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Petites phrases et violence politique: découvrez le guéantomètre de Slate

Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot, mis à jour le 30.01.2012 à 18 h 52

Slate.fr lance son baromètre de la campagne présidentielle française pour mesurer, semaine après semaine, la violence du débat politique.

Le guéantomètre

Le guéantomètre

Comme il existe des sondes pour jauger le climat, il existe un baromètre de la campagne présidentielle française: le guéantomètre. Développé par Slate.fr, il mesure l'ambiance chez les hommes et les femmes politiques du pays. A près de 100 jours du premier tour de la présidentielle 2012, cette ambiance est-elle plutôt bisounours ou Karcher®? Selon la première livraison de notre Guéantomètre®, elle est entre les deux...

Comment ça marche?

 Le Guéantomètre® (du nom du ministre de l’Intérieur et conseiller du chef de l’Etat) attribue des points (les points Guéant) pour toutes les petites phrases, dérapages plus ou moins contrôlés et autres attaques personnelles qui sont extraites des déclarations/interviews/communiqués/circulaires/apartés/échanges qui ponctuent l’actualité politique et font le bonheur des commentateurs. 

Pourquoi le «guéantomètre» plutôt que le «hamonomètre», le «marinomètre» ou le «mélenchonomètre»?

Parce que Claude Guéant est LE stratège de la sortie médiatique qui enflamme le débat. Des exemples: la «croisade» de Nicolas Sarkozy en Libye? C’est lui. Les usagers du service public qui ne devraient pas porter de signes religieux? Lui aussi. Les deux tiers des échecs scolaires qui seraient l’échec d’enfants immigrés? Encore lui. La délinquance roumaine, les Français qui ne se sentent plus chez eux, toujours lui.

Cécile Duflot peut-elle obtenir des points Guéant?

Oui, évidemment. Le point Guéant n'est ni de gauche ni de droite, il est sans couleur politique et marque le début d’un cercle médiatique sans cesse répété qui commence par une déclaration volontairement polémique, à laquelle s'enchaînent les réactions indignées des personnes visées ou d’associations, la reculade de l’auteur de la petite phrase ou au contraire un persiste-et-signe, son parti qui le soutien, et les médias qui chroniquent chaque étape de ce jeu stratégique.

Il n'y a pas que le ministre de l'Intérieur qui use et abuse de la méthode. La gauche, l'extrême droite, les Verts savent aussi manier le point Guéant. 

Quelle est la méthodologie?  

Nous attribuons des points à chaque sortie, avec un poids supérieur pour celles qui sont plus rares ou plus «sérieuses» (annoncer qu’on va porter plainte vaut moins de points que déposer une plainte par exemple). Plus la sortie entraîne des réactions politiques et des reprises dans les médias, plus elle obtient de points.

Cliquer sur le (+) pour le détail des points

PREMIÈRE SEMAINE du 02/01/2011 au 08/01/2012, François Hollande, premier lauréat

Après la traditionnelle trêve des confiseurs qui a été à peu près respectée par la classe politique entre Noël et le jour de l’an, la première semaine de 2012 a été marquée par les attaques coordonnées du PS, concentrées presque exclusivement sur la personne et le bilan du président de la République. A lui seul, le parti socialiste est à l’origine de 890 des 1.123 points Guéant qui placent cette semaine la jauge dans le jaune.

Le classement des points Guéant de cette première semaine:

1- François Hollande: 727,5 points

2- Jean-François Copé: 180.5 points

3- Pierre Moscovici: 162,5 points

4- Jean-Luc Mélenchon: 122, 5 points

5- Nadine Morano: 90 points

 

Pierre Moscovici a préparé le terrain lundi en parlant du «bilan terrible» de Nicolas Sarkozy qui «devrait s'il avait la dignité de sa fonction, le conduire en réalité, à ne pas se représenter». Le candidat François Hollande a poursuivi mardi l'attaque sous forme de lettre dans Libération. Il y fustige le bilan du «candidat de la parole», ses «politiques injustes et stériles menées depuis dix ans, les fautes économiques et morales de ce dernier quinquennat».

Une attaque complètement maîtrisée sous forme de lettre, une autre beaucoup moins sous forme de «petite phrase» insultante fuitée d’une conversation avec des journalistes. La semaine écoulée a été celle de «l’entrée en campagne» de François Hollande, «musclée et concentrée sur Nicolas Sarkozy» comme l’écrit Libération. Pour Les Inrocks, «la guerre ouverte» a été déclarée. Et c’est le candidat socialiste qu’il l’a déclenchée.

En plus d’inaugurer le «bonus lulz» –50 points pour tout cybersquatting, faux comptes twitters et autres e-ripostes en tous genres– avec l’achat par les jeunes UMP de lechangementcestmaintenant.fr, la lettre du candidat a provoqué de vives réactions au sein du parti présidentiel.

L'effet «Sale mec»

Expression mise dans la bouche de François Hollande pour parler de son adversaire Nicolas Sarkozy. Une phrase démentie par l’intéressé, mais aussi par les autres journalistes qui étaient présents au déjeuner avec la presse organisé par le candidat. L’un d’entre eux explique que l’expression a été sortie du contexte dans lequel Hollande l’avait utilisée.

Mais qu’elle ait été mal comprise ou pas, c’est bien cette expression qui a remporté le plus de points cette semaine: 80 points pour le combo «conversation privée rendue publique» (+30) et «insulte» (+50), auquel s'ajoutent les points des réactions furieuses –et coordonnées– de Nadine Morano et de Jean-François Copé et aux nombreuses reprises dans les médias. Hollande, son parti et les journalistes présents lors du déjeuner ont démenti, calmant plus ou moins la polémique et lui ôtant une quarantaine de points.

Ils n'ont pas démérité cette semaine

Jean-François Copé: le patron de l'UMP a démenti également avoir jamais dit au sujet des députés UMP en 2007 que «Tu comprends, si on a ici que des gens qui se contentent de 5.000 euros par mois, on n’aura que des minables», contrairement à ce qu’un livre tout juste paru rapporte.

Avant d'être occupé à se défendre, Jean-François Copé a fait comme Nadine Morano partie des responsables de l'UMP usant et abusant des éléments de langage (+20 à chaque fois) dans leurs réponses médiatiques: le manque de «propositions» de François Hollande et ses critiques «systématiques» et «infondées» pour la lettre, le manque de «dignité de la part d'un candidat» pour le «sale mec».

Jean-Luc Mélenchon s’est offert une sortie discrète (peu relayée sur Google News et sans réactions des autres partis) mais violente, avec un «moi, j’ai un problème avec les cons» lancé à un syndicaliste et enregistré par une caméra de Canal+ («merde, évidemment ils étaient là eux»).

Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot

Widget de Fred Hasselot et Vincent Ollivier

François Hollande à l'Assemblée nationale, en avril 2011. REUTERS/Jacky Naegelen

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