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Décès d'Hugo Chavez: peut-on inoculer le cancer à quelqu'un?

Hugo Chavez lors d'une réunion avec le ministre des affaires étrangères brésilien, le 7 novembre 2011. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

Hugo Chavez lors d'une réunion avec le ministre des affaires étrangères brésilien, le 7 novembre 2011. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

En décembre 2011, le président Hugo Chavez, qui vient de décéder des suites d'un cancer à l'âge de 58 ans, s'était demandé si le gouvernement américain était responsable du cancer de cinq présidents et anciens présidents sud-américains. Est-ce possible?

Mardi 5 mars, le vice-prédisent vénézuélien Nicola Maduro a annoncé que le président Hugo Chavez était décédé des suites d'un cancer à l'âge de 58 ans à Caracas. Au pouvoir depuis 1999, Chavez avait su utiliser son cancer comme une arme politique au service de sa popularité. Slate.fr republie à cette occasion un article qui faisait suite à une déclaration de Chavez, dans laquelle il envisageait la possibilité que des espions américains aient inoculé le cancer à des présidents sud-américains.

Cinq présidents et anciens présidents sud-américains, dont le Vénézuélien Hugo Chavez, se sont récemment vu diagnostiquer un cancer. Mercredi 28 décembre, Chavez s'est demandé si des espions américains n'auraient pas pu inoculer la maladie à ces dirigeants en leur injectant ou en leur faisant avaler une substance quelconque. Le Département d’État a démenti le lendemain les insinuations de Chavez. Est-il possible d'inoculer le cancer à quelqu'un?

Pas à coup sûr. Il ne suffit pas d’injecter des cellules cancéreuses à une personne pour qu'elle tombe malade –les tissus anormaux doivent encore parvenir à se développer dans d'autres endroits de son corps. Si vous injectez des cellules cancéreuses vivantes à une personne, son système immunitaire va probablement les attaquer et détruire ces tissus étrangers.

Augmenter ses risques d’être malade

En théorie, des agents secrets pourraient inoculer le cancer à un président sud-américain gauchiste dont le système immunitaire est gravement affaibli. Ou ils pourraient aussi lui prélever des tissus, les exposer à un carcinogène puis les réintroduire dans son corps. En l'état actuel des connaissances de l'Explication, ces techniques n'ont jamais réussi à provoquer le cancer chez un humain.

Mais s'il est compliqué d'inoculer un cancer à son ennemi, il est sans doute possible d'augmenter ses risques de contracter la maladie. L'option la plus efficace reste la radiation. Les oncologues implantent des appareils de la taille d'une graine et émettant des radiations chez certains de leurs patients afin de combattre des cancers déjà déclarés.

On ne peut pas dire avec certitude dans quelle mesure ce genre d'appareil est capable d'augmenter les risques de cancer chez une personne en bonne santé, mais en laisser un d'un modèle à haute intensité dans son corps pendant des semaines ou des mois l'exposera à des doses significative de radiations. Cependant, la victime remarquera très probablement l'implant. Ils sont trop gros pour être injectés via une seringue normale et nécessitent le passage par un cathéter.

Contaminer des aliments

Une autre solution consiste à contaminer les aliments de votre victime par de fortes doses d'aflatoxines, liées au cancer du foie. Ou vous pouvez lui injecter bon nombre d'agents biologiques cancérigènes. L'Helicobacter pylori  contribue au développement de cancers gastriques et le papillomavirus humain peut causer des cancers du col de l'utérus, de l'anus, et autres.

Mais de telles tactiques ne vont pas probablement déclencher un cancer à court terme et il n'y a même aucune garantie qu'elles aient le moindre effet au final. Dans des pays où les habitants sont exposés à d'importants niveaux d'aflatoxines, comme en Chine et dans certaines régions de l'Afrique, moins d'une personne sur 1.000 développe un cancer du foie.

Des injections de cancer

La plupart des recherches portant sur l'inoculation du cancer à des humains remonte à plusieurs dizaines d'années. Dans les années 1950, le Dr. Chester Southam est devenu célèbre pour avoir injecté des cellules cancéreuses vivantes à des centaines de patients atteints du cancer ainsi qu'à des prisonniers en bonne santé.

Southam n'essayait pas de leur inoculer le cancer. Au contraire, il testait la réaction de leur système immunitaire et l'efficacité avec laquelle il allait rejeter ces cellules. Il était tellement persuadé que ses patients allaient chasser les envahisseurs qu'il ne jugea pas nécessaire de leur préciser ce qu'il leur faisait.

Ses injections ne furent apparemment responsables d'aucun cancer métastatique et les oncologues actuels estiment que l'expérience était très peu risquée pour les patients. (L'un d'eux montra les signes d'un cancer potentiellement invasif avant de mourir d'une autre maladie). Southam fut néanmoins sanctionné pour pratiques frauduleuses et l'histoire permit d'élaborer les procédures actuelles requérant le consentement éclairé des participants.

Les expériences de Southam furent abandonnées dans les années 1950, mais il ne fut pas le dernier médecin à injecter des cellules cancéreuses vivantes à un patient. En 2009, un médecin taïwanais fut accusé d'avoir implanté des cellules utérines cancéreuses chez des patients en bonne santé dans le cadre d'une arnaque à l'assurance. Si les compagnies d'assurance furent allégées de plus de 660.000$ [510.000€], aucune des victimes ne développa de cancer.

Aujourd'hui, les chercheurs respectueux de l'éthique médicale injectent des cellules cancéreuses vivantes à des animaux de laboratoire, comme des rats ou des souris. Dans la plupart des cas, les systèmes immunitaires de ces animaux sont altérés ou les rongeurs ont été génétiquement modifiés pour que les cellules mutantes se propagent rapidement dans leur organisme.

Brian Palmer

Traduit par Peggy Sastre

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