Monde

Israël-Palestine: que peut-on espérer de nouvelles négociations?

Jacques Benillouche, mis à jour le 06.01.2012 à 12 h 31

Pas grand-chose. Même si pour la première fois, un document écrit, précisant la position israélienne, peut servir de base aux négociations. Mais la marge de manoeuvre de Mahmoud Abbas est presque nulle et la stratégie de Netanyahou du pur calcul politique.

Rencontre à Washington en septembre 2010. REUTERS/Jason Reed

Rencontre à Washington en septembre 2010. REUTERS/Jason Reed

Tous les quelques mois, l’annonce d’une négociation israélo-palestinienne présentée comme enfin une «vraie» négociation anime les médias. Mais il faut bien constater que le soufflé retombe de plus en plus vite à la sortie des réunions. En septembre 2010, les retrouvailles chaperonnées par la secrétaire d’Etat américaine avaient ouvert de grands espoirs. Hillary Clinton avait toutefois tenu à préciser que:

«Nous ne pouvons et nous ne voulons pas imposer une solution. Vous seuls pouvez prendre les décisions nécessaires, afin d’assurer un futur de paix aux peuples israélien et palestinien.»

Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas n’avaient eu que 1h30 de tête-à-tête pour un résultat nul...

Gestes de provocation

Après plus d’un an d’interruption du processus de paix, les négociateurs israéliens et palestiniens se sont retrouvés le 3 janvier 2012 en Jordanie sans qu’aucune avancée n’ait été constatée puisque des préalables sont toujours posés par les Palestiniens. Ils exigent des Israéliens le gel des constructions en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et l’acceptation des frontières de 1967. Il semble bien en fait que, des deux côtés, il n’y ait aucune volonté affirmée de parvenir à un accord, chacun ayant ses propres raisons pour figer la situation.

Du côté palestinien, deux gestes forts ont été assimilés à une provocation par les Israéliens. Le 21 décembre 2011, Mahmoud Abbas a rencontré de manière ostensible en Turquie l’ancienne prisonnière Amana Mouna, libérée dans le cadre de l'affaire Gilad Shalit. Elle avait enlevé et assassiné en 2001 un adolescent de 16 ans, Ofir Rahoum. Ensuite, le président de l’Autorité palestinienne a nommé le 3 janvier le général Mahmoud Damra, alias Abou Awad, au poste de conseiller spécial pour les Affaires locales. Ce général avait été arrêté en 2006 en Israël sous l’accusation de participation à plusieurs actes de terrorisme contre des Israéliens et d’implication dans le tir d’un missile contre un tank en tant que commandant de la force 17 de la garde présidentielle. Il venait lui aussi d’être libéré par Israël.

«Erreur fatale»

Les Palestiniens acceptent, contraints et forcés, ces réunions alors qu’ils savent que les islamistes au pouvoir à Gaza et la gauche nationaliste du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) sont totalement opposés à toute discussion qu’ils qualifient «d’erreur fatale».

Mahmoud Abbas, contesté à la tête de l’Autorité par ceux qui réclament des élections, toujours non planifiées, oscille entre pragmatisme et extrémisme. Pour remettre le problème palestinien au cœur du débat, il avait émis l’hypothèse d’une troisième Intifada qui ne s’est pas réalisée parce qu’elle avait été paradoxalement refusée par le Hamas, sous prétexte de ne pas donner à l’Autorité l’occasion de redorer son blason.

Il a éliminé Mohamed Dahlan, l’ennemi attitré du Hamas, qui lui faisait de l’ombre. Il a ensuite cherché à attirer à lui les activistes sans avoir suffisamment évalué le poids des dissensions stratégiques qui séparent les clans palestiniens. Il est prêt à composer avec les islamistes dans une union nationale Fatah-Hamas, quitte à sacrifier son Premier ministre pro-occidental Salem Fayyed, car il ne peut se résoudre à être président de la moitié de la Palestine en entérinant officiellement la rupture physique et politique de la Cisjordanie et de Gaza. Alors il lambine, accroît les obstacles dans les négociations sans pour autant s’opposer de manière frontale aux Américains, bailleurs de fonds.

En Israël, des dirigeants de toute tendance ont envisagé un accord de paix israélo-palestinien sur les bases suivantes: création d'un Etat palestinien dans environ 95% des frontières de 1967 avec un échange de terre de surface et de qualité équivalente pour compenser les grosses villes nouvelles israéliennes crées depuis 1967 en Cisjordanie qui resteront israéliennes et un accord sur une co-souveraineté sur Jérusalem-Est. Les autres villages nouveaux juifs seraient évacués. Les réfugiés devront s'installer dans le nouvel Etat palestinien ou dans les autres pays arabes. Mais un dernier sondage en date du 2 novembre montre que les Palestiniens ne sont pas prêts à faire le pas nécessaire pour parvenir à un accord de paix. En effet 89,5% des Palestiniens refusent de renoncer au droit au retour et à accepter en échange une compensation monétaire, fermant ainsi toute possibilité de compromis.

