Economie

Mon petit pays ne connaît pas la crise

Catherine Bernard, mis à jour le 13.01.2012 à 12 h 03

La morosité économique ambiante pourrait le faire oublier: la crise n'est pas une fatalité. Et les pays dits «émergents», comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, ne sont pas les seuls à tirer leur épingle du jeu. Dans certains pays développés, la conjoncture reste plutôt bonne.

Newcastle, au nord de Sydney, en 2007. REUTERS/David Gray

Newcastle, au nord de Sydney, en 2007. REUTERS/David Gray

Rigueur budgétaire, plans de restructuration en pagaille, progression inquiétante du chômage, déficit commercial impressionnant... l'économie française, ce n'est pas un scoop, n'est pas au mieux de sa forme. Pas plus, du reste, que la zone euro, où trois grands instituts de prévision économique viennent encore de nous prévoir une (dé)croissance en berne.

On en oublierait presque que certains pays ne se portent pas si mal. Pas uniquement la Chine, l’Inde, le Brésil, ces nouveaux pays riches, mais des pays occidentaux dans le monde déjà développés: croissance régulière, chômage réduit, déficits commerciaux et publics maîtrisés voire excédents. Dans ces pays, les principaux indicateurs sont au vert ou du moins laissent des marges de manœuvre en cas de choc conjoncturel. 

Même si en matière de prévisions économiques, la prudence constitue sans nul doute la première vertu, voici une petite revue rapide (et non exhaustive) de l'actualité économique heureuse telle que dessinée par les dernières perspectives économiques de l'OCDE.

L'Australie 

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Uluru (Ayers Rock) en 2004. Tim Wimborne / Reuters 

L'Australie se remet des inondations de l'an dernier qui ont paralysé toute une partie de son économie. Le pays reste porté par un boom minier, tiré notamment par la demande chinoise. La croissance devrait être soutenue (+4% en 2012 selon l'OCDE), et le chômage rester faible (5,3% de la population active). Les finances publiques sont saines: le déficit des administrations publiques, plombé par les mesures de relances suite à la crise de 2008 et le coût des inondations devrait se rétablir (passant de -3,3% du PIB à -1,5% en 2012) pour atteindre un quasi-équilibre en 2013.

La dette publique (brute) est du reste peu importante (28% du PIB). Seule ombre au tableau, malgré la vigueur des exportations minières, le pays reste importateur net. Le solde de la balance des opérations courantes est déficitaire (-1,5% du PIB environ). Et bien évidemment, à terme, ce modèle de croissance reste fragile puisqu'il est dépendant de la croissance chinoise et repose largement sur l'exploitation de ressources non renouvelables (mines).

La Nouvelle-Zélande

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New Plymouth en 2011. REUTERS/DavidGray

Le dynamisme (+2 à 3% de croissance prévue pour les deux prochaines années) ne vient pas des mines, mais des champs: l'économie est portée par les exportations de matières premières agricoles et notamment des produits laitiers.

Si le taux de chômage devrait continuer à diminuer pour atteindre 5,3% en 2013, tout n'est pas parfait cependant: la dette (brute) des administrations publiques reste raisonnable (50% du Pib), mais elle progresse car les déficits publics restent importants (3 à 4% du PIB pour les deux prochaines années, après 8% en 2011, un dérapage explicable notamment par le tremblement de terre).

Et comme en Australie, le dynamisme des exportations n'empêche pas les importations de bondir encore plus vite: le déficit de la balance des opérations courantes s'aggrave et devrait dépasser 5% du PIB en 2012-2013.

Israël

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Mouvement des «indignés» à Tel-Aviv en septembre 2011. REUTERS/Darren Whiteside

La croissance ralentit, mais reste importante (+3 à 4% prévus par l'OCDE pour les deux prochaines années) et le pays affiche un taux de chômage bas (moins de 6%).  Le mouvement de protestation sociale des mois derniers ne devrait pas, juge l'OCDE, détériorer les finances publiques, dont le déficit, important (environ 7% du PIB actuellement) devrait se réduire d'environ 3 à 3,5 points. Les échanges extérieurs en revanche, excédentaires, passent au rouge, en raison de la mauvaise conjoncture internationale. 

La Suède

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Tyresta, en 2007. REUTERS/Darren Whiteside

Le royaume pourrait souffrir du ralentissement de la conjoncture mondiale tant il est dépendant de ses exportations. Son taux de croissance actuel (+5,4% en 2010, +4% en 2011) pourrait être réduit de moitié. Cela resterait tout de même une bonne performance en Europe d'autant que pour l'instant, l'OCDE ne prévoit pas une remontée du chômage (7%). 

