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2012 sera-t-elle l'année Microsoft?

Farhad Manjoo, mis à jour le 20.01.2012 à 9 h 20

Pourquoi l'ancien géant des nouvelles technologies pourrait bien vouloir réclamer son trône en 2012.

One Microsoft Way / Todd Abishop via Flickr CC License By

One Microsoft Way / Todd Abishop via Flickr CC License By

Cela semblait autrefois être une évidence: on ne pourrait jamais se passer de Microsoft. Certes, les produits que lancerait l’entreprise sur de nouveaux marchés auraient toujours l’air morts d’avance (souvenez-vous de Windows 1.0 ou d’Internet Explorer 1), mais le génie de Microsoft tenait dans sa persévérance. Lorsque Bill Gates avait une idée en tête (conquérir les ordinateurs du monde entier, contrôler la porte d’accès au Web…), il devenait une sorte de Vil Coyote, inventant incessamment de nouvelles manières d’arrêter ses concurrents.

Sa version 2 corrigeait 80% des problèmes de la première mouture, sa version 3, 80% des problèmes de la version 2, etc. Ce n’était certes jamais parfait, mais Gates n’a jamais cherché la perfection: lorsque le produit arrivait à sa 4e ou 5e version, il était généralement à peu près correct. Et lorsque Gates avait pondu quelque chose d’à peu près correct, cela annonçait généralement la fin de la partie pour tout le monde (en ce sens, il avait un meilleur taux de réussite que Vil Coyote).

Puis Bill Gates s’en est allé, Steve Ballmer a pris sa suite, Internet est devenu la force dominante du marché, Apple a remporté quelques victoires d’affilée et la vieille évidence s’est vérifiée de moins en moins. Durant ces dix dernières années, Microsoft a tenté une demi-douzaine de fois d’accéder au marché de la musique, mais sans succès. L’entreprise n’a pas eu plus de chance avec les moteurs de recherche: meilleur que tous ses prédécesseurs, Bing n’a cessé de s’améliorer, mais tout le monde s’en fiche. De même, Windows et Office, les deux principaux produits Microsoft, sont liés à un modèle qui semble sur le déclin.

À vrai dire, à l’exception de la Xbox, tous les produits récents de Microsoft ont semblé imposer une nouvelle évidence: quoi que fasse l’entreprise de Redmond, elle est condamnée d’avance. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Du moins, peut-être. 

Microsoft, presque aussi puissant qu'Apple

Je vais le dire haut et fort: j’ai de gros espoirs pour Microsoft en 2012. Cela pourrait bien être l’année où l’entreprise va sortir du marasme et reprendre sa place d’innovateur dominant de l’ère mobile aux côtés d’Apple, Google et Amazon. Pour la première fois de son histoire, Microsoft a sorti plusieurs produits qui ne se contentent pas d’être juste «corrects», mais sont carrément excellents. Je n’ai pas tari d’éloges sur Windows Phone 7, le nouveau système d’exploitation mobile de Microsoft.

Au Consumer Electronics Show (CES) de la semaine dernière, nous avons pu voir LA pièce qui manquait jusqu’ici à Microsoft pour conquérir le marché des mobiles: un téléphone de folie. Nokia a en effet dévoilé au public son Lumia 900, le Windows Phone le plus beau et le plus puissant jamais sorti sur le marché américain. Il y a aussi Windows 8, le spectaculaire système d’exploitation que Microsoft prévoit de sortir cette année et qui comprendra une interface tactile pour mobile qui pourrait en faire le premier concurrent Windows sérieux à l’iPad.

Si l’on prend aussi en considération le mastodonte Xbox, qui, outre des jeux, présente désormais nombre d’applications de loisirs, on commence à entrevoir une stratégie qui devrait permettre de gagner gros. Voici une société qui a un excellent système d’exploitation pour PC et mobiles, une place dans des centaines de millions de bureaux et foyers à travers le monde, une super équipe de designers, une structure de vente et de distribution imbattable et un capital qui se chiffre en milliards de dollars… Présenté ainsi, Microsoft pourrait presque avoir l’air aussi puissant qu’Apple.

Je dois avouer que c’est là pure spéculation de ma part. Les raisons pour lesquelles Steve Ballmer aura beaucoup de mal à opérer un retour à la Steve Jobs ne manquent pas, et je vais en citer quelques-unes. Mais avant toute chose, je tiens à réfuter l’un des principaux reproches faits à Microsoft, selon lequel il est «trop tard» pour réagir.

