Free mobile, un forfait très alléchant, mais pas magique

Défilé de mode à San Diego en 2007. REUTERS/Mike Blake

Défilé de mode à San Diego en 2007. REUTERS/Mike Blake

Pourquoi et comment Xavier Niel a proposé un tarif à 19,99 euros. Et pourquoi et comment ses concurrents suivront.

19,99 euros pour un abonnement mobile illimité, comprenant appels en France et vers 40 destinations, sms, mms et internet jusqu'à 3 Go et même 4 euros de moins pour les abonnés Freebox; 2 euros pour le forfait «light» de 60 minutes et 60 sms et même 0 euros pour les abonnés Freebox. Voici l'offre (enfin) présentée par le dernier né de la téléphonie mobile française, Free Mobile.

On s'y attendait: Free casse les prix.  Il nous a du reste été impossible, ce mardi matin, d'accéder aux services d'abonnement de Free Mobile, que cela soit par téléphone ou par internet. Pourtant, son offre de base  — celle à 19,99 euros — ne surprend pas. Ni ses fans, qui ont ces derniers mois multiplié les paris; ni les spécialistes des télécoms.

A l'automne 2009 déjà, alors que Free se débattait encore pour obtenir la 4e licence de téléphonie mobile française, des analystes – tel Nicolas Didio, alors chez Exane Paribas, tablait déjà «sur une offre à 40-45 euros box et mobile compris pour les abonnés freebox». En réalité l'abonnement à la Freebox ayant, entre temps, prix quelques euros, la facture des afficionados de Free atteindra  47-50 euros par mois.

Car Free ne fait pas de miracle: il se contente d'ajuster ses tarifs à des coûts qui, depuis le lancement du GSM il a presque 20 ans, ont dramatiquement fondu.  

Bien sûr, il lui faut amortir s son réseau, un amortissement que ses concurrents, partis plus tôt, ont déjà largement réalisé: Free a investi dans des infrastructures (249 millions d'euros sur le premier semestre 2011 par exemple) qui lui permettent déjà de couvrir environ 27% du territoire français. Pour le reste, il a conclu un accord dit «d'itinérance» avec Orange – et au prix secret— qui lui donne une couverture nationale. 

Mais le coût des réseaux mobiles n'est plus en 2012 qu'une fraction de ceux acquittés au début des années 1990 pour mettre sur pied les premiers réseaux GSM ou, dix ans plus tard, pour la construction des réseaux 3G. Depuis, quelques milliards d'abonnés dans le monde et la concurrence, notamment des équipementiers chinois tels Huawei, ont permis de réduire drastiquement les prix. 

Et d'optimiser les modalités de financement: Free ne s'est jamais caché qu'il espérait bien —pour les infrastructures acquises hors UE, que cela soit auprès d'équipementiers étrangers ou d'usines chinoises d'équipementiers européens— bénéficier des crédits exports pour limiter les coûts de financement de ses réseaux. 

Free bénéficie aussi de l'encadrement tarifaire imposé par la commission européenne pour les 27 et, en France, par le régulateur des télécoms, l'Arcep. Depuis le premier janvier 2012, par exemple, il n'en coûte plus de 1,5 centime d'euro pour Free (ou pour tout autre opérateur) d'acheminer un appel de son réseau vers celui de SFR, Orange ou Bouygues Telecom.

Et dans un an, le tarif maximal passera à 0,8 centime. Pour mémoire: en 2008, ces prix étaient de 6,5 à 8,5 cents et en 2002 de 20,12 à 27,49 cents. De la même façon, l'Arcep a fixé le tarif maximal de la terminaison d'appel sur un SMS  (le prix maximal qu'un opérateur peut facturer à un autre opérateur pour un SMS aboutissant sur son réseau) à 1,5 centime, puis 1 centime à partir de juillet prochain.

Car sur des réseaux mobiles, faire passer un message de 160 signes ne coûte vraiment plus grand chose. A vrai dire, on s'attendait même à ce que Free inclue les appels vers les mobiles d'autres pays étrangers, notamment européens, tous  les opérateurs européens ayant dû appliquer des règles similaires aux Français. En réalité, si 40 destinations sont comprises dans le forfait, les appels vers les mobiles inclus n'en concernent eux que deux: les Etats-Unis et le Canada.

La véritable surprise de Free ne vient donc pas de son forfait à 19,99 euros —même s'il est alléchant— mais de son mini forfait à 2 euros, et même à 0 euro pour les abonnés Freebox. Mais là encore, Free a beau jeu de critiquer les marges qu'il juge abusives de ses concurrents: ce forfait valorise la minute de voix à environ 2,33 centimes d'euro et le sms à 1 centime.

Ce qui n'est certes pas (du tout) cher, mais pas non plus en-dessous des coûts. Sans aucun doute Free espère-il en outre, de la sorte, séduire de nouveaux abonnés à sa Freebox, et convertir progressivement ces abonnés au forfait light en abonnés «plein tarif». 

Pour l'instant, Free, de toutes façons, limite ses offres – et donc ses éventuels risques— aux 3 premiers millions d'abonnés. Ce qui représente moins des 3/4 de ses propres abonnés (4,8 millions) et  5% du marché mobile français. On est loin des 25% visés à terme par Xavier Niel, le patron de Free, (soit 16 à 17 millions d'abonnés) pour la conquête desquels Free se laisse donc encore une certaine liberté tarifaire.

Xavier Niel l'a du reste annoncé: il ne reste aux Orange, SFR et Bouygues qu'à dupliquer son offre. Et, en réalité, rien ne les en empêche: même si ces opérateurs n'ont guère la structure de coûts – très légère— de Free, leur force de frappe financière reste incomparablement plus grande. Qu'on en juge: au premier semestre 2011, le cash flow opérationnel retraité d'Orange dépassait 5 milliards d'euros soit environ 10 fois plus que celui d'Iliad, la maison mère de Free.

Catherine Bernard