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Mieux vaut Jeanne d'Arc que la circulaire Guéant

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 07.01.2012 à 11 h 33

[J-106 • Le carnet de campagne de Jean-Marie Colombani] Nicolas Sarkozy va à la pêche aux voix du FN, mais je préfère voir et écouter le président à Domrémy que Claude Guéant décidant d’expulser les étudiants étrangers qui cherchent, et obtiennent, du travail en France.

Nicolas Sarkozy tient un buste de Jeanne D'arc à Domrémy, le 6 janvier 2012. REUTERS/Michel Euler/Pool

Nicolas Sarkozy tient un buste de Jeanne D'arc à Domrémy, le 6 janvier 2012. REUTERS/Michel Euler/Pool

Les 6 et 7 janvier, on a donc célébré Jeanne d’Arc. D’ordinaire –et surtout le 1er mai plus que le jour de la date anniversaire de sa naissance– on a droit à l’inévitable cortège à Paris, autour de la statue de la sainte, emmené par Jean-Marie Le Pen, entouré de tous ceux qui, au FN, ont un mandat électif et sortent, pour l’occasion, leur écharpe tricolore ou couleur bleu étoilé de l’Union européenne. Avec, chaque année, des caméras qui cherchent à filmer les quelques troupes de choc qui se réclament de la mouvance d’extrême droite.

Mais, cette année, les célébrations lepénistes ont été devancées par la visite de Nicolas Sarkozy à Domrémy.

Eloge du patriotisme, discours sur «Jeanne qui n’appartient à personne», mais sous le patronage de laquelle il est bon de se placer, révérence à l’icône de la nation qui incarne «les racines chrétiennes de la France».

Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs une lueur amusée dans le regard en expliquant aux journalistes qu’il était important de marquer le 600e anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc.

Bref, on a eu un message très clair. A l’adresse d’une partie de l’opinion. Notamment celle qui pense que le Front national dispense les valeurs traditionnelles.

Et c’est très bien ainsi! Car il vaut mieux voir et écouter Nicolas Sarkozy à Domrémy que Claude Guéant décidant d’expulser les étudiants étrangers qui cherchent, et obtiennent, du travail en France.

Rabatteur

Le lien entre Jeanne d’Arc et la circulaire Guéant? C’est une matrice toute bête que produisent les instituts de sondage et qui est celle des reports de voix au second tour entre l’électorat de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy.

Et les chiffres aujourd’hui sont anormalement bas, inférieurs de façon significative au niveau de report des voix de Jean-Marie Le Pen vers Nicolas Sarkozy en 2007. D’où le rôle dévolu à Claude Guéant.

On peut toujours se dire qu’il fait du zèle à l’excès. On doit surtout considérer qu’il est là dans un rôle bien défini, celui de tenter de rabattre les voix d’extrême droite. Et cela a donné, entre autres, cette fameuse circulaire qui elle est incohérente.

Car le discours officiel est que nos universités doivent rechercher l’excellence et qu’elles doivent être compétitives par rapport aux universités anglo-saxonnes qui forment les élites de la terre entière.

En une circulaire donc, l’image de nos universités a été cassée. D’où le front du refus qui s’est formé où l’on trouve la conférence des présidents d’université, celle des grandes écoles, celle des directeurs d’écoles d’ingénieurs, toutes les organisations étudiantes, sauf une, le Medef, les syndicats, la gauche, etc.

Le gouvernement a donc promis un nouveau texte sur le travail des étudiants étrangers, mais il n’est pas sûr que toutes les ambiguïtés soient levées et que, s’ajoutant au durcissement des conditions d’études en France pour les étudiants étrangers, il ne provoque pas un refus.

C’est là, me semble-t-il que la politique atteint ses limites, non seulement absurdes, mais particulièrement choquantes. Décidément, oui, je préfère que Nicolas Sarkozy aille à la pêche aux voix d’extrême droite en célébrant Jeanne d’Arc!

Pour le reste, la semaine a été surtout marquée par le débat naissant sur la TVA sociale.

Quitte ou double

Sur le fond, il va de soi que le débat mérite d’être conduit car il est celui de la compétitivité. Or, depuis le gouvernement Chirac/Raffarin –et le mouvement s’est aggravé depuis–, la France s’est installée dans un déficit de compétitivité qui se traduit par un déficit commercial qui tend vers l’abîme. Et les Allemands ont, il est vrai, montré le chemin en adoptant cette TVA, qui aurait le mérite à la fois d’atténuer ce gap de compétitivité et d’encourager l’emploi par le transfert d’une partie des charges sociales.

Cette taxe a ses partisans et ses adversaires à droite comme à gauche. François Fillon l’avait tentée en 2007, et avait été contredit par Nicolas Sarkozy. A gauche, Manuel Valls l’avait mise en avant pendant les primaires. François Hollande ayant, lui, une doctrine sur ce point plus traditionnelle.

Il n’empêche. Malgré la pertinence du débat, Nicolas Sarkozy a donné le sentiment de tenter plutôt de jouer son va-tout, une sorte de quitte ou double.

Que cherche-t-il? A ressouder son électorat autour de l’idée qu’il est le seul vrai réformateur. D’ailleurs, le prochain sommet social devrait lui donner l’occasion de bien marquer que l’«archaïsme» est du côté syndical. Et qu’en outre, il est courageux au point de prendre le risque, s’il le faut, d’une mesure impopulaire.

Mais en regard de ce calcul, il y a la condamnation prononcée par Alain Madelin, libéral s’il en est: en 2007, Nicolas Sarkozy était le candidat du pouvoir d’achat. En 2012 il sera celui de la baisse du pouvoir d’achat! A suivre…

Jean-Marie Colombani

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