Economie

Des jeunes loin, loin, de prendre leur retraite

Gilles Bridier, mis à jour le 15.01.2012 à 8 h 50

Longues études ou pas, l'entrée dans la vie active avec un emploi stable est de plus en plus tardif.

Un couple devant les Colonnes de Buren, à Paris, en 2008. REUTERS/Charles Platiau

Un couple devant les Colonnes de Buren, à Paris, en 2008. REUTERS/Charles Platiau

Ils s’interrogent sur «un possible déclassement des jeunes générations par rapport aux précédentes», constate le Conseil d’orientation des retraites (COR) qui s’est penché sur la question. Les jeunes ne constituent pas un ensemble homogène. Pourtant, des lignes de fond apparaissent, à prendre en compte dès l’entrée sur le marché du travail pour mieux considérer les situations en fin de carrière.

Les jeunes accèdent à l’indépendance de plus en plus tard. La situation n’est pas propre à la France. On remarque par exemple que si, entre 22 et 25 ans, seulement 15% des jeunes Danois et 21% des Finlandais vivent encore chez leurs parents, ils sont 88% parmi les jeunes Italiens et 89% parmi les Espagnols. Entre ces deux modèles nordique et méditerranéen, les jeunes Français vivent une situation intermédiaire, avec 53% des 22-25 ans habitant chez leurs parents.

Chômeurs ou précaires

Mais les jeunes qui accèdent à leur indépendance ont-ils un emploi? Pas forcément, et surtout pas un emploi stable. «Les jeunes Français demeurent très proches de leurs parents qui les aident à distance. Ce qui permet de tenter des expériences sans quitter vraiment le cocon familial», analyse le sociologue Olivier Galland, directeur de recherche au CNRS.

Le détachement à l’égard de la famille est très progressif, déterminé par les conditions d’accès à l’emploi. Comme le rappelle Hugues de Balatier, secrétaire général du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), «le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans n’est jamais descendu en dessous de 15% depuis 1982». Et avec la crise, ce taux s’est fortement dégradé: de 17% début 2008 à 24% fin 2010.

«Les variations conjoncturelles du taux de chômage sont plus marquées pour les jeunes que pour l’ensemble de la population active, avec un écart en forte augmentation entre 2000 et 2010», admet la Dares (direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques), même si elle relève que «depuis le début de la crise, l’évolution du taux de chômage des 15-24 ans a été toutefois moins défavorable en France qu’en moyenne en Europe».

C’est vrai, le taux de chômage des jeunes dépasse 25% dans sept pays de l’OCDE, dont l’Italie, la Finlande, la Suède, la Grèce… et surtout l’Espagne où il atteint 40%! Les jeunes Français ne sont pas les seuls pénalisés. Maigre consolation… Pour les seuls 20-24 ans, ce taux était de 21% pour les hommes en 2010, contre 4% en 1974 et 16% en 1995. Ce qui est cohérent avec la baisse du taux d’emploi passé de 86% en 1975 à 52% en 2010.

Solidarité entre générations

Encore faudrait-il s’arrêter sur les types d’emploi obtenus par les moins de 25 ans: trois emplois sur quatre sont en contrat à durée déterminée, et un sur quatre est un emploi aidé, précise Hugues de Balatier.

C’est ce qui explique que les parents doivent de plus en plus accompagner leurs enfants dans l’âge adulte. Et que la solidarité intergénérationnelle, tant psychologique que matérielle, s’exprime plus qu’auparavant à ce niveau de la vie, comme le montre l’Observatoire de la vie étudiante (OVE).

Validation tardive

Le rapport avec les perspectives de retraite est immédiat. Confrontés à ces difficultés pour accéder à leur indépendance qui traduisent un accès compliqué au marché du travail, les jeunes valident de plus en plus tard leur premier trimestre de droit à la retraite. Dans un document sur «Les droits à la retraite des jeunes générations», le ministère du Travail considère que, entre les générations 1950 et 1970, «l’âge de première validation d’un trimestre a augmenté de deux ans, et celui d’une année complète de plus de 3 ans».

Certes, le nombre d’années de scolarité et d’études s’est accru, expliquant en partie le phénomène. Mais cette situation est observée dans la plupart des cas, même pour les non étudiants. La baisse du nombre de trimestres validés avant 30 ans «s’est accompagnée d’un rapprochement entre hommes et femmes, et d’un rapprochement entre les catégories socioprofessionnelles». Alors que les hommes de la génération 1950 avaient en moyenne 40 trimestres validés à 30 ans, ceux de la génération 1970 parvenus à 30 ans n’en avaient plus que 30.

En outre, du fait de la réforme des retraites, les jeunes auront dû cotiser au moins 166 trimestres, soit 41,5 ans depuis les dernières dispositions du gouvernement de l’été 2011 pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Conséquence: si l’on prend comme âge de référence l’âge moyen de première validation de 4 trimestres –soit 22 ans– le départ en retraite avec l’intégralité de ses droits se situera, pour cette génération, à 63 ans et demi, voire plus pour les jeunes qui seront entrés dans la vie active plus tardivement.

Quatre scénarii

Ces hypothèses ne s’entendent que sous réserve de nouvelles dispositions qui pourraient être prises. Des contraintes financières vont s’imposer. Dans ces conditions, quatre possibilités se présentent.

D’abord, jouer sur l’âge du départ en retraite et de durée de cotisation, sachant que ce seul paramètre ne peut régler le problème sauf à envisager un recul de 8 à 9 années de l’âge de départ en retraite à taux plein. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, il faut toutefois s’attendre à un allongement des durées de cotisation.

Ensuite, jouer sur le niveau de vie relatif des retraités. Mais toute disposition en ce sens serait insuffisante, sauf si on divisait par deux ce niveau relatif, ce qui paraît impossible.

Puis, jouer sur l’effet contributif des actifs, ce qui –à âge de départ et niveau de vie constants– supposerait de multiplier l’effort de ces actifs par 1,5 ou 1,6. Ce qui ne semble pas soutenable.

Enfin, recourir à la capitalisation comme complément au système par répartition. Mais le principe n’a pas été assez anticipé pour rendre supportable l’effort nécessaire.

«Le débat est complexe, les questions restent ouvertes», résume Didier Blanchet, membre du COR et administrateur de l’Insee. En attendant, les jeunes et les trentenaires d’aujourd’hui demeurent, quant à leur retraite, dans la plus profonde incertitude.

Gilles Bridier

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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