Culture / Politique

François Hollande, les chiffres sans les lettres

Temps de lecture : 2 min

Le candidat socialiste, contrairement à ses illustres prédécesseurs, n'est pas un littéraire. Pourtant, une campagne électorale, c'est aussi de l'émotion et de l'irrationnel.

François Hollande dans une librairie parisienne, en décembre 2011. REUTERS/John Schults
François Hollande dans une librairie parisienne, en décembre 2011. REUTERS/John Schults

Longtemps, il y a eu à gauche une complicité tacite entre la politique et la littérature. Clemenceau, Jaurès, Herriot, Blum, Mitterrand, étaient des littéraires. Ils ont tous écrit des livres, et se plaisaient dans la compagnie des bons auteurs. Leur plus grand plaisir était de lire Hugo, Zola, Proust ou Chardonne, entre deux réunions de parti. Il y avait en eux la passion des mots, le goût des formules qui sonnent, et une flamme d’écrivain rentré.

François Hollande, lui, n’est pas un littéraire. Il sort de l’ENA, qui n’est pas franchement une école où l’on cultive le beau style et les envolées lyriques. Il s’est toujours intéressé à l’économie. Il est connu pour son pragmatisme, son sens tactique, et sa volonté d’être un homme «normal». Sa lettre aux Français, publiée dans Libération, lui ressemble: posée, factuelle, sérieuse, tranquille –normale, en somme. Un vocabulaire simple, sans rhétorique subtile ni tournure qui fasse mouche. Le même ton que dans ses discours.

Les mots ne sont-ils donc plus une arme en politique? Les meilleurs tribuns de la Ve République se situent aux extrêmes de l’échiquier: de Gaulle, Le Pen, et Mélenchon. Ils croient dur comme fer aux idées qu’ils défendent, fussent-elle condamnables, et dur comme fer que les mots sont des alliés précieux, permettant d’enfoncer des clous, de ridiculiser l’adversaire, de caresser dans le sens du poil, de révéler des désirs enfouis, de promettre la lune, de s’indigner, de se réjouir, de se moquer…

Comment le dire?

Leur vocabulaire est riche, leurs références nombreuses, leur style varié. Comédiens avant tout, ils en usent avec un plaisir non dissimulé, s’arrangeant toujours pour glisser un bon mot ou une formule à l’emporte-pièce.

Avec Hollande, on est loin de cet art oratoire. Question de tempérament. De formation. De positionnement. Mais aussi d’époque: les hommes politiques, tous bords confondus, sont persuadés que la crise oblige à un devoir de retenue, que l’heure n’est pas aux promesses, encore moins au rêve, et que les Français choisiront en mai le candidat le plus raisonnable. Du coup, en matière de style, ils font profil bas.

Ils ont tort. Le moment de l’élection présidentielle n’est pas un moment «raisonnable»: n’y entrent pas seulement des considérations économiques et sociales, mais aussi une part d’émotion et d’irrationnel. Quelle que soit la difficulté des temps, on ne choisit pas un homme pour cinq ans sur de seuls critères comptables. Ils devraient se rappeler qu’avant l’épée –certes un peu émoussée aujourd’hui– il y a le verbe.

Il est vrai que l’exercice n’est pas facile: la difficulté est de galvaniser, à tout le moins d’entraîner, quand les caisses sont vides. La question n’est donc pas tant: «Que dire?» –les marges de manœuvre sont étroites pour tout le monde– mais: «Comment le dire?».

D’où l’importance des mots. Il ne s’agit pas de donner dans l’incantation lyrique ou la gouaille populiste si ce n’est pas son style. Ni d’user d’un langage fleuri ou recherché. Mais de traquer les mots justes qui parleront autant au cœur qu’à la raison. Même à l’ère des marchés financiers, la politique a toujours besoin de la littérature.

Hervé Bentégeat

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