L'euro patauge mais ne coule pas
La dégradation de la France et de ses voisins latins n'arrange rien, mais il y a encore des solutions à mettre en oeuvre en Europe.
- Un fauteuil dans la boue au Japon, en septembre 2011. REUTERS/Toru Hanai -
Le scénario européen de 2012 s'annonce comme prévu par certains économistes: «muddling through», ce qu'on peut traduire par «s'en sortir tant bien que mal dans la pagaille». Dans ses «Perspectives économiques», l'OCDE traduit cette expression par «le scénario des demi-mesures», ce qui revient à dire la même chose autrement.
Bref, l'horizon n'est pas rose, mais il est loin d'être noir. Version moderne du Fluctuat nec mergitur de la ville de Paris, la zone euro va continuer de patauger, mais elle ne va pas couler. Même si la dégradation des pays latins –dont la France– par Standard and Poors n’améliore rien.
Derniers échos de la pataugeoire cette semaine: Mario Monti aurait convaincu Angela Merkel de renforcer le fonds de sauvetage de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES), au nom si évocateur... Le dit renforcement est indispensable pour rassurer les marchés financiers sur la puissance de la lance à incendie.
Mario Draghi l'a dit aussi, jeudi. La chancelière l'a compris. Plus largement, elle a laissé entrevoir son accord pour promouvoir la croissance dans la zone euro. Elle parlait «en son nom personnel» bien entendu, ce serait trop simple, il reste à en convaincre le Bundestag.
Mais ses déclarations marquent une inflexion fondamentale dans la ligne de l'Allemagne: commence à entrer dans le cortex germanique que la rigueur ne suffira pas et qu'il faut aussi soutenir l'activité d'ensemble de l'Europe.
La récession chez les catholiques
Pourquoi ce changement à Berlin? A cause d'une fracture qui s'élargit entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, comme vient de le consacrer Standard and Poors.
La récession gagne les catholiques, les pays luthériens restent positifs: -3% en Grèce, -3,2% au Portugal, -0,5% en Italie, contre +0,6% en Allemagne (après +3% en 2011), +0,3% aux Pays-Bas. La France est en bascule entre les deux sous-zones.
Mais, souligne Laurence Boone, économiste en chef Europe de Bank of America Merryl Lynch, les chiffres du chômage sont encore plus parlants: l'emploi va mieux qu'en début de crise en Autriche, Allemagne, Finlande, Belgique et aux Pays-Bas tandis qu'il s'est dramatiquement dégradé au sud.
Quelles formes pourraient prendre le soutien à l'activité? Trois sont dans les tuyaux, entre la chancellerie et l'Elysée: un début de réflexion sur une harmonisation des politiques de l'emploi, une utilisation des fonds structurels «actuellement mal employés» et un financement de projets d'infrastructures européennes.
Sur ce dernier sujet, on évoque les télécoms, mais surtout les lignes électriques haute tension, puisque la décision allemande d'arrêter le nucléaire a des répercussions considérables sur tout l'équilibre électrique européen heure par heure... suivant le vent qu'il fait en mer du Nord! Tout cela reste bien boueux, mais, en plus des nouvelles règles budgétaires strictes, ces mesures permettraient d'avancer d'un petit pas dans la bonne direction.
Eurobonds, fédéralisme, coordination
Comment accélérer? Que faire d'autre pour résoudre le problème de la divergence intra-européenne? Trois sujets sont sur la table: les eurobonds, un fédéralisme bancaire et une coordination économique plus serrée.
Eurobonds? «Il n'y a pas d'exemple dans l'histoire de la création d'une entité politique sans la création simultanée d'un instrument financier propre», rappelle Christophe Chamsey (1). Et de rendre pour exemple la Castille de Philippe II, la Révolution anglaise et l'Ancien régime français pour montrer que la construction est toujours passée par un outil de dette publique.
Corollaire de la création d'eurobonds: il faut des banques transeuropéennes et une supervision d'ensemble. «Les banques sont internationales dans leur vie mais nationale dans leur mort», notent Thorsten Beck, Radomir Todorov et Wolf Wagner (2).
La coordination économique est un serpent de mer français très difficile à mettre en place. Sur quoi doit-elle porter? Les réflexions avancent sur ce thème. Sur l'inflation d'abord, selon Giancarlo Corsetti et Hashem Pesaran, qui constatent que la divergence cumulée des prix entre les Etats américains sur dix ans n'excède pas 8% tandis qu'en Europe elle a atteint 26% entre la Grèce et l'Allemagne, 16% pour l'Espagne, 14% pour l'Irlande, 12% pour le Portugal (3).
On devine la conséquence: il ne faut pas que les salaires ramenés à la productivité se différencient trop. Il faut les contraindre à évoluer comme en Allemagne même si la demande est très forte au sein du pays. L'euro impose, s'aperçoit-on, une surveillance salariale, autrement dit une harmonisation sociale.
Point d'aboutissement inattendu: le social devait jusqu'ici faire partie de la subsidiarité, voilà qu'on comprend que l'euro a besoin d'une Europe économique qui a besoin d'une certaine Europe sociale. Le chemin est encore long.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
(1) «Europe requires European bonds», vox.eu.org Retourner à l'article
(2) «Cross-border banking and national supervision -is there a conflict?» , vox.eu.org Retourner à l'article
(3) Beyong fiscal federalism, vox.eu.org Retourner à l'article
Mis à jour le 14/01/2012 à 9h27
















































La différence ne porte pas sur le fait que les pays soient catholiques ou protestants, mais qu'ils soient de culture germanique ou latine.
Le Sud des Pays-Bas, une partie importante de l'Allemagne, l'Autriche sont des régions catholiques.
Les banques qui détenaient le plus gros de la dette grecque ont fait tout ce qu'elles ont pu pour se désengager et une bonne partie de la dette est maintenant entre les mains de spéculateurs. Ces spéculateurs ont racheté cette dette parce qu'ils font le pari qu'ils pourront se faire rembourser en totalité plutôt qu'à 50% comme prévu dans le projet mis en avant par Merkel et co. Ils parient que la zone euro ne peut prendre le risque d'un défaut de la Grèce à un moment où l'Italie et l'Espagne peinent à refinancer des tonnes de dettes. Ils pensent donc pouvoir forcer la main des Allemands qui n'auront d'autre choix que de mettre tout leur poids dans le soutien financier sans conditions de la Grèce...et, en toute logique, du reste de la zone euro. Voilà, si leur coup marche, un retournement de situation pas ordinaire!
Les spéculateurs bien entendu pourraient bien perdre leur pari si les Allemands exaspérés refusaient de jouer leur jeu et les envoyaient au diable et avec eux les banques, l'Italie, puis la France et l'euro.
D'une façon ou d'une autre, il me semble que les conditions sont mûres pour un beau feu d'artifice.
Mon programme :
1. Union politique et économique de la France, l’Allemagne et les Pays Bas (le Luxembourg n’est pas un pays)
2. Suspension pour une période à déterminer de la Grande Bretagne et la Hongrie pour non respect des principes moraux et économiques de l’Union
3. Maintien et renforcement de l’Euro qui serait obligatoire pour tout membre de l’Union
4. Imposition de la règle d’or budgétaire. Pénalités en cas du non respect.
5. Contrôle des budgets des pays de l’Union par le parlement Européen qui aura le droit de veto et le pouvoir d’expulser provisoirement ou définitivement un membre
6. Création des Euro bonds dont le principal but serait de venir en aide aux pays de l’Union qui respecte les critères établis par le parlement européen mais qui se trouve en difficultés
7. Création d’une force militaire européenne sous le contrôle du parlement.
8. Création d’un poste de Président d’Europe, un ministre de l’économie et un ministre des affaires étrangères choisis par le parlement.
Fou ? Idéaliste ?
Pourquoi ? Vous trouvez qu’aujourd’hui c’est mieux ?