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Former les chômeurs n'est pas toujours une bonne idée

Catherine Bernard, mis à jour le 09.01.2012 à 9 h 20

Attention aux formations généralistes, proposées en masse par les pouvoirs publics et considérées comme des «parkings».

A la City de Londres, en 2008. REUTERS/Toby Melville

A la City de Londres, en 2008. REUTERS/Toby Melville

Nicolas Sarkozy l'a affirmé lors de ses vœux: la formation des chômeurs doit s'ériger en priorité absolue. Difficile, a priori, de critiquer cette proposition: dans une «économie de la connaissance», où la «formation tout au long de la vie» semble une perspective incontournable, il est incontestable qu'un demandeur d'emploi mieux formé a plus de chances de s'adapter à une nouvelle entreprise, à un nouveau secteur d'activité, voire à de nouvelles fonctions.

La France du reste dépense plutôt moins en la matière que la moyenne des pays de l'OCDE: la formation des chômeurs (hors soutien à l'apprentissage) représentait en 2009 0,11% du PIB et 0,83% de la population active.  Contre, par exemple, 0,27% du PIB et 1,89% de la population active au Danemark. 

Et pourtant.  La formation –du moins la formation longue, qui dure plusieurs semaines voire plusieurs mois— ne constitue pas toujours le meilleur remède au chômage. 

Au Danemark et en Suède, pays réputés pourtant pour leur politique active de lutte contre le chômage, la formation, naguère considérée comme l'arme la plus efficace contre le chômage de longue durée, n'est ainsi plus considérée comme une panacée. Elle a beaucoup perdu de son importance dans ces deux pays où les autorités tentent de la réserver de plus en plus aux jeunes non diplômés, sur lesquels les agences pour l'emploi concentrent tous leurs efforts.

Les formations longues, un investissement parfois risqué

La formation longue comporte en effet des risques: pendant qu'il se trouve sur les bancs d'une école, le chômeur ne cherche plus de travail. Et parfois, la conjoncture du marché de l'emploi se modifie très rapidement, au point que les deux ou six mois passés dans des salles de cours lui font perdre des opportunités qui mettront parfois plusieurs mois à se représenter. Une situation qui se présente notamment lors de retournements brutaux de la conjoncture, comme à l'automne 2008. Idéalement, mieux vaudrait donc former les salariés.... avant qu'ils ne perdent leur emploi! 

Autre inconvénient des formations: elles peuvent distendre le lien avec le monde du travail, et, paradoxalement, nuire à l'«employabilité» du demandeur d'emploi. La meilleure façon de retrouver un emploi est de rompre le moins longtemps possible le lien avec l'activité.

Cela permet au demandeur d'emploi de «rester dans le bain», et cela rassure aussi son futur employeur, qui renâcle souvent à embaucher des chômeurs de longue durée. Un lien que les formations, du moins les plus longues, risquent de distendre encore plus.

Si le demandeur d'emploi n'affiche pas un manque criant en compétences demandées par le marché du travail, mieux vaut donc parfois se contenter de lui donner une formation légère de quelques jours, ou l'aider à trouver un CDD, une mission d'intérim, voire un stage —ou une formation— en entreprise.

Ce sont du reste des outils de politique active que les pays nordiques ont beaucoup développés ces dernières années. Des systèmes d'emploi partagé permettent par exemple de remplacer un salarié parti en congé sabbatique, formation ou maternité par un chômeur longue durée. Et de nombreux types de stages en entreprises subventionnés par les pouvoirs publics ont été mis en place pour favoriser le retour en entreprise des demandeurs d'emploi les plus fragilisés. 

Vers des formations plus individualisées  

Enfin, former demande beaucoup de discernement: certes, le taux de chômage est plus élevé pour les salariés sans diplôme que pour ceux qui ont suivi des études supérieures ce qui confirme l'intérêt d'un bagage éducationnel solide. Mais, ainsi que l'explique l'OCDE dans ses perspectives de l'emploi 2011, on compte en réalité dans les pays membre de l'organisation plus de salariés «surqualifiés» par rapport au travail qu'ils occupent que d'employés «sous-qualifiés», la surqualification s'accroissant même pour les demandeurs d'emploi retrouvant un travail.

Ce décalage semble imputable tout à la fois à un système éducatif parfois déconnecté des besoins du marché du travail et à des exigences trop élevées des employeurs en matière de qualifications par rapport aux emplois qu'ils proposent. 

Cette surqualification relative n'exclut bien entendu pas, au contraire, le besoin de continuer à former la main d'œuvre tout au long de sa vie active —et notamment pendant sa période de chômage— pour qu'elle se familiarise avec les technologies, les nouvelles exigences commerciales ou les nouvelles formes organisations.

Mais elle rend impérative la conception de formations très ciblées, adaptées tout à la fois au niveau réel de qualification du demandeur d'emploi et aux besoins avérés du marché du travail. En France, par exemple, Pôle Emploi tente de développer les «préparations à l'emploi», réalisées conjointement avec des entreprises qui embauchent pour mettre à niveau leurs futurs salariés. 

Un demandeur d'emploi diplômé à BAC +5 en économie peut ainsi recevoir la proposition d'être employé par une entreprise informatique, Pôle Emploi finançant sa mise à niveau dans ce domaine.  On est bien loin, donc, des formations généralistes, proposées en masse par les pouvoirs publics de la plupart des pays développés. Des formations, du reste, souvent considérées comme des  «parkings», dans l'attente d'un emploi...

Catherine Bernard

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Journaliste
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