Présidentielle: une course à handicap
[J-109 • Le carnet de campagne de Jean-Marie Colombani] Nicolas Sarkozy dans une mauvaise position, François Hollande qui peine à marquer les esprits, François Bayrou en embuscade...
- Un cheval au Cheltenham Festival à Gloucestershire, en Grande-Bretagne, en mars 2007. REUTERS/Toby Melville -
Il n’y a rien de plus artificiel que la coupure entre la fin d’une année et le début de l’autre. Celle-ci n’échappe pas à la règle: on attend du neuf alors que les lignes de force n’ont que peu ou pas bougé. Ni le commentaire, qui est en janvier ce qu’il était en décembre, à savoir: à ma droite le capitaine courageux, celui qui tient bon la barre dans la tempête; à ma gauche, le candidat indécis, celui du «vide sidéral», selon l’expression de Claude Guéant.
Et la plupart des médias ont accepté cette grille de lecture très fidèle aux «éléments de langage» que Nicolas Sarkozy cherchait, et a réussi, à imposer, en sachant pertinemment que la gestion de la crise, qui est sa principale difficulté, est aussi son seul atout.
La réalité (au seuil de cette période qui, entre la mi-janvier et la mi-mars, va voir l’opinion considérer l’échéance présidentielle et ensuite se cristalliser) est toujours favorable à celui qui sera le candidat de la gauche, selon toute vraisemblance au deuxième tour, François Hollande. D’autant que l’on ne voit pas ce qui pourrait, dans l’intervalle, améliorer la position de Nicolas Sarkozy.
En effet, la théorie élyséenne –juste au demeurant– voulait que les Français s’abstiennent de toute réflexion politique au moment des fêtes. Il fallait donc les laisser tranquilles. Or cette période des fêtes a été celle de l’annonce, funeste pour le chef de l’Etat, du franchissement d’un seuil record de chômage.
S’il y a une information qui a surnagé pendant cette période, c’est bien celle que nous étions revenus dans les très hautes et tristes eaux du chômage de masse, alors même que, depuis plusieurs mois, l’emploi était devenu la première source d’inquiétude du pays.
L'emploi, la crise, l'Europe: les problèmes de Nicolas Sarkozy
Et notamment –chaque député dans chaque circonscription peut en témoigner–, celle qui touche à l’emploi des jeunes. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs acté lui-même ce constat d’échec en proposant, désormais, de «former» les chômeurs. Version soft du «on a tout essayé» de François Mitterrand.
Et même si la crise européenne a été, après l’intervention massive de la Banque centrale, quelque peu masquée, la réalité telle qu’elle est perçue n’en est pas moins une source d’angoisse supplémentaire. Car, à l’inverse d’Angela Merkel, qui a pris soin, avant chaque sommet européen, de préciser aux Allemands qu’il ne s’agissait que d’une étape, qu’un sommet ne suffirait pas à tout régler, que la crise serait longue et demanderait beaucoup de patience, Nicolas Sarkozy a préféré la posture du quitte ou double, préparant les Français avant chaque sommet à l’idée qu’il s’agissait de celui de la dernière chance, et qu’il lui fallait, à cette occasion, vaincre ou périr.
Attitude contre-productive de la part du président français, car comme l’avait annoncé la chancelière, les réunions européennes et surtout bilatérales entre la France et l’Allemagne permettent sans doute à chaque fois d’avancer dans la bonne direction, mais ne sont pas de nature à stopper la crise. Il va donc falloir se préparer à d’autres sommets et notamment à celui du 31 mars.
Celui-là d’ailleurs pose un double problème. Celui de son contenu, puisqu’on devrait y accepter les modifications au traité souhaitées par Berlin et Paris; et surtout celui de son calendrier, car il interviendra à trois semaines du vote des Français.
On aura donc pour la première fois un sommet européen calé en fonction d’une échéance de politique intérieure –et quelle échéance!— et bien sûr, dans l’esprit de Nicolas Sarkozy, de nature à peser sur le choix du pays sur le thème: si vous ne m’approuvez pas, alors tout peut s’effondrer …
En tous les cas donc, qu’il s’agisse de la situation économique et sociale elle-même ou de la gestion de la crise qui impose un ajustement permanent de mesures qui ne sont pas de nature à rassurer l’opinion (la TVA sociale), rien ne joue en faveur de Nicolas Sarkozy.
Pourtant, ce dernier affiche une certaine satisfaction. Celle en effet d’avoir réussi à amener les médias sur son terrain: nous avons donc un capitaine à la barre et qui la tient fermement, contesté par un leader socialiste décrit comme hésitant, sans autorité et sans véritable programme.
Le programme de François Hollande est connu
Lors des vœux, Nicolas Sarkozy a d’ailleurs pratiquement livré sa feuille de route: agir pour conforter cette image du président qui fait front, et ce jusqu’au terme de son mandat, et pour l’avenir, proposer «un nouveau modèle de croissance» et «une nouvelle Europe».
Paradoxalement, on en sait plus sur ce que propose François Hollande, même si tout le monde fait mine du contraire. Car l’axe central de la campagne de François Hollande est déjà connu: il s’agit de la jeunesse auprès de laquelle il voudrait réhabiliter «le rêve français». Ce rêve que Nicolas Sarkozy, en 2007, voulait américaniser en accommodant dans le pays le modèle de la réussite individuelle.
