Sauvez la barre de défilement!
Pourquoi Apple, Google et Facebook éliminent-ils un pilier de l’interface utilisateur?
- Capture d'écran -
Lorsque j’ai remarqué que mon smartphone n’avait pas de barre de défilement, ça ne m’a fait ni chaud ni froid. Quand je lis un article sur un écran minuscule, je préfère que rien ne vienne empiéter sur le texte. Les concepteurs d’interface surnomment ces éléments (les cadres du système d’exploitation, les menus, les widgets) des «chromes».
Pour eux, un chrome est réussi si son absence se remarque. Sur l’iPhone et les téléphones à écran tactile en général, la barre de défilement (la barre verticale ou horizontale qui, sur un article, permet d’évaluer ce qu’il reste à lire) n’apparaît que lorsqu’on touche l’écran. Quand on relève le doigt, la barre disparaît, et elle ne me manque pas, en tout cas pas sur mon téléphone.
Favoriser l'esthétisme aux dépens de la facilité d'utilisation?
Mais ensuite, les barres de défilement de mon Mac ont disparu. Et j’ai remarqué qu’elles se volatilisaient partout sur la toile. C’est une tendance exaspérante. Quelle mouche a donc piqué les concepteurs d’interface? À croire que la nouvelle mode est de sacrifier le fonctionnel à l’esthétique (une sorte d’équivalent technologique des talons de 25 cm de Lady Gaga). Alors, utilisateurs de tous les pays, unissez-vous et criez: «Assez!»
Je comprends la tentation. De manière générale, les ascenseurs sont moches. Même la barre fine et arrondie qu’Apple a créée pour l’iPhone n’est pas des plus jolies. Mais aussi disgracieuses qu’elles soient, les barres de défilement ont une raison d’être sur un écran encombré: d’un coup d’œil, on sait où on en est dans une liste ou un document.
Fonction utile de la barre
De plus, les barres étant généralement proportionnelles à la taille du document, elles permettent d’évaluer la longueur du texte qui n’apparaît pas à l’écran (plus la barre est courte, plus le document est long). Et quand on ne voit pas de barre (ou qu’elle est peu visible), cela signifie que tout tient à l’écran.
Ces informations peuvent paraître accessoires, mais on se rend compte de leur utilité dès que la barre vient à manquer. Car alors, on perd tous ses repères: reste-t-il des morceaux sur la playlist d’iTunes? Y a-t-il des mises à jour de statuts Facebook que je ne vois pas? Ce dossier n’a l’air de contenir que trois fichiers, il y a erreur, non? À l’ère des barres intermittentes, la seule façon d’avoir la réponse est de déplacer son curseur. Et c’est super pénible.
Si cette tendance vous insupporte (c’est mon cas), prenez-vous-en à Apple. Quand vous téléchargerez Lion, le dernier système d’exploitation Mac, vous verrez que la plupart des fenêtres (du Finder à iTunes aux pages web de Safari) n’ont pas de barre de défilement. Elles n’apparaissent que lorsqu’on place le curseur sur une fenêtre et qu’on la fait défiler (avec la mollette de la souris ou le trackpad).
Lion a copié la barre de défilement de l’iOS des iPhones. Avant, les ascenseurs des Mac étaient gros et bleus. Aujourd’hui, ils sont fins, gris et, surtout, il leur manque les flèches qui permettaient de faire défiler la page d’un seul clic. Par ailleurs, ils n’apparaissent que furtivement. Dès qu’on arrête le défilement, les barres redisparaissent.
Possible de rétablir les anciennes barre pour les accros
La première fois qu’on voit ça, on se dit: «Apple a laissé passer un bug horrible!». En réalité, ces «barres de défilement superposées» sont un élément-clé du nouvel OS. Sauf qu’on ne nous explique pas en quoi ces barres éphémères sont mieux que les anciennes. Les critiques sont d’ailleurs catastrophiques.
Heureusement, il est possible de rétablir les bonnes vieilles barres de défilement. (Pendant que vous y êtes, désactivez aussi l’infâme «défilement naturel».) Mais qui sait combien de temps Apple aura pitié des accros à la barre de défilement? Dans la prochaine version de l’OS, elle disparaîtra peut-être pour de bon.
Au début, je me suis dit qu’Apple retombait dans ses vieux travers en favorisant l’esthétisme aux dépends de la facilité d’utilisation (comme lorsque Steve Jobs a banni les flèches du clavier du premier Macintosh). Je me disais qu’aucun designer d’interface ne copierait les barres de défilement de Lion.
Mais alors que je zonais sur Facebook il y a quelques semaines, j’ai remarqué une chose étrange: dans sa dernière version, le réseau social a ajouté deux listes à droite de l’écran: le «télétexte», qui m’informe en temps réel des actualités de mon réseau, et la liste de mes amis disponibles pour discuter. Aucune de ces listes n’a d’ascenseur. Comme dans Lion, ils n’apparaissent que lorsqu’on passe la souris dessus.
Propagation du «virus» de la barre intermittente
Bon, mais peut-être ne s’agit-il que d’Apple et Facebook? Ce ne serait pas si grave. Que nenni! Début novembre, Google a dévoilé la nouvelle interface de Gmail. Là encore, les ascenseurs ont morflé. Déjà, la barre principale de Gmail change selon les navigateurs: dans certains, c’est une barre gris clair aux coins carrés différente de celles de votre OS. La raison qui a poussé Google à dessiner sa propre barre de défilement m’échappe. Pourquoi ne pas utiliser celles de l’OS? Et s’ils voulaient créer leur propre barre, ils n’auraient pas pu trouver mieux?
Heureusement, la barre principale de Gmail ne disparaît pas lorsqu’on relâche la souris. Mais quand j’ai regardé à gauche de mon écran, j’ai remarqué qu’il n’y avait pas de barre à la liste de contacts du chat. J’ai passé ma souris dessus et, comme de bien entendu, une barre est apparue… avant de redisparaître.
