Monde

Rick Santorum, le candidat du coeur des républicains

John Dickerson, mis à jour le 04.01.2012 à 18 h 53

En arrivant à égalité avec Mitt Romney au caucus de l’Iowa, l’ultraconservateur Rick Santorum est le grand vainqueur de cette première primaire. Reste à savoir si ce succès se répétera.

Rick Santorum sert sa femme dans ses bras après l'annonce des résultats du caucus de l'Iowa, le 3 janvier 2011. REUTERS/John Gress

Rick Santorum sert sa femme dans ses bras après l'annonce des résultats du caucus de l'Iowa, le 3 janvier 2011. REUTERS/John Gress

La primaire républicaine de l’Iowa a été à la fois un match nul et une victoire. Les scores étaient si serrés que les étudiants en statistiques de l’université Iowa State vont probablement voir le sujet tomber à leur examen final. Mitt Romney et Rick Santorum ont terminé ex-æquo avec 25% chacun (avec huit voix d'avance pour le gouverneur du Massachusetts), talonnés par Ron Paul qui marque 21%.

En revanche, lorsqu’on mesure les réponses à la question fondamentale de la campagne républicaine: allez-vous voter pour Romney, qui a toutes les chances d’être élu, ou pour le candidat qui parle à votre cœur —soit Santorum ou Paul— le résultat est écrasant: 46-25 en faveur du cœur au détriment de la raison. Les sondages effectués à l’entrée des bureaux de vote ont révélé que parmi les électeurs qui souhaitaient un vrai conservateur, Santorum remportait 36% des suffrages et Romney juste 1% (vous avez bien lu).

Si les deux premiers candidats sont arrivés au coude à coude, Santorum est le grand vainqueur. Il y a quelques semaines, de petits malins pensaient que ce mardi soir, il ferait un discours devant une salle de bal vide ornée de tristes ballons solitaires. En réalité, les participants à sa fête de victoire sont si nombreux que je dois presque taper ce texte avec des partisans sur les genoux. Santorum est désormais le seul candidat à la dernière mode à avoir gagné quelque chose, ce qui fait de lui une menace réelle pour Romney, en tout cas pour l’instant.

Une vague bien réelle

En 2008, Romney avait remporté 25% des suffrages lors du caucus de l’Iowa. Il a obtenu le même score cette fois-ci, alors que la situation le favorisait davantage. Les électeurs avaient déclaré que leur préoccupation première était l’amélioration de l’économie. Ce qui était précisément au centre de son discours —qui affirmait que son expérience dans les affaires lui procurait un discernement unique et la capacité de rétablir l’économie. Mais les sondages à l’entrée des isoloirs confirmaient la mollesse du soutien dont il bénéficiait. Quarante pour cent de ceux qui ont voté pour Romney ont émis des réserves à son endroit.

La vague Santorum est bien réelle. Si l’on se base sur les sondages à l’entrée des bureaux de vote, parmi ceux qui se sont décidés à la dernière minute, 33% ont choisi Santorum et 23% Romney. Ce qui est une ratification de l'argument final de Santorum: ne vous fixez pas. Santorum et Paul ont chacun puisé dans l’émotion dominante de la politique républicaine: la conviction plutôt que l’opportunité. Si Santorum ne s’est pas déjà comparé à Tim Tebow, cela ne devrait plus tarder.

Un candidat qui joue la carte de la proximité

En tout, Santorum a participé à près de 380 événements dans l’Iowa, ce qui lui a valu le respect des électeurs. «J’ai pensé à la manière dont il a abordé l’État et à son approche qui visait avant tout à établir des liens avec les habitants de l’Iowa», m’a confié Mary Maltby dans un mail après s’être décidée pour voter pour Santorum le jour du caucus.

«Il écoute, parle, discute des problèmes de notre pays et de nos vies. Je veux un dirigeant capable de se mêler aux gens qu’il/elle sert et d’écouter et de répondre aux besoins de la majorité des Américains. Rick Santorum a travaillé dur pour gagner les voix qu’il a obtenues.»

Mais il reste encore beaucoup de soirées à vivre. Santorum a remporté environ 30.000 voix, soit environ 10.000 de moins que Mike Huckabee en 2008. Si c’est une étincelle pour sa campagne, ce n’est pas encore un feu de joie.

Il ne lui reste plus qu’à espérer que les caisses vont se remplir. Dès ce mercredi, il doit se rendre au New Hampshire, État où Romney dispose d’une très bonne organisation et de beaucoup d’argent. L’organisation de Santorum va également devoir affronter de méchantes douleurs de croissance. Tout, de la mise en place d’événements aux conférences de presse, va devenir plus compliqué.

Une campagne qui va devenir de plus en plus sale

Et la campagne va devenir plus sale. Paul et les autres candidats, qui vont chercher à se remettre de leurs prestations faiblardes de l’Iowa, ne vont pas se gêner pour taper sur Santorum. Romney et ses alliés vont peut-être le mitrailler comme ils avaient accablé Newt Gingrich. Des millions de dollars de publicités avaient fait dégringoler ce dernier à la quatrième place avec juste 13% des voix. Gingrich, qui traite aujourd’hui Romney de menteur (faisant ainsi écho à Mike Huckabee qui disait de Romney en 2008 qu’il était «fondamentalement malhonnête») a tout l’air d’être capable de passer ses derniers jours de déclin à décharger toute son artillerie. Il a déjà acheté une page entière pour publier une publicité anti-Romney dans le conservateur Manchester Union Leader. Deux débats sont prévus ce week-end au cours desquels l’ambiance devrait être chaude.

L'inconnue évangélique

L’une des inconnues à l’orée du caucus était le nombre d’électeurs évangéliques qui allaient prendre part au scrutin. Ils sont venus dans les mêmes proportions que la dernière fois, puisque 58% des électeurs se sont déclarés évangéliques. Et ils ont contribué à la montée de Santorum. «Tout le monde parle de l’économie, explique Bill Yewell, d’Augden, mais Santorum le fait sous un autre angle. Si nous nous préoccupons des problèmes sociaux et de la famille, l’économie suivra.»

Comme pour confirmer sa position de candidat qui n’arrive pas à passionner la base républicaine, peu de temps avant que les dernières voix ne soient comptées, Ben Smith a annoncé que [l’ex-candidat aux présidentielles] John McCain soutiendrait Romney. McCain, lui aussi, avait eu du mal à galvaniser son camp.

Santorum n’a pas de quoi être surpris. En 2008, il avait soutenu Romney en expliquant qu’il devait faire tout son possible pour que McCain ne soit pas président. Aujourd’hui, McCain lui renvoie l’ascenseur.

John Dickerson

Traduit par Bérengère Viennot

John Dickerson
John Dickerson (83 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte