Économie

Saab est mort, vive l'industrie suédoise!

Temps de lecture : 3 min

Une fois n'est pas coutume: les Suédois se sont acharnés pendant plus de 20 ans à sauver le constructeur automobile Saab, qui, sauf revirement de dernière minute, semble aujourd'hui définitivement condamné. Car l'industrie suédoise est habituée aux grandes restructurations. Et elle ne s'en porte pas si mal.

Exposition de modèles fabriqués par Saab au cours de son histoire  Michael Kooren / Reuters
Exposition de modèles fabriqués par Saab au cours de son histoire Michael Kooren / Reuters

On connaît la Suède pour son modèle social, qui inspire depuis des décennies tous les partisans de l'Etat Providence. On oublie souvent qu'il n'existerait sans doute plus sans l'un de ses soutiens les plus précieux: l'industrie suédoise qui, bon an mal an, a plutôt bien résisté à toutes les crises de ces dernières décennies.

Au début des années 1990 pourtant, le destin des usines du royaume semble bien compromis. Empêtré dans une profonde crise, le pays voit alors la part de son industrie passer à moins de 10% de son PIB en 1993[1]! Des usines ferment en série, et le nombre d'heures travaillées dans l'industrie diminue de 20% en trois ans.

Les restructurations font mal, mais les Suédois en ont vu d'autres: dans les années 1970, ils ont accepté de fermer leurs chantiers navals, concurrencés notamment par la Corée. Et la crise ne les empêche pas d'ouvrir grandes leurs frontières au textile chinois bien avant le reste de l'Union Européenne -dont le pays ne fait alors pas encore partie (elle adhérera en 1995).

Car l'industrie suédoise ne survit que grâce à ses exportations, et ne peut donc se permettre ni de fermer ses frontières, ni de miner sa compétitivité en s'acharnant sur des secteurs où ses coûts, fatalement, se révèleront trop élevés.

Destruction création

Elle prend alors le tournant de la high-tech: emporté par Ericsson, leader mondial des infrastructures pour réseaux mobiles, le pays s'emballe pour les télécommunications, pour Internet, et multiplie les starts-up dans ce domaine. Dont quelques unes inventeront des services à portée internationale: Skype par exemple ou , le jeu Battlefield.

Mais là ne réside que la partie la plus visible de cette mue: tout le pays, et, en premier lieu, ses industries traditionnelles, se convertit en quelques années aux nouvelles technologies.

Chaque année du reste, feuilleter le «tableau de bord Industrie Science et Technologie» de l'OCDE revient à lire un panagérique du petit royaume, ou presque! Qu'on en juge:

- 2e, après la Suisse, quant au pourcentage de sa population doté d'un diplôme doctoral (3% des habitants soit presque deux fois plus que la France);

- 5e (après l'Islande, la Finlande, le Danemark et la Nouvelle Zélande) dans la proportion de chercheurs dans l'industrie (1,1% des effectifs, contre environ 0,7% en France);

- 3e, après Israël et la Finlande -mais devant la Corée- en terme de dépenses de R&D dans le PIB (environ 3,5% contre un peu plus de 2% pour la France), près des deux tiers étant financées par les entreprises;

- 1re en termes de dépenses de R&D dans l'enseignement supérieur;

- 2e, après les Etats Unis, en proportion des investissements réalisés dans les TIC;

- 4e en termes de publications scientifiques par habitant; etc, etc. Même le capital risque suédois fait l'objet d'éloges de la part de l'organisation!

Résultat: le poids de l'industrie manufacturière est revenu à son niveau d'avant la crise du début des années 1990, à un peu moins de 14% du PIB à prix constants (contre environ 10% en France, à définition comparable). Et elle emploie quelque 14% de la main d'oeuvre (environ 13% en France).

suedefrance

L'industrie suédoise, pourtant, n'a pas hésité à s'expatrier puisque les Ericsson, ABB, Electrolux et consorts comptent de nombreuses usines et centres de R&D dans le monde entier. Elle a aussi très largement ouvert son actionnariat: si les camions Volvo sont toujours suédois, les automobiles Volvo, elles, sont propriétés du chinois Geely et le pharmacien Astra a fusionné avec Zenecca.

Le très rentable constructeur de poids lourds Scania est propriété de Volskwagen et Man, le papetier Stora s'est marié avec le finlandais Enso… La famille Wallenberg, qui contrôlait jadis une grande partie des fleurons de l'industrie suédoise, n'a pas hésité à inviter des partenaires étrangers, voire à vendre ses actifs, quand ses capitaux ne suffisaient plus.

Aujourd'hui, donc, l'industrie suédoise voit cohabiter d l'industrie lourde (pâte, papier, carton, métallurgie, aciers spéciaux, outils coupants, équipement électrique, poids lourds, automobiles, etc... ) et la high tech (télécommunications, biotechnologie, équipement médical, produits pharmaceutiques).

Avec, outre ceux déjà cités, des grands noms comme Electrolux, Sandvik, Tetra Laval, SCA, Atlas Copco... Pour l'instant. Car personne, dans le royaume nordique, ne s'avancerait à parier sur le visage qu'aura l'industrie suédoise dans dix ans. Ici, on le sait, tout peut arriver.

Catherine Bernard

(1) Tous les ratios «industrie/PIB» ou «emploi industriel/emploi total» de cet article se réfèrent au poids de l'industrie manufacturière au sens strict de la comptabilité nationale, hors donc les mines, les services d'eau et d'électricité ou encore le BTP. La même définition a été appliquée à la France et à la Suède.

Catherine Bernard Journaliste

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