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Présidentielle 2012: une diplomatie de gauche existe-t-elle?

Daniel Vernet, mis à jour le 23.01.2012 à 10 h 07

Afghanistan, Iran, Françafrique... Ce qui sépare François Hollande de Nicolas Sarkozy est ténu. Sauf peut-être sur le dossier européen.

Légionnaire français à Kaboul en 2009. REUTERS/Ahmad Masood

Légionnaire français à Kaboul en 2009. REUTERS/Ahmad Masood

En France, comme ailleurs, on ne gagne pas les élections avec la politique étrangère. Mais en cas de crise internationale, on peut très bien les perdre. Valéry Giscard d’Estaing en sait quelque chose.

François Mitterrand, le dernier – et le seul – candidat socialiste qui ait gagné l’élection présidentielle, avait porté un coup décisif au président sortant en le traitant en 1980 de «petit télégraphiste» du numéro un soviétique, Léonide Brejnev. C’était à propos de l’Afghanistan. Le président français avait pris pour argent comptant les promesses de retrait des forces soviétiques et les avait rapportées à ses pairs. L’engagement serait tenu… près d’une décennie plus tard par Mikhaïl Gorbatchev.

L’Afghanistan, encore, sera sur l’agenda du prochain président. Mais la question aujourd’hui est celle de la présence des troupes occidentales. La gauche ne peut critiquer l’engagement qui remonte à 2001, au temps de la cohabitation Chirac-Jospin. Elle peut décider un retrait des soldats français mais c’est aussi le point de vue de Nicolas Sarkozy. François Hollande peut-il alors se distinguer sur d’autres sujets? La Syrie? L’Iran? Va-t-il remettre à l’honneur une politique étrangère fondée sur la promotion des droits de l’homme?

C’est ce qu’avait dit Nicolas Sarkozy au début de son quinquennat, qu’il a vite abandonné ce vers quoi il est revenu à l’occasion de l’intervention en Libye pour et qu’il met en sourdine à propos de la Syrie. Sans parler des zigzags envers la Russie et la Chine.

Velléités vertueuses

Donner la priorité au respect des droits de l’homme sur la raison d’Etat est certainement plus facile dans l’opposition qu’au pouvoir. Là encore, l’expérience montre que les velléités vertueuses d’abandonner la complicité avec des régimes africains autoritaires ont, sous les septennats de Mitterrand, vite cédé la place aux turpitudes de la «Françafrique».

Le futur président, quel qu’il soit, sera confronté à un dilemme de même nature par les suites des «printemps arabes». Que faire face aux victoires électorales des islamistes en Tunisie et en Egypte, et les dérives du nouveau régime libyen? Il n’est pas facile de naviguer entre deux écueils: rappeler les valeurs universelles au risque de tomber dans «l’occidentalisme» ou se taire au nom d’un relativisme culturel.

Alain Juppé a voulu marquer des «lignes rouges»: dialogue avec les islamistes qui acceptent les règles de la démocratie et les libertés individuelles. François Hollande peut difficilement dire autre chose.

La fermeté de Nicolas Sarkozy sur l’Iran ne s’est guère démentie tout au long de son quinquennat. Elle est nourrie tout autant par la peur d’un Iran détenteur de la bombe que par la hantise d’une intervention armée contre les sites nucléaires iraniens.

Les sanctions sont supposées offrir une issue à cette impasse. Leur efficacité est cependant douteuse et l’escalade dans les sanctions, contre les exportations pétrolières de l’Iran, auxquelles Téhéran pourrait répondre par la fermeture du détroit d’Ormuz, s’apparenterait à un acte de guerre.

L'Europe, l'Europe, l'Europe

Dans certains milieux diplomatiques proches de la gauche, on s’inquiète de cette escalade et on préconise plutôt une reprise des négociations, sans condition, tout en relativisant l’imminence de la menace représentée par une bombe iranienne. Ces mêmes milieux insistent sur le fait que l’ambition nucléaire n’est pas l’apanage d’Ahmadinejad ou des mollahs, mais qu’elle est partagée par l’ensemble des politiques iraniens.

C’est sur l’Europe que François Hollande a manifesté le plus clairement son intention de se distinguer de la politique suivie par Nicolas Sarkozy. Comme le président sortant, il se doit de réconcilier, dans son propre camp et au-delà, les partisans du «oui» et ceux du «non» au référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel. Depuis lors, le clivage a pris d’autres formes mais il n’en subsiste pas moins.

Le candidat socialiste est un «européïste», comme un de ses premiers mentors en politique, Jacques Delors. Bien avant les primaires socialistes, le père de Martine Aubry avait renié ce fils spirituel et le fils a rejeté le père. François Hollande devrait dire s’il partage encore aujourd’hui la vision d’une Union européenne, fédération d’Etats-nations, multiplicateur de puissance y compris pour une France qui n’aurait plus les moyens par elle-même de jouer dans la cour des grands. La création d’un siège européen au Conseil de sécurité des Nations unie est dans cette logique mais il y a fort à parier qu’un président socialiste qui réaffirmerait cet objectif le renverrait dans un avenir lointain.

Il a manifesté sa volonté, s’il était élu, de renégocier le traité de stabilité que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel préparent pour le mois de mars. En 1997, Lionel Jospin, à peine arrivé à Matignon, avait agi de même avec le pacte de stabilité que le traité d’Amsterdam venait de décider pour renforcer les critères de Maastricht. Le grand succès des socialistes français avait été d’ajouter «croissance» à la stabilité.

Satisfaction de pure forme qui laissait croire que le nouveau gouvernement avait cédé l’Allemagne, sans que la substance du pacte n’en soit en rien modifiée.

Le cuisinier et le serveur

Pour illustrer les relations entre le grand partenaire et le petit dans le gouvernement de grande coalition rouge-vert en Allemagne (1998-2005); Joshcka Fischer avait cette formule: il faut savoir qui est le cuisinier et qui est le serveur. Qui est le cuisinier et le serveur dans le couple franco-allemand?

Les socialistes reprochent à Nicolas Sarkozy de se comporter en valet d’Angela Merkel. Pourront-ils mieux faire, au-delà de quelques satisfactions sémantiques? Ils semblent compter sur un retour au pouvoir des sociaux-démocrates allemands en 2013.

Mais cette invocation comporte une grande part d’illusion. D’une part parce que les exigences d’Angela Merkel dans la politique européenne relèvent plus de tropismes «allemands» que d’obsessions conservatrices. D’autre part, parce que l’histoire de la construction européenne montre que les thèses de la gauche n’ont pas été mieux servies dans les périodes où la majorité des gouvernements était de tendance social-démocrate. Les socialistes français ont toujours fait figure d’exception. Il n’est pas sûr que la crise ait changé fondamentalement la donne.

Daniel Vernet

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