ni votre véhicule qui a été flashé à 250 km/heure près de Limoges dimanche dernier, alors que vous étiez en train de faire la sieste à Perpignan au même moment! C’est un parcours du combattant!»

 Une voiture identique à la vôtre, équipée des mêmes plaques

En 2010, 13 574 infractions aux plaques ont d’ailleurs été recensées (une progression de 19%), dont un peu plus de 5 000 usurpations proprement-dites ― ce qui commence effectivement à faire beaucoup.

«Le pire, ce n’est pas tant le type qui se fait fabriquer des plaques bidons qui s’avèrent être les vôtres, précise le responsable associatif, puisque l’on peut toujours se débrouiller pour expliquer que la Porsche 911 qui figure sur la photo du radar ressemble assez peu à votre tracteur ou à votre Vespa, mais les fameuses «doublettes». Dans ce cas (410 dossiers soumis à l’ANDEVI l’an dernier), l’automobiliste indélicat repère un véhicule identique au sien (marque, modèle, couleur) et en copie les plaques. Là, ça devient inextricable puisque tout semble correspondre…»

De fait, faire réaliser une plaque d’immatriculation sans présenter de carte grise est un tel jeu d’enfant qu’on se demande pourquoi les stats n’explosent pas davantage. On ne savait pas les Français si civiques ― ou si méfiants à l’égard du commerce en ligne, puisque les sites spécialisés se comptent désormais par dizaines. Qui sait, le voleur de plaques a peut-être la trouille de se faire pirater sa Carte Bleue…

«A l’ANDEVi, on a justement testé un certain nombre de ces sites et, s’ils se fichent éperdument de savoir si vous êtes ou non le titulaire officiel du numéro, ils sont très attentifs à ce que vous leur fournissiez le bon code de carte de crédit. Mais en gros, vous demandez n’importe quoi et vous êtes servi», ricane (jaune) Daniel Merlet.

Alors que faire? Ben rien apparemment. Et si les militants de la défense des automobilistes s’efforcent surtout de faire bouger l’administration en exigeant la création d’un poste de médiateur ad-hoc dont le rôle serait de gérer les cas d’usurpation et de mettre son nez dans les situations trop kafkaïennes, les peines prévues par la loi sont déjà relativement lourdes (jusqu’à 30 000 euros d’amende et sept ans de prison), même si elles ne sont que rarement appliquées dans de telles proportions.

«On peut toujours remplacer les serveurs vocaux de préfectures par des êtres humains capables de prendre un appel et de démêler ce genre de situation, ça serait un bon début, suggère encore le président de l’ANDEVI. Et même remettre de vrais flics sur les routes afin de vérifier si le conducteur en infraction possède effectivement une carte grise valide». Oh pétard! Une association d’automobilistes qui exige davantage de contrôles routiers, c’est bien la preuve que la situation est sérieuse. Mais que fait la police, bon sang de bonsoir!

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