C’est là que j’ai paniqué. Lion, Facebook, Gmail: le virus de la barre intermittente avait l’air de se propager hors de tout contrôle. Après quelques recherches, j’ai trouvé un cas supplémentaire, et c’était le plus grave, le plus effrayant de tous.
Un prototype de Windows 8, qui sera mis sur le marché l’année prochaine, dévoile que le nouvel OS pourrait cacher les barres de défilement par endroits. Si Microsoft s’empare de cette tendance, les barres de défilement sont condamnées, et des centaines de millions de PC du monde entier verront leurs barres de défilement vaciller.
«Par pitié, ne la supprimez pas prématurément»
Ne vous laissez pas faire! En tant que simple chroniqueur high-tech, je n’ai aucun moyen de faire revenir la barre de défilement, mais je vous en conjure, vous, utilisateurs du monde entier, défendez votre droit de savoir où vous en êtes dans un document.
La barre cachée a véritablement amélioré l’interface des téléphones portables mais, de la même manière que l’écran tactile n’est pas adapté à tous les appareils, la barre de défilement éphémère n’a aucun sens sur un écran plus grand, surtout qu’il est possible de créer des barres aussi agréables à regarder qu’à utiliser.
La dernière version de l’OS libre Ubuntu possède des barres de défilement très fines qui grossissent quand on passe la souris dessus. Quand le pointeur n’est pas dans une fenêtre, la barre fine reste à l’écran, pour donner une idée de ce qu’on ne voit pas.
C’est une solution simple et élégante, qui prouve que la barre de défilement peut s’adapter à la modernité. Apple, Facebook, Google et Microsoft devraient en prendre de la graine. La barre de défilement a beaucoup à offrir. Par pitié, ne la supprimez pas prématurément.
Farhad Manjoo
Traduit par Florence Curet
Mis à jour le 04/01/2012 à 5h41














































Pour ce qui est de la barre de défilement, je dois avouer que je me satisfait bien de ces barres qui se masquent automatiquement. Question de goût aussi.
Pour conclure, on ne peut pas plaire à tout le monde, ni décider de ce qui est mieux pour les autres. Ni vous, ni Apple.
A partir du moment ou le contenu est conçu de manière à suggérer qu'il y a des informations à consulter sous la zone visible, il n'y a pas besoin de barre de defilement pour que l'utilisateur comprenne qu'il peut scroller, il le fera de manière intuitive.
D'un point de vue personnel ce changement me convient bien, et je n'ai jamais ressenti la moindre limitation à l'utilisation.
Après, il en faut pour tous les gouts, c'est vrai, mais il ne faut pas non plus être dans une posture de résistance au changement à tout prix non plus..
Ces deux options sont désactivables, c'est l'essentiel non ?
Pour les fenêtres d'explorateur de fichiers pas encore, mais a l'heure ou le web devient beaucoup plus qu'une simple fenêtre sur du contenu et ou la barrière entre local et web s'efface les navigateurs doivent se faire oublier un maximum et pour ca je crains qu'il n'aillent vers encore plus de légèreté.
Ce n'est pas pour me déplaire du tout, je suis plutôt pour. C'est bizarre au début mais on s'habitue vite et je trouve justement que ne pas connaître la longueur d'une page web a l'avance peut parfois s'avérer utile. Les trop long articles me décourageait rien qu'a voir l’ascenseur souvent. Maintenant je prête plus attention au texte sans me dire tout de suite tl;dr
Le nouveau fonctionnement des barres de défilement, le sens de scroll ou le défilement inertiel ont une raison d'être. Ils sont adaptés au nouveau paradigme que représente l'interface tactile.
Le dernier système d'Apple auquel vous faites référence dans votre article n'est plus conçu pour les souris. C'est un fait. Il est conçu pour être utilisé avec une interface tactile. Et comme vous semblez le découvrir, il en sera progressivement de même pour windows.
http://www.apple.com/fr/macosx/whats-new/gestures.html http://www.apple.com/fr/magictrackpad/
A partir du moment ou le défilement se fait "naturellement", l'utilisateur n'a plus besoin des vieux "ascenseurs" partout en permanence. Qu'ils apparaissent pour renseigner sur la taille du document est amplement suffisant.
Libre à vous de mener le combat pour la survie de la souris face au tactile... Mais ce sera dur...
Pour ce qui est de la présence de la barre de défilement, je vais tout simplement donner mon avis, sans forcément contredire le vôtre, car pour le coup, plus qu'une histoire de goût, c'est une question d'utilisation. Je ne suis ni journaliste ni blogueur, mais comme vous, j'écris beaucoup. Cependant, la disparition de la barre de défilement m'a permis, plus encore qu'avant, de me concentrer sur le texte. Utilisateur de OS X Lion, le plein écran "total" est encore mieux pour cela. Je ne vous cache pas qu'il m'a été désagréable, au début, de devoir faire "osciller" la hauteur de ma page afin de voir apparaître la barre de défilement et donc de voir la longueur de la page/du texte, et de savoir où j'en suis dedans. Mais comme toute habitude, on la prend vite, et après tout, elle est loin d'être une réelle perte de temps, puisqu'il m'est automatique maintenant de vérifier tout cela avec la barre de défilement éphémère sans même la fixer de mes yeux ; étant sur un écran de 13,3", je reste concentré sur le texte, et l'arrivée, quand je le souhaite, de la barre de défilement, fait que je vois où j'en suis et quelle est la longueur du document d'une manière "subliminale". Très pratique, à mon goût !
Je vous comprends, donc, mais je ne suis pas d'accord... ! ;-)