Monde

Primaires républicaines: pourquoi c'est Romney qui sera investi

Jacob Weisberg, mis à jour le 06.01.2012 à 15 h 59

Inutile d'inventer un faux suspense: l'ex-gouverneur du Massachusetts défiera Barack Obama, qu'il est le seul à pouvoir battre.

Mitt Romney lors d'un meeting à Salem (New Hampshire) en compagnie de l'ancien candidat à la présidentielle John McCain, le 5 janvier 2012. REUTERS/Brian Snyder.

Mitt Romney lors d'un meeting à Salem (New Hampshire) en compagnie de l'ancien candidat à la présidentielle John McCain, le 5 janvier 2012. REUTERS/Brian Snyder.

Y a-t-il quelqu’un que la victoire remportée de justesse par Mitt Romney lors du caucus de l'Iowa ne contrarie pas? Elle déçoit les conservateurs, qui se rendent compte que l’ancien gouverneur du Massachusetts, autrefois «pro-choix» et pour l’Obamacare avant que la réforme du système de santé ne soit appelée comme ça, fait en réalité semblant d’être l’un des leurs.

Soixante-quinze pour cent des électeurs républicains de l’Iowa voulaient un candidat plus à droite. Mais parce que leurs suffrages se sont éparpillés sur un trop grand nombre de candidats faibles ou bizarres, c’est le seul modéré à concourir dans leur État qui est arrivé en tête.

Les libéraux sont déprimés parce que Romney est le rival le plus sérieux du président Obama. Cela apparaît clairement dans les sondages opposant les deux candidats, qui mettent Romney à égalité ou un chouïa devant Obama, tandis que les autres candidats républicains se traînent au moins à 10 points derrière. Les responsables de campagne d’Obama ont eu du mal à cacher leur joie le mois dernier quand Newt Gingrich, la seule alternative vaguement plausible à Romney, a brièvement caracolé en tête du peloton.

Mais même eux savaient qu’il ne s’agissait que d’une aberration qui ne durerait pas. Dans l’éventualité où les républicains ne se livreraient pas à un suicide collectif en choisissant un autre candidat, les démocrates préfèreraient que Romney remporte la course à la nomination républicaine après une très longue et très coûteuse lutte qui épuiserait ses ressources financières, ternirait son image et le traînerait encore un peu plus sur la droite. Scénario qui semble aujourd’hui plus improbable.

La presse aime les candidats non viables

Nous autres journalistes sommes les plus embêtés de tous, car le sprint de Romney vers la victoire n’a rien de très intéressant. Si la presse n'était qu'une industrie comme les autres, le cynisme suscité par son propre intérêt à promouvoir des challengers à la marge l’emporterait sur toute autre considération. Les chaînes de télévision locales [1] comptent, en cette année électorale, sur le surcroît de revenus provenant des campagnes publicitaires politiques dans les États où les primaires importent beaucoup. Si la course à la nomination est effectivement terminée, disons, au moment de la primaire du Michigan, le 28 février, de précieuses sommes d’argent auront été inutilisées.

Mais pour les journalistes, monter en épingle un candidat condamné à perdre, n’importe lequel, est aussi le seul moyen d’écrire un article plus piquant. Le favori collet monté qui gagne l’Iowa et le New Hampshire avant de s’assurer précocement la nomination n’a rien pour inspirer un sujet passionnant. Ce qui explique que les médias prétendent prendre au sérieux une succession de candidats non viables aux points de vue saugrenus. Rick Santorum ne sera jamais, quelles que soient les circonstances, le candidat du parti républicain.

Le plus susceptible d'être élu

Toutes ces motivations finissent par donner naissance à un genre de complot d’initiés visant à nier l’évidence. Il faut donc s’attendre dans les prochaines semaines à entendre de plus en plus parler d’alternatives de moins en moins crédibles à une victoire de Romney. Jon Huntsman, l’unique candidat à ne pas avoir encore bénéficié d’un moment d’enthousiasme populaire, pourrait faire un meilleur score que prévu dans le New Hampshire. Quand Rick Perry aura imité Michele Bachmann et quitté la course, l’opinion conservatrice pourrait se cristalliser autour de l’improbable survivant Rick Santorum. Et le gouverneur du New Jersey Chris Christie, qui avait renoncé à se présenter, peut encore changer d’avis!

Tout est possible, bien sûr, mais il n’arrivera rien. Au final, il est plus que probable que le parti républicain nommera Romney parce qu’il est le plus susceptible d’être élu et qu'au point où en sont les choses, personne ne peut le battre.

Le parti républicain que Romney va sans doute mener au combat s’est cependant montré sous un mauvais jour —dominé par ses activistes extrémistes, concentré sur des sujets sans intérêt et sourd à toute raison dans le domaine des choix fiscaux du pays.

Pour survivre à un débat républicain, vous êtes tenu de défendre le point de vue que le budget doit être immédiatement équilibré, les impôts réduits de façon spectaculaire et les principaux postes de dépense (l’armée, la sécurité sociale, l'assurance-santé) rester en grande partie inchangés. Il est absolument impossible de faire coïncider tous ces chiffres, et les candidats n’essaient même pas d’ailleurs, préférant appuyer leur argumentation sur des dénonciations d’Obama testées au préalable sur des groupes de discussion et sur une hostilité abstraite aux méthodes de Washington.

Fanfarons sur l'avortement

Plus que sur tous ces sujets, c’est sur leur volonté absolue et complète d’interdire l’avortement que les candidats de l’Iowa ont le plus fanfaronné. Paul, obstétricien de formation, avait couvert l’État de publicités revendiquant le fait douteux qu’il avait vu un jour des médecins jeter un bébé vivant à la poubelle (si c’est vrai, pourquoi n’est-il pas intervenu?). Gingrich a proposé de piétiner la Constitution pour braver les juges invalidant les lois anti-avortement.

Dans les derniers jours de la campagne, Perry a élargi son opposition à l’avortement pour y inclure les cas de viol ou d’inceste. Santorum a fait sa tournée avec des membres de la famille Duggar, héros de l’émission de télé-réalité de TLC 19 Kids and Counting: comme eux, Santorum estime que la contraception n’est «pas OK».

L’idée que le Tea Party incarnait quelque chose de nouveau dans la droite américaine s’est maintenant dissipée au bénéfice d’un éventail familier de tendances radicales et pas vraiment conservatrices. L’Iowa illustre ces querelles intestines en les présentant sous une forme exagérée. Il y a le libertarianisme juvénile, représenté par Ron Paul, 75 ans. Il y a le moralisme théocratique, proposé en version protestante évangélique par Bachmann et Perry, et dans sa version catholique par Santorum. Il y a l’idée de la politique basée sur des idées, représentée par Gingrich.

Quand toutes ces alternatives auront fini par tomber à l’eau, il ne restera que la tentative de remporter, pour de vrai, une élection nationale, incarnée par un certain Willard Mitt Romney.

Jacob Weisberg

Traduit par Bérengère Viennot

Une version de cet article est publiée dans le Financial Times.

[1] Dont beaucoup sont la propriété de conglomérats médiatiques comme la Washington Post Company, propriétaire de Slate.com et actionnaire minoritaire de Slate.fr. Revenir à l'article

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