Pour François Hollande, il s’agit de renouer le fil d’une histoire qui voulait que chaque génération soit capable de préparer pour la suivante une situation meilleure. «Les trois pactes» proposés par François Hollande sont déjà connus: de génération (le contrat de génération), éducatif et productif. De même que la réforme principale qui consistera à fondre l’impôt dans le revenu dans la CSG (excusez du peu…).
Mais dans le contexte actuel, marqué par l’incessante préparation d’artillerie organisée de façon très disciplinée par le camp Sarkozy, la question pour François Hollande sera de trouver le moyen de marquer les esprits. Ce qu’il n’a pas encore fait. En sachant qu’il a un avantage: celui du rapport des forces. Car le pays continue de favoriser celui qui permettra de tourner la page Sarkozy.
Deux handicaps
Il a aussi deux handicaps: l’utilisation du thème de la crise et la réalité objective de l’économie (qui sera plus dégradée encore à la fin du premier trimestre 2012) font que toute annonce sera décrétée déraisonnable. Une voie très étroite donc. En outre, sur le terrain des qualités nécessaires à l’exercice du pouvoir régalien, il sera toujours réputé inférieur au président en place. Parce que celui-ci exerce la plénitude de ces fonctions régaliennes et qu’il est le Président. Mais sera-ce vraiment un obstacle?
Au lendemain du premier tout de l’élection présidentielle de 1981, à la question de savoir qui avait le plus «l’étoffe d’un Président», plus de 60% des Français ont répondu Valéry Giscard d’Estaing, et moins de 30% François Mitterrand. Lequel, après avoir terminé deuxième du premier tour, avec un peu plus de 25% des suffrages, l’emportait avec près de 53% au deuxième tour.
De la même façon, la logique électorale voudrait que Nicolas Sarkozy continue de ressaisir l’électorat de la droite; tandis que François Hollande, dans le même temps, devrait redescendre dans une zone située entre le score de François Mitterrand (25%) et celui de Ségolène Royal (26%). On peut faire confiance à Nicolas Sarkozy pour orchestrer, de la meilleure façon, le moment où les courbes se croiseront. Cela lui suffira-t-il pour inverser une tendance qui lui reste, au second tour, très fortement défavorable?
Et Bayrou?
C’est ce que nous allons essayer de suivre au jour le jour, au gré des différents épisodes de la campagne. En ayant aussi en tête que, selon toute vraisemblance, l’arbitre de la compétition ne sera pas l’électorat de Marine Le Pen, mais celui de François Bayrou.
A peine déclaré, ce dernier s’est très vite installé à un niveau prometteur, sans que quiconque puisse indiquer s’il y a ou non un plafond pour l’électorat du centre. Car, à la différence de Marine Le Pen, François Bayrou est réputé présidentiable et donc il peut entrer à tout moment en compétition avec Nicolas Sarkozy comme avec François Hollande.
Sa cible manifeste est aujourd’hui le leader socialiste. Il est vrai que ce dernier a peu à lui offrir, et François Bayrou sait que, si Nicolas Sarkozy doit en passer par un accord avec lui pour se sauver, il paiera le prix le plus élevé, c’est-à-dire Matignon et la promesse d’un poste de Premier ministre. Voilà à peu près où nous en sommes au moment où la bataille s’engage. A demain…
Jean-Marie Colombani
Retrouvez ceux qui feront 2012 sur Wikipol.
Mis à jour le 04/01/2012 à 17h34



































Avec une crise non maîtrisée, un chômage inacceptable et aucune sortie immédiate en vue, aucun président sauf Zorro survivrait les prochaines élections. Et Sarko est au mieux un mini Zorro.
Reste alors le choix par défaut.
Tout d’abord le fantôme Bayrou qui sort des brumes chaque fois que les Français n’aiment pas les autres plats proposés. Avec ses 17% du passé en guise de faire valoir, ce monsieur dont l’ambition personnel est inégalée (sauf peut-être par Villepint), arrive sur scène comme un vieux comédien qui cherche désespérément son texte - et des amis dans l’assistance.
L’audience, qui est là parce que ce qu’offrent les autres spectacles est nul – et parce qu’il pleut dehors – est indulgente, en espérant mieux une autre fois.
Et puis il y a Hollande – le seul homme-orchestre capable d’agiter multiples instruments à la fois, sans maîtriser aucun, tout en se tirant une balle dans chaque pied. L’usine à gaz à perdre.
Sauf qu’il va gagner faute de mieux. Et la France ne perdra rien car de toute façon toutes les grandes décisions sont prises ailleurs – à Bruxelles, Beijing, et Washington.
Seul le Président par Défaut Hollande – l’homme qui a réussit l’exploit de guider le PS pendant toute une décennie, de défaite en défaite, sans qu’une seule bonne idée sort des rangs (rappelez-vous des Guignols !) – serait en mesure de gérer un tel challenge.
Vous ne vous rendez pas compte de la chance que vous avez.
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