Là encore, les finances publiques sont assainies (solde à l'équilibre) ce qui laisse une marge de manœuvre importante en cas de crise, tandis que la balance des opérations courantes enregistre un fort excédent (7% du PIB).

La Finlande

La situation n'est pas si différente de ce qui se passe en Suède: une croissance solide affaiblie par la faiblesse de la conjoncture mondiale dans un pays très exportateur. A quelques différences près: ici, les administrations publiques sont un peu plus dépensières (déficit de 1,4% du PIB en 2012), et l'excédent des opérations courantes est moins confortable (1,2% du PIB en 2012).

Le pays dispose donc de moins de marges de manœuvre. Cependant, il a une caractéristique notable: c'est, dans notre sélection, le seul pays membre de la zone euro à afficher des perspectives économiques correctes... Même en Allemagne ou en Autriche, la croissance est plus «molle».  

La Norvège

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Plateforme Oseberg en 2007. REUTERS/Helge Hansen/Scanpix

«L'émirat pétrolier» de l'Europe a connu un passage à vide, mais se redresse. Si l'on peut dire, car qu'y a-t-il donc à redresser? La croissance est correcte (+2 à 2,7% prévus par l'OCDE pour 2012/2013). D'autant que le chômage est extrêmement bas (3,2%), et la balance des opérations courantes très excédentaire: +16,5% du PIB!  Les administrations publiques enregistrent quant à elles des excédents en pagaille qui font rougir de jalousie les voisins européens:  +11,5% du PIB prévus pour 2012...

Difficile, bien évidemment, de faire mieux même si, bien entendu, la richesse du royaume scandinave doit énormément au pétrole et au gaz. Mais le pays a fait des réserves (financières)…

L'Islande

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Carcasses de baleines dans le port d'Hvalfjordur en 2009. REUTERS/Ingolfur Juliusson

Bonne nouvelle, on se remet des crises les plus aiguës. L'Islande en constitue un bon exemple. Le PIB, qui avait chuté de 6,7% en 2009 et 4% en 2010, se remet à progresser à un rythme annuel d'environ 2,5%. Les investissements, notamment dans le BTP, reprennent. Et si, selon les standards locaux, le chômage reste élevé, il baisse également (6% en 2012, 5,3% prévus pour 2013).

Les déficits publics se contractent à une vitesse impressionnante, passant de 10% du PIB en 2009 à 1,5% prévus pour 2013. A terme cependant, l'Islande qui avait «choisi» une spécialisation financière dans les années 2010 doit se trouver un ou des nouveaux secteurs de compétences, outre, bien entendu, les produits de la pêche.

Des petits vigoureux

A lire ce panorama, constatons que les pays développés qui s'en sortent le mieux sont assez petits, du moins par leur population. Le plus peuplé d'entre eux, l'Australie compte quelque 22 millions d'habitants. Certains expliqueront que la petite taille de leur économie rend la gestion de l'économie plus simple.

D'autres pencheront pour un autre argument: si, malgré leur taille réduite, ces pays ont réussi à devenir des économies développées, c'est qu'ils ont depuis longtemps fait leurs preuves et affûté leur compétitivité. Rien d'étonnant donc à ce qu'une fois encore, ils s'en sortent bien. 

Quoiqu'il en soit, leurs économies sont plus flexibles. Les récessions y sont plus fortes (le PIB  y chute alors de plusieurs pourcents en une année), mais l'on y renoue plus vite avec la croissance.

Souvent, aussi, les administrations publiques veillent à maintenir un quasi-équilibre des finances publiques sur le long terme, ce qui leur donne plus de marges de dépenses lors des crises. C'est une stratégie tout à fait consciente, par exemple, en Suède: excédents en période de vaches grasses, déficits en périodes de vaches maigres.

Ceci dit, les quelques indicateurs choisis pour diagnostiquer l'état de l'économie (croissance, chômage, échanges extérieurs, solde des administrations publiques) ne satisferont pas les puristes. Car ils ne disent rien des déséquilibres internes (inégalités), du type de croissance (polluante ou non, dépendante ou non de ressources naturelles), ou du bonheur de leurs habitants (même si on trouve trois pays de ce classement dans les cinq premières places du classement IDH). A suivre donc.

Catherine Bernard

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