Pas trop tard pour se relever

Cette ligne de pensée (dont le porte-parole le plus convaincant est MG Siegler) affirme qu’Apple et Google sont si loin devant sur le marché des mobiles que le seul espoir qu’a Microsoft de les rattraper est de lancer un téléphone ou une tablette qui révolutionne le marché, à la manière de ce qu’a fait l’iPhone en 2007. Si les produits Microsoft se contentent d’être aussi bons, ou à peine meilleurs, que ceux de ses concurrents, les développeurs ne vont pas créer d’applications pour eux et les clients n’achèteront pas de téléphones qui manquent d’applications.

Je pense qu’il est très exagéré de se soucier autant des applications. Le Marketplace Windows Phone compte à l’heure actuelle plus de 50.000 applications, ce qui est plus que suffisant pour la plupart des gens. Et plus les clients achèteront de matériel Windows, plus les développeurs feront d’applications, de la même manière qu’ils se sont jetés sur Android lorsque la plateforme a commencé à sembler viable.

En règle générale, arriver «trop tard» est un problème qui n’existe pas dans le domaine des nouvelles technologies, car Internet a permis aussi bien aux clients qu’aux développeurs de passer sans trop d’encombre d’une plateforme à l’autre. C’est pour cette raison que Mac OS connaît une nouvelle vie après avoir été durant des années dans l’ombre de Windows, que Gmail et Google Chrome ont réussi alors qu’ils sont arrivés des années après leurs concurrents et qu’Android contrôle aujourd’hui près de la moitié du marché des smartphones.

Aujourd’hui, dans le secteur des nouvelles technologies, les entreprises ont de nombreuses opportunités de faire «bonne impression» (en particulier dans le secteur des mobiles, les gens ayant tendance à changer de téléphone comme de chemise).

L'obstacle des sous-traitants

Si Microsoft échoue cette année, ce sera pour deux autres raisons. Tout d’abord, Microsoft dépend de sous-traitants pour distribuer ses logiciels aux masses. Ensuite, l’entreprise tire encore la majeure partie de ses revenus des PC. Lorsque Steve Jobs est revenu chez Apple dans les années 1990, il n’avait rien à perdre. Il a pu jeter à la poubelle le système d’exploitation Apple pour le remplacer par quelque chose d’entièrement nouveau, lancer la société sur le marché des mobiles, ouvrir des magasins physiques et en ligne…

Certes, certaines de ces idées semblaient complètement folles, mais quel mal y avait-il à les essayer? Apple était, de toute façon, quasiment au bord de la faillite. En outre, après avoir décidé ce qu’il souhaitait faire, Jobs pouvait tout contrôler de A à Z. Il n’avait pas à attendre que Dell ou HP fabriquent des ordinateurs à la hauteur de son nouveau système d’exploitation. Il pouvait le faire lui-même.

Steve Ballmer, en revanche, a beaucoup à perdre. Microsoft a engrangé 70 milliards de dollars l’année dernière, provenant presque exclusivement du marché des PC. Ballmer doit donc en quelque sorte faire glisser le centre d’intérêt de sa société vers le marché bien moins rémunérateur du mobile, mais sans abandonner sa principale source de revenus. Cela mènera sans doute à des compromis malheureux. Par exemple, Microsoft n’a pas encore dit si les programmes Windows actuels pourront encore fonctionner sur les tablettes Windows 8.

La bonne décision serait de se débarrasser des vieilles applications: aucun programme développé pour une interface PC ne pourrait fonctionner parfaitement sur une tablette et le mélange des deux interfaces risquerait de transformer les tablettes Windows en usines à gaz.

«Des raisons d'être optimiste»

Cependant, Microsoft a toujours vanté la rétrocompatibilité de ses produits (le fait que vos vieux programmes puissent fonctionner avec les nouvelles versions de Windows). C’est l’une des pierres angulaires de son empire. La société a-t-elle aujourd’hui les reins assez solides pour revenir sur cette promesse?

Mais même si Ballmer prend les bonnes décisions d’un point de vue technique, il n’en est pas moins dépendant des fabricants de matériel. De ce côté, il a cependant des raisons d’être optimiste: outre Nokia, Intel et Vizio (le fabricant de TV qui s’introduit aujourd’hui sur le marché des PC et des tablettes) ont dévoilé la semaine dernière au CES des appareils Windows qui semblaient particulièrement intéressants.

 Comme je l’ai déjà dit auparavant, le CES n’est parfois qu’un défilé de vaporwares: nous verrons bien au fil de l’année combien de ces téléphones, tablettes et ordinateurs portables ultrafins sortiront vraiment et s’ils fonctionnent bien.

Mais si les étoiles s’alignent correctement (il serait temps) 2012 pourrait bien être l’année du grand retour de Microsoft.

Farahd Manjoo

Traduit par Yann Champion

Farhad Manjoo
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