France

Discours de Nîmes: Nicolas Sarkozy en campagne... pour 2012

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 07.05.2009 à 15 h 51

Le chef de l'Etat a convoqué l'Europe pour la mettre au service de ses ambitions.

Nicolas Sarkozy a livré son grand discours sur l'Europe à Nîmes. Il voulait être à Nîmes, entouré de militants, parce que, avant la présidentielle, il s'y était exprimé sur l'Europe. Avant même de se pencher sur le fond du discours, une remarque: cette symbolique n'est pas anodine; elle signifie la volonté du président de se situer dans le droit fil du volontarisme politique dont il se veut le champion. Il était donc intéressant de l'observer, deux ans après sa victoire, et de constater que sa capacité de séduction et de conviction sont, globalement, intactes. Comme si la crise et sa cohorte de nouveaux chômeurs n'existaient pas.

Le fond est évidemment et logiquement discutable. Il est étroitement mêlé aux deux visages du Président. Le premier est celui de l'homme d'action, en action, et qui se projette sur ses actions futures; à Nîmes, dans le domaine européen. Le second, est celui de «l'homo politicus»: à peine élu, et déjà préoccupé d'organiser ses soutiens pour pouvoir être investi, dans trois ans, d'un second mandat. Deux visages, deux discours étroitement mêlés, conjugués à la première personne du singulier. Toujours affirmer qu'il est «la» solution.

Le fond donc.

Si l'on veut que l'Europe avance, c'est simple: il faut prendre exemple sur ce qu'a été la présidence Sarkozy de l'Union européenne, et projeter sa méthode comme recette dans les années qui viennent. C'est vrai, il a pendant cette présidence, fait la preuve d'une réactivité et d'une volonté qui ont permis de recréer l'illusion d'une Europe qui avance; il a, en effet, aidé à la solution de la crise géorgienne et contribué à une réponse plus cohérente face à la crise financière. C'est vrai aussi, il a probablement aidé les opinions, en Europe, à comprendre que le système institutionnel actuel doit céder la place, a minima, à celui prévu par le Traité de Lisbonne et qui devrait obliger à plus d'unité de vues et de comportements.

Mais en même temps, il énonce qu'à ses yeux l'Europe ne pourra avancer qu'en réinstituant, au fond, un directoire des «grands pays»; et au sein de ces grands pays, ce directoire, si on le comprend bien, ne pourra vraiment fonctionner que s'il est guidé par la volonté française; donc par celle de son Président. CQFD.

La cohérence est donc parfaite, le décalque absolu entre le candidat à la présidence, puis le président; et celui qui aujourd'hui parle d'Europe comme s'il était candidat à la présidence de celle-ci.

On comprend qu'il soit à l'aise dans un tel discours. Mais on ne voit pas trop ce que cette démarche a de particulièrement européenne: pas un mot de l'Allemagne, par exemple, alors même que l'on est sensé avoir reconstitué, avec Berlin, un couple dynamique; pas un mot non plus d'une institution qu'il s'agit de renouveler, le Parlement européen; et dont le rôle est beaucoup plus au contact des réalités, bien plus proche des préoccupations des Européens qu'aucun gouvernement ne veut bien l'admettre.

A sa décharge, il faut convenir que l'exercice est difficile: «Réconcilier la France du "oui", et celle du "non", dit-il; ce ne serait déjà pas si mal, car l'opinion française se place désormais, sur l'échelle du soutien à la construction européenne, hélas, parmi les tous derniers pays aux côtés des champions de l'euro-scepticisme que sont les Tchèques ou les Finlandais. D'ailleurs il était intéressant d'observer les réactions de son auditoire, pourtant sélectionné puisqu'il s'agissait pour l'essentiel de militants UMP.

Exemple: «A tous ceux qui veulent une France plus solidaire, plus belle, je dis: nous n'y parviendrons pas sans l'Europe». Cette belle proclamation est accueillie par un silence glacé. Un peu plus avant dans son discours, Nicolas Sarkozy s'en prend à «l'Europe qui renonce à défendre ses intérêts, l'Europe de l'impuissance»: acclamations!

Sans doute, faut-il donc se contenter de ce qui est, au fond, une tentative de positiver l'Europe des Etats, c'est-à-dire une addition de préoccupations nationales qui tourne le dos à l'ambition des premiers temps de l'Union: oui, nous sommes très loin de l'ambition des pères fondateurs auxquels Nicolas Sarkozy a pourtant constamment fait appel.

Et sans doute aussi faut-il se réjouir qu'il énonce, de façon certes encore trop modeste, quelques propositions concrètes; notamment une agence européenne d'achats de gaz: il n'y a pas en effet secteur plus stratégique que celui de l'énergie; il n'y a pas non plus de dissonance qui nous menace davantage que celle qui voit, sur ces questions, l'Allemagne se rapprocher constamment de la Russie de Poutine. C'est alors que l'on se dit que décidemment nous manquons de la part de Nicolas Sarkozy d'un vrai discours sur l'Allemagne.

Mais il y avait aussi à Nîmes le candidat Sarkozy. Ce discours venait après la réactivation du thème de la sécurité: c'était à Nice, et il était question de «passer à la vitesse supérieure» dans un secteur, la lutte contre la délinquance, où le bilan est pourtant pour le moins contrasté: c'était aussi après la remise en scène de la politique de l'immigration autour d'Eric Besson et des opération menées sous l'œil des caméras à Calais, là où se situe la «jungle», c'est à dire le rassemblement de ces réfugiés qui cherchent désespérément à atteindre la Grande-Bretagne.

A Nîmes donc, après les dangers intérieurs, nous eûmes donc droit aux dangers extérieurs, à savoir l'éternel épouvantail que constitue, aux yeux d'une partie de l'opinion, la perspective de l'adhésion de la Turquie. Plus que jamais, donc, la peur reste le ressort qui, à ses yeux, doit lui permette de garder soudé autour de lui le noyau dur de son électorat. Et de se poser en seul rempart.

Dans tout cela la crise n'a occupé qu'une place seconde; comme si Nicolas Sarkozy la pensait d'ores et déjà soluble dans sa façon de «faire de la politique». Pour le moment, ce schéma ne lui réussit pas trop mal. Même si son bilan de deux ans de présidence est jugé sévèrement par 2 Français sur 3, même si sa cote de confiance ne l'assure que de 3 Français sur 10, il apparaît plus que jamais comme le maître du jeu: parce qu'il est seul à droite, et parce que la gauche a à peine entamé sa convalescence. Et à ce jour, il ne se sent menacé que par un François Bayrou qui bénéficierait d'un PS en miettes. François Bayrou, un Européen qui lui aussi fait l'impasse sur l'Europe! Nous avons donc bien pour le moment une campagne pour les élections européennes strictement franco-française.

Jean-Marie Colombani

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