Dette, croissance, désindustrialisation: une crise, oui; une déroute, non
L’économie française n’est pas dans une impasse totale. Au-delà du prisme créé par l’approche de l’élection présidentielle, quelques repères d’analyse.
- Bruxelles, août 2011. REUTERS/Francois Lenoir -
Avec la proximité de l’élection présidentielle, les propos des ténors politiques et commentateurs se radicalisent. Mais même si une agence de notation a dégradé la France, l’économie nationale n’est pas pour autant dans une impasse totale. Le tableau de l’économie française et de sa dette, même s’il ne porte pas à l’optimisme, mérite d’être nuancé.
1. La dette la plus récente est la plus lourde
L’histoire de la dette publique française est celle des trente dernières années. Mais le dérapage est, lui, récent. De 20% du PIB en 1981 à l’arrivée de la gauche, cette dette avait atteint 45% lorsqu’Edouard Balladur entra à Matignon en 1993, et 55% lorsque Jacques Chirac arriva à l’Elysée deux ans plus tard, avec Alain Juppé comme Premier ministre.
Avec Lionel Jospin à Matignon de 1997 à 2002, la dette fut globalement stationnaire à 60%, reculant même un peu en 2000/2001grâce notamment à une conjoncture internationale favorable. De sorte qu’en 2003, la dette était encore contenue à 63% du PIB.
Elle était quasiment au même niveau (64% pour un peu plus de 1200 milliards d’euros) lorsque Nicolas Sarkozy accéda à l’Elysée en 2007. Personne, à l’époque, ne parlait d’asphyxie.
Mais aujourd’hui, la France supporte une dette publique de plus de 1.700 milliards d’euros (soit 40% d’augmentation en valeur) correspondant à un peu plus de 85% du PIB. L’explosion a donc été enregistrée pendant le quinquennat de l’actuel président sous l’effet de la crise économique. Globalement, le cumul des déficits budgétaires des années 2008 à 2011 a atteint 440 milliards d’euros (avec un pic en 2010 de 149 milliards, contre par exemple 39 milliards en 2007). Des déficits qui ont été comblés en creusant la dette plus profondément.
Les raisons de ce dérapage sont connues, et ne tiennent pas seulement au manque à gagner des rentrées de cotisations sociales et fiscales dues à la baisse d’activité des entreprises pendant la crise.
Les réductions d’impôt sur le revenu privent le budget de l’Etat de quelque 15 milliards d’euros par an, auxquels sont venus s’ajouter ces dernières années les 3 milliards d’euros de réduction de TVA dans la restauration, plus les effets du bouclier fiscal (environ 500 millions d’euros par an), de la défiscalisation des heures supplémentaires (plus de 7 milliards d’euros depuis 2007), l’allègement des droits de succession (plus de 6 milliards en quatre ans)… sans oublier les 75 milliards annuels de manque à gagner provenant des 468 niches fiscales.
Le résultat est une augmentation de la dette correspondant à 20 points de PIB en quatre ans. C’est énorme, mais récent et donc pas inscrit dans les gênes de l’économie française.
Cette année encore, La France sera contrainte d’emprunter 178 milliards d’euros, et les intérêts générés par cette dette approcheront 50 milliards d’euros.
2. Une dette trop lourde, mais ce n’est pas la pire
Cette dette, de 26.300 euros pour chacun des 65 millions de Français, n’est pas la plus lourde parmi les économies développées. Celle du Japon est colossale, représentant environ 200% du PIB nippon. Les Etats-Unis ont terminé l’année 2011 avec une dette supérieure à 15.000 milliards de dollars, soit 99% du PIB, correspondant à 48.000 dollars (37.000 euros) par habitant. Presque 50% de plus que la dette française par habitant.
Et dans l’Union européenne, Eurostat constatait fin 2010 que neuf pays sur vingt-sept avait une dette supérieure à 80% de leur PIB: la Grèce (150%), l’Italie (118%), la Belgique (96%) l’Irlande (95%) le Portugal (93%), l’Allemagne (83%), la France (82% à l’époque), la Hongrie (81%) et le Royaume-Uni (80%).
Certes, d’un pays à l’autre, les situations sont spécifiques. Par exemple, le Japon est protégé des tensions internationales dans la mesure où 95% de cette dette sont possédés par les investisseurs nippons (institutionnels et particuliers), ce qui tient le pays à l’écart des marchés financiers.
Les Etats-Unis, qui sont le pays le plus riche au monde, peuvent supporter des dérives qui seraient fatales à d’autres, ce qui ne les a toutefois pas mis à l’abri d’une dégradation de leur note souveraine en août dernier.
Quant à l’Allemagne, sa dette en valeur absolue est supérieure à celle de la France, mais sa croissance économique (3% de croissance) et la réduction de son déficit budgétaire (1% du PIB) la place dans une dynamique bien différente.
3. Une croissance au point mort, mais un socle économique sauvegardé
Avec une croissance économique nulle au 4e trimestre 2011 et seulement de 1,7% pour l’ensemble de l’année dernière, la France aborde bien mal l’année 2012 avec une possibilité de récession pour le premier trimestre. Malgré tout, elle pointe au cinquième rang des puissances économiques mondiales derrière les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne.
En outre, l’Union européenne demeure la région la plus riche du monde avec un PIB global de 16.100 milliards de dollars contre 14.600 milliards pour les Etats-Unis. Elle offre un environnement favorable à l’ensemble de ses membres puisqu’environ les deux tiers du commerce extérieur des vingt-sept pays sont réalisés à l’intérieur de l’Union.
4. Une industrie qui doit réembaucher
On ne reviendra pas ici sur les conséquences des choix économiques de ces vingt dernières années qui furent analysées dans de nombreuses autres chroniques. On rappellera seulement que la désindustrialisation de la France n’a pas été compensée par un développement des services à l’échelle des besoins, de sorte que l’emploi recule. Cette situation se traduit aussi par le creusement du déficit commercial.
Mais il n’y a pas de fatalité. Il suffit de considérer que, avec des coûts du travail comparables à ceux de la France, l’Allemagne enregistre un excédent commercial de 150 milliards d’euros en 2011 quand la France déplore un déficit de plus de 70 milliards. Il existe donc avec l’euro et dans l’Union européenne, des stratégies industrielles gagnantes.
C’est le cas en Allemagne pour le Groupe Volkswagen qui s’est hissé avec l’ensemble de ses marques au 2e rang mondial des constructeurs automobiles en 2011 avec plus de 8,1 millions de véhicules vendus. Il emploie encore, toutes marques confondues, 170.000 salariés en Allemagne, soit 47% de ses effectifs.
En comparaison, l’Alliance Renault Nissan n’est pas si mal placée en termes de production, arrivant au troisième rang mondial avec 8 millions de véhicules. Mais la réalité économique et sociale n’est pas la même pour la France et l’Allemagne. A production comparable, le nombre des salariés de l’Alliance Renault Nissan ne dépasse pas 55.000 personnes dans l’Hexagone, soit trois fois moins que le Groupe Volkswagen en Allemagne. Un vrai handicap pour l’économie française. C’est ce type d’écart qu’il convient de combler en France par des politiques fiscales et sociales et des stratégies d’entreprises adaptées.
Gilles Bridier
Mis à jour le 26/01/2012 à 4h59




































Arrêtez de vous de vous complaire dans des chiffre qui sont loin de nous placez là où cela vous conviendrait pour mieux faire passer votre pilule inégalitaire. Sarkozy c'est 500 milliard de déficit supplémentaire. 100 milliards par an. Sarkozy et Chirac ont autant creusé le déficit que tous les gouvernements depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Ces années correspondent exactement à la prise de pouvoir des fétichistes pervers du reagano-tatchérisme. Vous dites que mon propos est choquant? Je l'assume, c'était le but. Il est temps de réveiller les citoyens qui se font anesthésier par une bande de délinquants des beaux quartiers. Cette droite conservatrice se croit autant propriétaire de notre pays que l'étaient les aristocrates. C'est pourquoi, malgré toute son imposture, elle se permet de temps à autre à transmettre les rennes politiques à la gauche, sachant, de toute manière, qu'elle continue de posséder le vrai pouvoir. Celui de la prédation sur les plus faibles par l'argent. C'est ce que la droite appelle la démocratie. C'est un peu comme si Staline avait toléré une opposition, mais à condition qu'elle ne mette pas cause le système soviétique et ses apparatchiks.
Maintenant, je vais vous dire ce que je trouve choquant. C'est l'utilisation d'un pseudo. L'arme du corbeau qui n'a pas le courage de son opinion. Alors soyez " Constructif" est ayez le courage de votre conservatisme en toute transparence!
Restons en aux faits: ce ne sont pas les decisions du gouvernement actuel qui ont creuse le deficit de 440 mds. Faites les comptes, ces decisions l'ont creuse de 60 mds (ce qui est deja pas mal). C'est le poids structurel du publique dans le PIB (de 56% actuellement) qui n'a pas pu etre finance par un impot affaibli par le retournement conjoncturel (la crise). Le seul reproche que l'on puisse eventuellement faire au gouvernement (si l'on est de droite) est de ne pas avoir reduit le poids des depenses publiques proportionellement au ralentissement conjoncturel.
