Monde

Romney newtralisé par Gingrich en Caroline du Sud

John Dickerson, mis à jour le 22.01.2012 à 10 h 35

Le favori pour défier Obama va devoir repartir à l'attaque après la spectaculaire victoire de l'ancien président de la Chambre des représentants samedi.

Mitt Romney après sa défaite lors de la primaire de Caroline du Sud, le 21 janvier 2012.

Mitt Romney après sa défaite lors de la primaire de Caroline du Sud, le 21 janvier 2012.

La primaire républicaine de Caroline de Sud s’est avérée «grandiose». Newt Gingrich, qui avait adopté ce mot quand il a été utilisé pour le décrire, l’a largement emporté, samedi 21 janvier, avec environ 40% des voix. Mitt Romney, qui comptait une avance à deux chiffres dans les sondages après la primaire du New Hampshire, n’a réalisé que 27%. Etant donné le caractère massif de la victoire de Gingrich, il risque d’être difficile pour lui de trouver une figure historique suffisamment importante à laquelle se comparer.

Le parcours paisible de Mitt Romney vers la nomination a été interrompu. Il a perdu deux des trois primaires. Les électeurs ont validé les doutes persistants sur sa personne, et ceux qui ne votaient pas pour lui et partageaient leurs votes sur d’autres candidats semblent s’être fixés sur Gingrich.

L’élan que nous avions tous ressenti en faveur de Gingrich semble réel. Enormément d’électeurs —autour de 53%— se sont décidés au dernier moment et 44% d’entre eux ont opté pour lui. Le résultat des débats: 65% des votants ont dit qu’ils avaient compté dans leur choix et la moitié de ceux-ci ont choisi Gingrich.

Les républicains raillent depuis longtemps l’habileté rhétorique de Barack Obama, mais en Caroline du Sud, les sondages sortie des urnes montrent clairement que Gingrich doit sa remontée à sa rhétorique. Les équipes de campagne de Romney et Santorum l’ont pilonné sur sa personnalité lunatique et son style de commandement chaotique. Elles ont expliqué que les votants auraient des regrets à l’automne quand Gingrich perdrait face au président Obama, ou si Gingrich gagnait pour ensuite partir en torche une fois investi. Ces attaques n’ont pas fonctionné.

Grignoté sur deux points centraux

Mitt Romney a défendu sa candidature sur deux points. Il est le candidat le plus susceptible d’être élu et il peut remettre l’économie en ordre. Toujours selon les sondages sortie des urnes, Gingrich a grignoté des voix sur ces deux points centraux de son argumentaire. 45% des votants de Caroline du Sud ont dit que l’attribut le plus important recherché chez un candidat était qu’il puisse battre Obama: Gingrich a gagné le vote de cette catégorie par 48% contre 39% pour Romney. Et chez les 63% pour qui l’économie était le thème de campagne le plus important, Gingrich a battu Romney par 39% contre 33%.

63% des votants se sont déclarés chrétiens évangéliques ou born again, et ils se sont résolument prononcés pour Gingrich, lui accordant 43% de leurs votes. Soit le même ordre de grandeur que Mike Huckabee, ancien pasteur, en 2008. Newt Gingrich a été marié trois fois et a reconnu avoir été infidèle —et les accusations de sa seconde femme sur son désir d’un mariage «ouvert» ont refait surface quelques jours avant le vote. Rien de tout cela n’a compté.

Mitt Romney, marié à sa première et seule femme depuis plus de quarante ans, n’a reçu que 22% du vote des évangéliques, moitié moins que Gingrich (même si c’est le double de son score de 2008).

Echec du soutien évangélique à Santorum

Les électeurs évangéliques n’ont pas vu les failles personnelles de Gingrich comme un obstacle. Pas plus que les femmes, qui ont également voté davantage pour lui que pour Romney.

