Economie

Un milliard de touristes, et nous et nous et nous

Catherine Bernard, mis à jour le 04.06.2012 à 16 h 14

L'industrie du tourisme résiste remarquablement à la crise, mais les gros bataillons de voyageurs ne changent pas de continent. Si l'Europe plonge dans la récession, les Chinois ne seront pas assez nombreux pour compenser

Mannequins chinois à Paris   Philippe Wojazer / Reuters

Mannequins chinois à Paris Philippe Wojazer / Reuters

La crise, quelle crise? Morosité économique, tremblements de terre (Japon, Nouvelle Zélande, notamment),  tsunami (Japon) , inondations (Australie, Thaïlande...) , révolutions (et inquiétudes) arabes, prises d'otages à répétition, incertitudes sur l'euro, nécessité de limiter les émissions de gaz à effet de serre… Logiquement, 2011 aurait dû être une année noire pour le tourisme international. Mais rien n'y a fait: elle aura au contraire été une année record en la matière. Dès qu'il en a les moyens, le terrien, décidément, adore voyager.

Plus de 980 millions d'humains ont en effet effectué l'an dernier un voyage touristique à l'international, soit 4% de plus qu'en 2010. L'an prochain, le cap symbolique du milliard devrait être allègrement dépassé. Autrement dit, un Humain sur 7 (14%) prend désormais des vacances dans un autre pays que le sien. Et l'on pourrait atteindre le pourcentage de 18% (1,8 milliard de touristes) dans vingt ans. 

Ces chiffres, qui donnent une idée de l'accroissement du nombre de personnes très «aisées» dans le monde, donneraient presque le tournis. Sachant qu'une bonne partie de ces voyages se font en avion, ils ont  également de quoi désespérer les inquiets du changement climatique....

Qui se souvient qu'en 1950, à peine 25 millions de favorisés (1% de la population mondiale) utilisaient leur  passeport pour partir en vacances?  Et qu'en 1985 –l'époque semble aujourd'hui si lointaine!- , ils n'étaient encore que 320 millions (6,7% des terriens)? Du reste, souligne l'organisation mondiale du commerce, qui dépend des Nations Unies -excusez du peu- , le tourisme constitue désormais une branche importante de l'économie mondiale: 5% du PIB mondial, 6% des  exportations et 9% des emplois dans les pays développés et émergents... 

Des destinations surtout continentales

En ces périodes où l'économie semble aller à vau-l'eau, ces pérégrinations internationales constituent donc à première vue une sources de revenus et d'activité bienvenue pour la vieille Europe: elle attire plus de 500 millions de touristes chaque année.

Et, dans le chaos qui a affecté le Moyen Orient et le Japon, le continent est resté en 2011 une valeur sûre: le nombre d'arrivées  y a progressé de 6%, plus que dans toutes les autres régions du monde. Quant à l'hexagone si les chiffres 2011 ne sont pas encore disponibles, il était encore en 2010 la première destination touristique mondiale, avec quelques 77 millions d'arrivées.[1]

Mais  le tourisme ne constitue guère une assurance anti-crise. Car le tourisme international reste plus souvent «continental» qu'«intercontinental»: quatre fois sur cinq, un touriste qui quitte son pays reste, malgré tout, à l'intérieur de son continent d'origine. In fine, chaque continent reçoit donc à peu de choses près autant de touristes qu'il... en envoie!

Autrement dit, si l'Europe attire un voyageur sur deux,  c'est aussi... qu'un touriste international sur deux est, justement, européen. La France ne déroge pas à la règle: 85% des vacanciers qui viennent en France viennent d'Europe. Que les Européens s'appauvrissent sensiblement dans les prochaines années et rognent sur leur budget «vacances», et le secteur touristique risque de souffrir durement.

La Chine, troisième destination mondiale

Bien sûr, de plus en plus de touristes asiatiques, et notamment Chinois, atterrissent à Roissy chaque année, et cette tendance devrait se confirmer. Mais il n'est pas sûr que  leur afflux suffirait à compenser une éventuelle diminution du nombre de touristes européens, ou, du moins, à perpétuer la croissance du secteur: comme les Japonais, les Chinois voyagent avant tout en Asie-Pacifique. Plus le tourisme international se développe, et plus le nombre de destinations touristiques s'accroît et se diffuse sur les continents.

Résultat: en 2010 déjà, la Chine était la troisième destination touristique mondiale, après la France et les Etats Unis, dépassant l'Espagne! Et dès 2015, les économies émergentes devraient accueillir plus de touristes que les économies avancées, annonce l'organisation mondiale du tourisme.

Et en 2030, elles devraient à elles seules recevoir un milliard de visiteurs. Déjà, du reste, la part de l'Europe dans le gâteau mondial du voyage s'est sensiblement amoindrie, passant de 65% en 1980 à un peu plus de 50% aujourd'hui. En 2030, cette proportion devrait descendre à environ 40%.

En d'autres termes et au risque d'en décevoir certains: en matière de tourisme aussi, l'Europe pourrait avoir  mangé son pain blanc.  

Catherine Bernard

[1] En nombre de voyageurs, en termes de recettes touristiques en revanche, la France arrive 3ème après les Etats Unis et l'Espagne (et devant la Chine)
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