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Mitt Romney, un raz-de-marée qui n'emporte pas

John Dickerson, mis à jour le 12.01.2012 à 10 h 56

Mitt Romney a remporté une large victoire dans le New Hampshire. De quoi, peut-être, convaincre les conservateurs de le soutenir pour affronter Obama lors de la présidentielle de novembre.

Mitt Romney, le 8 janvier 2012. REUTERS/Brian Snyder

Mitt Romney, le 8 janvier 2012. REUTERS/Brian Snyder

Depuis une semaine, Mitt Romney se fait appeler «landslide Romney» [Romney le raz-de-marée], reprenant une plaisanterie de John McCain à propos de sa courte victoire de seulement 8 voix au caucus de l’Iowa. Désormais, ce surnom est un peu plus adapté. Il a remporté la primaire républicaine du New Hampshire avec une belle avance de 13 points, soit 37% des suffrages. Dans la bataille très suivie pour la deuxième place, Ron Paul a obtenu cette «très honorable deuxième place» qu’il avait prévue, avec 24% des votes; Jon Huntsman a fini troisième (17%), ce qui n’a pas manqué de décevoir la rédaction du New York magazine –mais peu d’électeurs républicains.

Mitt Romney est un candidat anémique. Il est en tête des sondages, mais n’est pas assez fort pour assurer une victoire. Sa conquête du New Hampshire va-t-il le renforcer considérablement, ou est-ce une victoire pâlichonne qui ne saura empêcher les conservateurs de rechercher un candidat en qui ils croient? Romney est maintenant le premier candidat républicain de l’histoire n’étant pas président sortant à avoir remporté le caucus de l’Iowa et la primaire du New Hampshire. Il peut s’attendre à faire un bond dans les sondages en Caroline du Sud et en Floride, où il est déjà en tête.

Mitt Romney se considère comme un «homme de chiffres». Mais conformément aux chiffres, justement, le chemin de l’investiture est encore long. Il n’aura qu’une poignée de délégués. Même après les quatre premières compétitions, seulement 15% des délégués seront assignés. Romney mise sur le fait que ses victoires créeront un effet de levier pour lui, qu’elles contribueront à engloutir le budget de ses adversaires et à saper le soutien au candidat anti-Romney. Il espère, au fond, bénéficier de cette dynamique qui a fait décoller tous les autres candidats dans cette course, sauf lui.

Battre Obama

Les espérances vis-à-vis de Romney étaient grandes et il y a répondu. 35% des électeurs du New Hampshire ont assuré que leur principale préoccupation était de battre Barack Obama. Mitt Romney a conquis 60% d’entre eux. Il a été soutenu par tous les groupes, des partisans du Tea Party aux conservateurs, en passant par les modérés.

Malgré les critiques sévères adressées à Romney à propos de sa gestion de la firme d’investissement Bain Capital, les électeurs semblent rester convaincus par l’argument selon lequel son expérience des affaires fait de lui le meilleur candidat pour prendre en main la situation économique. Parmi les 6 électeurs sur 10 estimant que l’économie est le sujet prioritaire, Romney a recueilli un soutien plus de deux fois supérieur à celui de ses concurrents les plus sérieux.

Ron Paul a séduit une majorité de jeunes: 40% des 18-29 ans ont voté pour lui. Autre groupe à lui avoir fait confiance: ceux affirmant désigner un «vrai conservateur». A la fête qu’il a organisée après l’élection, Ron Paul est apparu tout sourire face à ses partisans, et il s’est réjoui qu’on le qualifie de «dangereux». Mitt Romney a gagné haut la main, a-t-il concédé, mais «on le talonne de près». Il n’en demeure pas moins que les sondages à la sortie des urnes font ressortir les limites de Ron Paul. 55% des personnes interrogées dans le New Hampshire ont indiqué qu’elles n’auraient pas été satisfaites si Ron Paul avait remporté cette élection. Dans le cas de Romney, seuls 37% des sondés ont dit cela.