Les stratèges de campagne républicains de Caroline du Sud se sont grattés la tête avec perplexité là-dessus: «Ce sont les mêmes qui portaient un jugement sur Bill Clinton», a expliqué l’un d’entre eux de ces électeurs déterminés par les valeurs. Mais l’opinion dominante au sein du camp républicain veut que les électeurs du parti aient déjà minimisé les carences personnelles de Gingrich. Un sondage a également suggéré qu’ils ne croyaient pas les dernières accusations de son ex-femme.

Les dirigeants évangéliques qui s’étaient rassemblés au Texas il y a une semaine pour apporter leur soutien à Rick Santorum ont aussi essuyé un échec. Santorum, le choix de cette élite conservatrice, a attiré seulement 19% du vote évangélique. Chez les 26% qui ont déclaré que les croyances religieuses des candidats comptaient beaucoup pour eux, il n’a pas terminé premier, devancé avec 31% par Gingrich et ses 43%.

Il semble aussi que les électeurs aient relativisé les craintes sur l’instabilité de Gingrich. Gingrich est un homme politique instable, son passé nous le dit, sa campagne jusqu’à présent nous l’a dit: pendant quatre jours avant le vote en Caroline du Sud, l’équipe de campagne de Mitt Romney a souligné ces faits. Le qualifiait de «leader imprévisible». Ensuite, les accusations de Marianne Gingrich ont refait surface, le genre de déflagration inattendue sur laquelle les rivaux de Gingrich avaient alerté. Pourtant, cela ne l’a pas atteint.

«Armes de la gauche»

Romney l’a emporté chez les électeurs «modérés ou libéraux», ceux qui s’opposent au Tea Party et ceux qui gagnent plus de 200.000 dollars par an, la moitié de ce qu'il a gagné en 2010 pour prononcer des discours en public. Cela ne fait pas exactement une coalition républicaine.

Il va devoir se remettre au travail pour promouvoir le message central de sa candidature et éreinter Gingrich. Dans son discours après la primaire, il l’a comparé à Obama: aucun des deux n’a dirigé une entreprise ni un Etat; les deux s’engagent dans une guerre de classes et attaquent la liberté d’entreprendre. «Ceux qui s’emparent des armes de la gauche aujourd’hui les verront se retourner contre eux demain», a-t-il déclaré.

Concernant Gingrich, la question est maintenant de savoir s’il peut transformer sa campagne plutôt modeste en quelque chose de plus important. En Floride, théâtre de la prochaine primaire, la campagne reposera davantage sur la télévision que sur des apparitions en public. L’ancien président de la Chambre des représentants devra compter sur une importante injection d’argent pour contrer les publicités négatives contre lui, qui inondent déjà les boîtes aux lettres. Gingrich devra aussi accélérer pour concurrencer l’organisation de Romney, plus forte. La dynamique du moment pourrait lui permettre de surmonter ces handicaps.

L'apothéose d'une semaine loufoque

Gingrich est vulnérable sur des points importants que Romney doit exploiter pour convaincre les électeurs qu’il perdrait en novembre. L’ancien président de la Chambre des représentants est impopulaire au niveau national et auprès des électeurs indépendants, ainsi que dans son propre parti. Dans le New Hampshire, 60% des électeurs sondés à la sortie des bureaux de vote disaient qu’ils seraient insatisfaits s’il était nominé.

Même chose dans les sondages nationaux: selon une récente enquête du Washington Post et d’ABC News, 23% des républicains ne le soutiendraient pas, seul Ron Paul faisant pire. Et les femmes, une partie de l’électorat qui oscille d’un camp à l’autre au gré des élections, ne l’aiment pas.

Sa spectaculaire victoire a été l’apothéose d’une semaine politique loufoque: des débats orageux, les accusations de son ex-femme, le retrait de la course de Rick Perry et un résultat finalement renversé dans la primaire de l’Iowa. Vu tout ce remue-ménage, il a semblé logique que, le jour de l’élection, une météo agitée ait privé de courant certains bureaux de vote de Caroline du Sud et que les résidents de certains comtés aient passé la majeure partie de la journée sous la menace d’une tornade. Les électeurs de Floride feraient bien de se préparer à du gros temps.

John Dickerson

Traduit par Jean-Marie Pottier

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