Quant a l'argument de Baroin, si effectivement la Finance est mauvaise, elle n'en reste pas moins un des outils cles de notre organisation sociale aujourd'hui, on ne peut pas l'eliminer... C'est ce que Baroin veut dire en parlant de pluie... Par contre on peut la canaliser de facon pragmatique. Tout le monde semble d'accord la dessus aujourd'hui. Et si l'on peut faire cela sans revolution, ce sera mieux pour tout le monde, j'ai pas vraiment envie d'envoyer mon fils au casse pipe.
Vos "visions" de Fillon et Copé, n'apportent pas vraiment de faits pour notre debat, j'espere en tout cas que cela va passer... cela a l'air affreusement anxiogene ;-)
Les mesures fiscales de "Sarkozy" correspondent a environ 30 mds, soit une augmentation de 1,5% de la dette. On peut aussi lui reprocher 1,5% supplementaires pour la creation du fonds strategique de 30 mds. Meme si ce fond n'est pas perdu car il s'agit d'un investissement dans l'economie.
Le reste du creusement du deficit, soit 380 mds, represente donc 18% de dette supplementaire et est totalement structurel. Comme l'explique cette article il s'agit de l'impact de la crise sur les rentrees fiscales et des niches. Il s'agit aussi des deficits incurables de certaines institutions sociales (ex: secu).
Bref, les decisions du gouvernement actuel sont responsables d'un creusement du deficit de 3%, pas de 21%. Si le probleme prioritaire est la dette, on peut donc leur reprocher de ne pas avoir ete plus "a droite" en eliminant les niches sociales, les deficits sociaux, et en adaptant le cout de l'etat a la conjoncture (crise).
A propos de l'origine du creusement de la dette, nous sommes bien d'accord. Notamment, le caractère structurel d'un grosse partie de la dette accumulée au cours des quatre dernières années est souligné dans le texte. En revanche, il n'existe pas une seule réponse possible pour limiter les effets de ce dérapage structurel. Des choix ont été faits, ils peuvent être discutés. Sur ce point, un débat est possible. Mais l'objet de cet article visait seulement à établir un bilan pour fixer les idées, pas à poursuivre ce débat. Cordialement.
>>>>Restons en aux faits: ce ne sont pas les decisions du gouvernement actuel qui ont creuse le deficit de 440 mds.<<<<<
Désolé, mais réduire l'imposition des plus aisées, alors qu'il fallait l'alourdir pour ne pas creuser la dette, est bien de la responsabilité de ce gouvernement.
>>>Faites les comptes, ces decisions l'ont creuse de 60 mds (ce qui est deja pas mal).<<<
C'est une manière tronquée de faire les compte car elle ne tient compte que du manque à gagner fiscal du à la loi TEPA, alors que si le gouvernement avait fait l'inverse, les comptes ne seraient pas autant creusés, malgré le poids structurel du publique, que l'on retrouve de manière beaucoup plus lourde dans les pays d'Europe du Nord, qui vont malgré tout beaucoup mieux que nous, car beaucoup plus égalitaire.
>>>C'est le poids structurel du publique dans le PIB (de 56% actuellement) qui n'a pas pu etre finance par un impot affaibli par le retournement conjoncturel (la crise). <<<
D'accord en partie, jusqu'à la crise. D'où vient cette crise? Avez vous déjà oublié que ses ingrédients - certes qui nous est venus des Etats-Unis - qui étaient à 95% dans le programme du candidat Sarkozy. Imaginons simplement que l'explosion de la bulle eue lieu un ou deux ans plus tard, dans une France que Sarkozy aurait eu le temps de mitonner à la sauce des subprimes, qui figuraient comme recette miracle dans ses mesures pour faire de la France, un pays de propriétaire. Mesure qui avait 30 ans de retard sur l'histoire. Alors, D'accord, l'impôt affaibli, comme je l'ai expliqué par ailleurs, à cause du fétichisme reagano-tachérien qui n'a atteint la France bien plus tard que d'autre pays de la zone euro. L'Irlande, par exemple ou l'Espagne.
>>>>Le seul reproche que l'on puisse eventuellement faire au gouvernement (si l'on est de droite) est de ne pas avoir reduit le poids des depenses publiques proportionellement au ralentissement conjoncturel<<<<
Vous persévérez dans le dogmatisme reagano-tachérien. Je le redis. Les pays les plus modernes de la planète, ce ne sont pas les Etats-Unis, ni la Chine, ni la Corée, mais bien les pays du Nord de L'Europe. Or ce sont les pays les plus évolués à tout point de vue. Sociale, économique, écologique. La France est néandertalienne comparée à ces démocraties, dans tous ces aspects.
Par ailleurs, je considère que les propos de Baroin sont crétins, car, dans l'absolu, même contre la pluie, il n'est pas difficile de se protéger. Imperméable et parapluie! Il est grand temps de les inventer pour protéger les démocraties contre l'avidité et la cupidité de la finance. C'est ma conviction. ce sont des nuisibles qui phagocytent la bonne économie de manière désastreuse.