Culture

«Il n’y a pas de rapport sexuel», l’art du porno recyclé

Vincent Brocvielle, mis à jour le 19.01.2012 à 12 h 22

Réalisé à partir de séquences de making of des films porno de HPG, «Il n’y a pas de rapport sexuel» est un long-métrage de Raphaël Siboni. Travail d’appropriation et de recyclage. Sujet casse-gueule.

Scène de «Il n'y a pas de rapport sexuel». Capricci films.

Scène de «Il n'y a pas de rapport sexuel». Capricci films.

A l’entrée du cinéma, le public qui attend pour voir le film est plutôt mélangé (hommes, femmes, jeunes, moins jeunes). Dans la file se propage un même son de cloche légèrement faux-cul: «On en a entendu parler sur France Culture, il paraît que c’est pas mal».

Et alors ? C’est vrai, c’est pas mal, le montage est bon, les personnages filmés sont sympathiques, on s’ennuie parfois un peu mais c’est voulu. On est pris à la gorge quand une fille pleure face caméra. On est soulagé quand une scène éprouvante se termine. Le dispositif fonctionne bien dans l’ensemble. Et sinon?

C’est beau comme un film d’entreprise. On y voit un PDG se démener cul nu, occuper tout l’espace, échafauder des stratégies commerciales, galvaniser ses troupes en évitant de parler salaire, et puis tomber d’épuisement. Il n’y a pas de rapport sexuel est une hagiographie de HPG, acteur porno, réalisateur, bonimenteur, chef d’entreprise donc.

Le montage des séquences de making of a été accompli par un jeune plasticien, Raphaël Siboni, dans les limites fixées par le producteur de HPG. C’est donc un film embarqué, promotionnel, plus qu’un documentaire au sens courant. Mais c’est aussi un jalon dans la petite histoire du porno recyclé par les artistes.

1. Le plus connu

Thomas Ruff, ce photographe sans appareil photo, pioche parmi les innombrables images qui circulent sur le Net et les classe par catégorie. Comme dans le film sur HPG où chaque scène correspond à un type de fantasme (infirmière, pom pom girl, trio, cuir, mature, extérieur Mercedes…), la série des Nudes accumule les stéréotypes. Les images sont floutées, retravaillées. C’est la version compulsive du recyclage.

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Thomas Ruff, Nudes, 1999-∞

2. Le sociologue

William E. Jones utilise pour ses installations vidéo des images d’archives, celles de la police américaine qui surveille les toilettes publiques, celles de la Farm Security Administration, ou celles du producteur porno Larry Flint qui recèlent des trésors. En 1998, il compile ainsi vingt minutes de scènes où figurent de jeunes acteurs tchèques, russes et hongrois. 

Son court-métrage intitulé La Chute du communisme par le prisme du porno gay montre l’avènement d’un nouvel individu, le gay-for-pay (homo pour de l’argent) dans l’ex-URSS. De jeunes recrues vous fixent du regard pendant l’audition, ils sont interrogés, déshabillés, palpés. La société dans laquelle ils ont grandi a basculé. Leur corps devient une monnaie d’échange.

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William E Jones, The Fall of Communism as Seen in Gay Pornography, 1998

3. La pionnière

Betty Tompkins et ses Fuck Paintings dont l’histoire rocambolesque nous ramène à la fin des années soixante parmi les « photoréalistes » de SoHo. Betty Tompkins reproduit patiemment des images pornographiques en les recadrant serré sur des formats gigantesques. Le résultat est sidérant. A tel point que le centre Pompidou cherche à faire l’acquisition d’une toile dès 1973. Mais les œuvres envoyées à Paris sont bloquées à la frontière.

Il faut attendre 2002 pour voir l’ensemble exposé à New York, et 2003 à Lyon. Les commentaires de l’artiste à propos des Fuck Paintings sont faussement naïfs, ce qui est finalement une bonne manière de débrouiller le sujet:

«Tout le monde fait l’amour, d’une façon ou d’une autre, mais on ne se regarde pas pendant l’acte. Nous sommes donc très curieux de voir à quoi cela ressemble. Je pense que pour beaucoup de gens, la curiosité est à la fois positive et négative : ils regardent, ils se sentent à la fois attirés et repoussés. This is okay with me

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L'artiste Betty Tompkins entre deux Fuck Paintings.

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