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La CIA produit-elle des jeux vidéo de propagande?

Will Oremus, mis à jour le 16.01.2012 à 18 h 26

Probablement pas, ou alors, c'est top secret.

Lancement de Cal of Duty Modern Warfare 3 à Los Angeles, en novembre 2011. REUTERS/Gene Blevins

Lancement de Cal of Duty Modern Warfare 3 à Los Angeles, en novembre 2011. REUTERS/Gene Blevins

L’Iran menace d’exécuter Amir Mirzaei Hekmati, un Iranien-Américain accusé d’avoir travaillé pour la CIA au développement de jeux vidéo de propagande. Les agences de renseignements américains passent-elles effectivement une partie de leur temps à développer des jeux vidéos? 

Si tel est le cas, ces projets sont top-secret. La CIA a refusé de commenter cette affaire et a affirmé publiquement qu’Hekmati n’est pas un espion. Mais cela ne signifie pas que certains jeux vidéo ne pourraient pas être utilisés par la CIA ou d’autres agences pour tenter de conquérir le cœur et l’esprit de nos ennemis.

La compagnie pour laquelle Hekmati aurait travaillé, Kuma Reality Games, a développé une série de jeux en ligne qui plongent l’utilisateur dans des scénarios militaires réels. Sa première réalisation, Uday and Qusay’s Last Stand, place le joueur dans la peau d’un soldat américain durant la bataille qui vit la mort des deux fils de Saddam Hussein. D’autres permettent de simuler, de manière assez réaliste, l’opération d’assassinat d’Oussama ben Laden, les combats de Bagdad ou la traque récente de Kadhafi en Libye.

Mais si les scénarios et les dialogues peuvent refléter des vues pro-américaines – nombre d’entre eux incluent des commentaires en voix off d’anciens officiers de l’armée – ils semblent bien davantage destinés à surfer sur des vagues médiatiques récentes que faire œuvre de propagande. Et n’importe qui peut y jouer en ligne, gratuitement.

Des jeux ordinaires, conçus à des fins commerciales aux Etats-Unis, tendent à développer un discours patriotique similaire. De la très populaire série Call of Duty, développée par Activision à la série Battlefield de EA, la tendance consiste à placer les joueurs dans la peau de soldats américains et si ces jeux ont davantage pour objet de se défouler en tirant sur tout ce qui bouge que d’offrir un discours politique, les Américains sont presque toujours les gentils et les méchants sont régulièrement des adversaires présents ou passés des Etats-Unis, comme l’Iran ou l’Union soviétique.

Lorsque Electronic Arts a publié, en 2010, un jeu de la série Medal of Honor qui permettait d’incarner un taliban, une vive protestation des familles de militaires a provoqué l’arrêt immédiat de la commercialisation du jeu. Un jeu comme American Army est plus proche du réel et a été développé comme un outil de recrutement par l’armée américaine. Mais une fois encore, l’identité des «gentils» ne fait pas de doute et ce jeu a été pointé du doigt par certains qui considèrent qu’il promeut le militarisme au sein de la jeunesse.

Special Force, série de jeux sur ordinateur, produits au Liban, a été développée par la «Division Internet» du Hezbollah. Il est possible d’en trouver des exemplaires à Beyrouth autour de 10 dollars. Ces jeux s’adressent tout aussi clairement à un public local. Ce jeu donne au joueur la possibilité de faire sauter des chars israéliens ou d’abattre des hélicoptères, mais peu d’efforts sont entrepris pour tenter de convertir ceux qui éprouveraient des sympathies à l’endroit de l’ennemi. 

Si les agences de renseignement américaines produisaient des jeux vidéo visant secrètement à provoquer des troubles en Iran ou ailleurs, ils seraient sans doute moins violents et davantage axés sur des prises de décisions réalistes. Selon Ian Bogost, professeur à la Georgia Tech et cofondateur d’une entreprise qui conçoit des jeux vidéo comme outil de marketing client, les jeux les plus efficaces sont ceux qui collent au plus près des systèmes de la vraie vie et offrent aux joueurs des possibilités de voir les conséquences de différentes approches. 

Un jeu destiné aux Iraniens devrait ainsi viser à montrer les mauvais côtés de l’Islamisme ou la valeur de l’engagement dans des mouvements d’opposition démocratique. (Et ils ne s’appelleraient ans doute pas, comme un des titres de Kuma Games, Assault on Iran.) le jeu People Power : The Game of Civil Resistance serait un bon modèle: ce jeu de stratégie solo, développé par l’ONG International Center of Nonviolent Conflict, voit le joueur nouer des alliances et choisir différentes tactiques pour faire en sorte qu’une population opprimée obtient des libertés et des droits.

Will Oremus

Traduit par Will Oresmus

Will Oremus
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