Bienvenue en enfer, Mitt

En Caroline du Sud, où le vote aura lieu le 21 janvier, Romney peut s’attendre à vivre un enfer pendant 10 jours. Cet Etat devrait constituer la dernière base de lutte des forces anti- Romney –l’endroit où la tendance peut s’inverser. S’il fait un bon score en Caroline du Sud, Romney risque d’être l’objet d’attaques soutenues, qui sont peut-être les dernières charges sérieuses de la bataille des primaires.

L’équipe de campagne de Mitt Romney espère que la victoire du New Hampshire servira à valider sa force et discréditera les articles parlant du mécontentement des républicains à l’égard du favori. Selon le dernier sondage national CBS, 58% des républicains affirment vouloir avoir plus de choix quant aux candidats à la présidentielle. Romney est en tête de ce sondage, mais avec seulement 19%. A la sortie des bureaux de vote du New Hampshire, 31% des électeurs ont dit qu’ils voulaient qu’un autre candidat soit en lice.

Romney pourrait éventuellement se servir du New Hampshire comme bouclier pour se protéger des récentes attaques sur sa carrière dans le business. Newt Gingrich, Rick Perry et Jon Huntsman ont dépeint Romney comme un raider sans pitié. Bien que ces accusations soient arrivées trop tard pour changer véritablement la donne dans le New Hampshire, Romney peut prétendre que les électeurs du New Hampshire en ont eu connaissance et les ont jugées infondées.

Pas évident de savoir qui s’acharnera le plus contre Romney à partir de maintenant. Généralement, quand vous attaquez un espace où évoluent plusieurs candidats, le problème, c’est que vous ne portez pas seulement préjudice au favori, c’est aussi à vous que vous faites du tort. Vous ne séduisez pas ses électeurs: les indécis fuient la cible des attaques, mais aussi leur auteur.

C’est peut-être ce qui est en train de se passer pour Newt Gingrich, qui a lancé des campagnes d’attaques contre Mitt Romney et dont le «super PAC» prévoit de diffuser des clips pour un montant de plusieurs millions de dollars en Caroline du Sud. Ses attaques sur le passé de Romney en tant que co-fondateur de Bain ont été fustigées par des conservateurs influents, notamment ceux du magazine National Review et jusqu’à Rush Limbaugh. Habituellement, Romney ne peut pas compter ces conservateurs-là parmi ses alliés. Romney a également bénéficié d’une faveur de Ron Paul, qui a accusé Jon Huntsman, Rick Perry et Newt Gingrich de mettre en cause l’économie de marché.

«Mission impossible»

Newt Gingrich n’a recueilli que 10% des voix, mais il a promis de continuer à attaquer le favori. «Nous nous donnerons à fond pour gagner en Caroline du Sud, a-t-il assuré dans un entretien accordé à la CNN. Nous pensons que la différence entre un conservateur de Géorgie fan de Reagan et un modéré du Massachusetts est assez considérable.» Jon Huntsman a par ailleurs fait savoir qu’il poursuivrait sa campagne, même si la Caroline du Sud est peut-être trop conservatrice à son goût. Après tout, 40% de ses partisans du New Hampshire se sont dit satisfaits d’Obama en tant que président.

Les résultats de Rick Santorum dans le New Hampshire ne sont pas aussi bons que ceux qu’il avait obtenus dans l’Iowa. Mais ses 70 visites dans le premier Etat et son dynamisme dans le second ont apparemment fait de lui un candidat un peu plus séduisant. Santorum, qui était au coude-à-coude avec Gingrich à 10%, est arrivé troisième chez les électeurs qui se sont décidés tardivement.

Le jour de l’élection, Mitt Romney a profité d’une certaine intimité pour regarder un film avec ses petits-enfants –c’est bientôt quelque chose qu’il ne pourra plus faire. Les petits ont visionné Les Muppets; Romney, Mission impossible. Après sa victoire du New Hampshire, il espère que le premier film parle de ses rivaux. Et le second de leurs chances.

John Dickerson

Traduit par Micha Cziffra

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