Économie / Politique

Les leçons anglaises

Temps de lecture : 3 min

La Grande-Bretagne n'a pas de meilleurs résultats économiques que la France mais a su conserver la notation maximale.

A Londres en janvier 2012. REUTERS/Stefan Wermuth.
A Londres en janvier 2012. REUTERS/Stefan Wermuth.

Du Royaume-Uni, il est possible de répondre à deux questions posées dans le contexte de l'élection présidentielle en France.

1. Est-il intéressant de quitter l'euro et de dévaluer de 25% sa monnaie, comme l'a été la livre sterling? La réponse est non.

2. Concernant l'austérité, faut-il agir très vite et très fort ou mieux vaut-il attendre, comme le suggèrent les keynésiens, que la conjoncture soit meilleure? La réponse, dans le contexte européen, est que l'austérité immédiate est meilleure.

David Cameron fait mieux que Nicolas Sarkozy. Accessoirement, cela explique pourquoi la Grande-Bretagne a conservé son triple A, contrairement à la France, malgré des résultats aussi mauvais dans les deux pays. Voyons le détail.

Faire le ménage rapidement

Lors des élections législatives en Grande-Bretagne, il y a deux ans, le déficit budgétaire (11% du PIB) est au centre des débats. Tout tourne autour des nécessaires coups de hache dans les dépenses. Les conservateurs de David Cameron proposent de frapper très fort. Effectifs et salaires de la fonction publique, budgets des ministères... tout y passe sauf la santé. La stratégie politique était claire: faire le ménage rapidement pour que les bénéfices commencent à se voir la quatrième année, celle de l'échéance électorale suivante.

D'un point de vue économique, les choses sont également claires. Annoncer l'austérité avant que les marchés ne vous y conduisent les mains dans le dos est une politique préventive qui paie. Autre avantage, la rigueur fiscale permet à la banque centrale d'être plus accommodante dans sa politique monétaire.

Enfin, les conservateurs veulent engager un changement complet de la croissance britannique, trop tournée vers l'endettement, et donc abaisser la demande (notamment par une hausse de la TVA). Cette chute sera compensée, espèrent-ils, par le regain des exportations, la livre ayant perdu 25 % de la valeur depuis 2007.

Un succès? Non

David Cameron a été élu. Sa politique est-elle un succès? Non. La croissance est stagnante (0,7% ou 0,9% attendu cette année après une récession au creux de l'hiver), le chômage est en hausse dangereuse, à 8,4%, le déficit est encore de 8% en 2011.

Le Premier ministre a été pris, comme tout le monde, dans la rechute mondiale sensible depuis le printemps dernier et dans la crise de la zone euro. Conséquence: la demande interne a effectivement baissé. La hausse de la TVA (de 17,5% à 20% au 1er janvier 2011) a ajouté ses effets à celle du prix de l'essence pour donner une inflation de plus de 5%. Comme les salaires étaient contenus, la consommation a reculé.

La déception vient des exportations: rien n'a bougé. La dévaluation n'a pas eu d'effet. Pourquoi? Le gouvernement accuse le plongeon de la zone euro, qui reste le principal client (40% des ventes). Sans doute, mais on ne vend que ce qu'on fabrique: la Grande-Bretagne exporte des services (dont la finance, mais son activité est en fort recul), mais elle dispose d'une base industrielle trop réduite et pas assez musclée pour l'export.

Et les investissements restent décevants: pourquoi bâtir des capacités quand il y en a déjà trop en Europe? Pour la France, qui rêve de réindustrialisation, la leçon anglaise s'appelle prudence. Cela prend du temps. Optimistes à leur habitude, les Britanniques disent encore au moins deux ou trois ans.

Entre-temps, l'économie souffre et les effets de la crise ne s'effacent pas. Paul Mortimer Lee, de BNP Paribas, résume:

«En 2009, le PIB est tombé très vite comme en Allemagne, depuis il remonte très lentement comme en France.»

Le différentiel reste de 4 points de PIB perdus, alors que France et Allemagne sont remontées à zéro.

Une politique budgétaire crédibilisée

Mais l'austérité a convaincu les marchés. «Le gouvernement a réussi à crédibiliser sa politique budgétaire», assure Nick Bate, de Bank of America Merrill Lynch. Sa Majesté a conservé son triple A et le Trésor britannique paie des taux d'intérêt aussi bas que les Allemands. Et ce malgré le déficit persistant. La politique de la Banque d'Angleterre d'achat des titres d'Etat l'explique en grande partie. Mais cette prouesse en dit long sur les énormes avantages d'être préventif... comme, aussi, sur la cote d'amour des investisseurs de la City pour le pays qui les accueille.

En vérité, si la conjoncture mondiale ne s'était pas rétablie (à la suite des Etats-Unis) depuis deux mois, David Cameron, dans la récession, aurait eu bien du mal. Heureusement, tout s'améliore un peu à l'extérieur comme à l'intérieur avec une inflation qui reculera à 2 % fin 2012. Les ménages soulagés, la consommation restera le moins poussif moteur de l'économie britannique.

Eric Le Boucher

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