France

Un fossé entre les jeunes et le gouvernement

Slate.fr, mis à jour le 08.05.2009 à 20 h 00

Par Jean-Baptiste Prévost, président de l'UNEF

Nicolas Sarkozy a été élu à la présidence de la République le 6 mai 2007. A cette occasion, Slate.fr a demandé à des économistes, syndicalistes, politologues, journalistes, blogueurs et représentants de la société civile de dresser le bilan des deux premières années du chef de l'Etat. Mon bilan de deux ans de Sarkosysme, par Jean-Baptiste Prévost, président de l'UNEF.

Après deux ans de présidence de Nicolas Sarkozy, nous constatons que la défiance entre les jeunes et le gouvernement s'est considérablement accrue. Le fossé s'est creusé entre les aspirations de la jeunesse et la politique qui a été menée.

Si leurs inquiétudes et leurs aspirations continuent à rester sans réponse, on peut s'attendre à ce que la désespérance des jeunes s'exprime d'une manière ou d'une autre dans les mois à venir. Car elle se nourrit d'un sentiment d'injustice et d'incompréhension qui aujourd'hui est très fort. Le creusement de ce fossé n'est pas seulement dû à la crise, dont les jeunes sont les premières victimes. Il y a une inquiétude en l'avenir et un malaise structurels.

Les jeunes d'aujourd'hui refusent de vivre moins bien que les générations précédentes. Ils ont exprimé à de nombreuses reprises ces dernières années leur volonté de sortir de la précarité qu'ils subissent, leur refus des inégalités entre universités, leur besoin de formation, leur désir d'insertion professionnelle durable, leur aspiration à l'autonomie. Le président de la République est resté enfermé dans une vision passéiste et rétrograde de la jeunesse, présentée tour à tour comme délinquante ou velléitaire. Il n'a vraisemblablement toujours pas compris ses inquiétudes et ses aspirations.

Une transformation en profondeur de l'enseignement supérieur était une des réponses à apporter aux aspirations des jeunes à se former, à l'autonomie, à une véritable insertion professionnelle. Pourtant, malgré les engagements de faire de l'université une priorité, malgré les moyens et les interlocuteurs dont il disposait en 2007, le gouvernement a gâché cette occasion. Loin de renforcer le service public ou d'améliorer les conditions de vie et d'études des étudiants, il est resté prisonnier d'une vision dogmatique et libérale de l'enseignement supérieur.

Valérie Pécresse a par exemple supprimé 900 postes dans les universités alors même que le sous-encadrement y est chronique et facteur d'échec. Au final, le seul vrai résultat de la politique universitaire menée depuis 2007, c'est une rupture entre les étudiants, la communauté universitaire et le gouvernement.

Ce que nous attendons des années à venir, c'est donc un vrai changement de cap, qui est justifié par l'évolution de la situation sociale et économique du pays. On ne peut plus continuer dans la voie de l'affaiblissement du service public, des protections collectives. Nous ne voulons pas vivre et nous insérer dans une société qui se déconstruit aujourd'hui sous nos yeux. Au contraire, les jeunes expriment un besoin de protection très fort face à la crise et au chômage.

Jean-Baptiste Prévost

(Photo: Flickr)

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