Temporiser

De son côté, Benjamin Netanyahou utilise ces rencontres pour temporiser afin de satisfaire l’aile nationaliste de son gouvernement qui refuse tout dialogue avec les Palestiniens. Profitant des préalables imposés par les Palestiniens, il multiplie les constructions de logements dans les territoires dans une sorte de réponse du berger à la bergère. Chaque obstacle ou geste palestinien est suivi de mesures de représailles politiques.

Le 28 novembre 2011, il décide la légalisation de la construction de plus de 100 unités de logements à Shilo, au centre de la Cisjordanie, à l’est de la ligne verte. Le 12 décembre, le gouvernement a approuvé la construction de 40 logements et d'une ferme dans deux nouveaux quartiers dans l’implantation d'Efrat, près de la ville de Bethléem. Enfin, un appel d’offre a été lancé le 19 décembre en vue de la construction de 1 028 nouveaux logements à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Ces atermoiements réjouissent la droite israélienne qui exploite à son profit le blocage du processus de paix tandis que l’opposition reste inaudible parce que divisée et laminée. Les religieux orthodoxes multiplient les affronts à un gouvernement qui se complait dans l’inaction lui permettant de maintenir une coalition de bric et de broc qui lui assure une majorité à la Knesset. Tsipi Livni, chef de l’opposition, a plusieurs fois attiré l’attention de ses compatriotes sur le danger d’une situation figée qui peut conduire au pire:

«La seule façon de maintenir le caractère juif de l'État d'Israël est de mettre en place deux Etats pour deux peuples.»

Elle a attaqué le Premier ministre qui, selon elle, a poursuivi deux objectifs; le premier était de survivre politiquement et il a réussi; le second consistait à «ne rien accomplir» et là encore ce fut un succès.

Restructuration politique en Israël

Mais l’approche des élections et les sondages publiés, qui démontrent que la majorité de droite s’étiole, pousse Benjamin Netanyahou à reprendre l’offensive politique. Un parti politique conduit par Yair Lapid, présentateur du Journal télévisé de la chaîne 2, pourrait devenir la seconde force à la Knesset s'il décidait de rejoindre la politique. C’est un homme qui dispose d’un grand capital de charisme non seulement auprès des Israéliens mais auprès des juifs dans le monde, impressionnés par sa profession de foi «je suis sioniste». Son père, journaliste célèbre, avait réussi aux élections de 2003 à faire de son parti centriste, Shinouï ou changement, la deuxième force politique du pays avec en particulier un programme anti-orthodoxe. Mais le parti n’a pas survécu à sa mort. Les troubles récents suscités par les religieux pourraient lui attirer de nombreuses voix laïques qui s’inquiètent de la tournure des évènements et de la capacité de nuisance des barbus en Israël.

L’arrivée probable au sein de la gauche de deux personnalités du monde militaire, Meir Dagan, ancien général et ancien chef du Mossad et Gaby Eskanazy, ancien chef d’état-major ne garantit plus la victoire de Benjamin Netanyahou qui risque donc sa réélection. Alors le Premier ministre a décidé de prendre l’initiative tandis qu’on le soupçonnait de passivité politique volontaire. Accusé d’avoir les mains liées par ses partenaires religieux du Shass et par les nationalistes d’Avigdor Lieberman, il veut prouver qu’il reste le décideur de la coalition.

Propositions concrètes

Ainsi, le gouvernement israélien a transféré aux Palestiniens un document de 22 paragraphes indiquant ses conditions pour un règlement définitif, lors de la reprise des négociations, selon le journal Al Quds Al Arabi qui rapporte les déclarations d'un proche conseiller de Mahmoud Abbas, Nimar Hamed. Ce serait la première fois qu’un document écrit, précisant la position israélienne, peut servir de base de discussion.

Selon ce projet, Israël est opposé, par principe, à toute évacuation de Jérusalem-est et des localités juives de Cisjordanie et au retour des réfugiés palestiniens. Israël exigerait également le maintien de Tsahal le long du Jourdain et un engagement des Palestiniens à ne pas contracter d'alliance avec des pays ennemis d'Israël. Nimar Hamed a déclaré que la direction palestinienne étudiera le document et que Saëb Erekat en discutera, le 13 janvier, à Amman, avec l'émissaire spécial israélien, Yitshak Molcho, lors de leur prochaine rencontre.

L’approche des élections américaine et israélienne semble modifier les cartes au Proche-Orient et reporter sur la partie palestinienne la responsabilité de l’évolution de la négociation. Mais la marge de manoeuvre de Mahmoud Abbas est presque nulle.

Jacques Benillouche

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Journaliste
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