Economie

AAA: Pourquoi Standard & Poor's a eu raison de dégrader la France

Matthew Yglesias, mis à jour le 14.01.2012 à 15 h 35

La décision de l'agence de notation est logique vu la façon dont la Banque centrale européenne a géré la crise italienne.

L'immeuble de Standard & Poor's à New York Brendan McDermid / Reuters

L'immeuble de Standard & Poor's à New York Brendan McDermid / Reuters

Le Ministre des Finances français François Baroin a confirmé que Standard & Poor's retirait le AAA à son pays. L'agence de notation a elle-même peu de temps après publié un communiqué sur le sujet.

Il est difficile de dire ce qui motive S&P à prendre ce genre de décisions –l'an dernier, l'agence a dégradé la note des États-Unis, même s'il est complètement impossible que le gouvernement américain soit un jour à court de dollars et fasse défaut.

Mais dans ce cas, l'arbitrage est sensé. Il y a douze mois, j'aurais dit que l'Europe était fondamentalement dans la même position que l'Amérique, le Japon ou le Royaume-Uni. Les membres de la zone euro empruntent des euros, et les euros sont une création des gouvernements de la zone euro.

La gestion catastrophique de l'Italie par la BCE

Mais avec sa gestion de la situation italienne, à l'été et à l'automne dernier, la Banque Centrale Européenne (BCE) a tout remis en question. Contrairement à la Grèce, l'Italie n'avait pas magouillé ses comptes et connaissait un excédent budgétaire primaire. Si la Banque Centrale s'était fermement engagée à éponger la dette de l'Italie à un taux abordable, la crise aurait été tuée dans l’œuf.

Mais à la place, la BCE a préféré user de son influence pour destituer le premier ministre italien et solliciter une série de réformes structurelles. Silvio Berlusconi n'était pas un bon Premier Ministre, et la plupart des réformes soutenues par la BCE étaient de bonnes idées, mais cela a fondamentalement modifié la perception qu'avait le monde des situations budgétaires européennes.

On peut aujourd'hui réellement imaginer une conjoncture dans laquelle un souverain européen est pris d'un vent de panique, la BCE tente de calmer le jeu par un tas d'idées perspicaces, et les gouvernements élus risquent le défaut de paiement en lui disant d'aller se faire voir ailleurs.

Un nuage sombre sur l'économie mondiale

En termes pratiques, la dégradation de la France va encore aggraver la pénurie mondiale d'actifs liquides notés AAA, qui peuvent servir de moyens d'échange lors d'accords de rachat.

En 2007, ces actifs s'élevaient à 20 mille milliards de dollars et après la dégradation de la note de la France, on atteindra quelque-chose comme 5 mille milliards de dollars.

L'aspect purement français du problème n'est pas énorme, mais le fait que cette crise mondiale s'aggrave au lieu de s'améliorer fait peser un nuage bien sombre sur l'économie mondiale.

Matthew Yglesias

Traduit par Peggy Sastre

Matthew Yglesias
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