France

«Un réel engrenage de la violence depuis deux ans»

Slate.fr, mis à jour le 06.10.2010 à 17 h 24

Par Henri Martini, secrétaire général de l'UNSA Police

Nicolas Sarkozy a été élu à la présidence de la République le 6 mai 2007. A cette occasion, Slate.fr a demandé à des économistes, syndicalistes, politologues, journalistes, blogueurs et représentants de la société civile de dresser le bilan des deux premières années du chef de l'Etat.

Après les points de vue de Pascal Rogard, président de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques, de Christophe Regnard, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, modérés), voici la contribution d'Henri Martini, secrétaire général de l'UNSA Police.

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Il n'y a pas vraiment de moment fort dans l'action du président depuis son élection, car elle s'inscrit dans la continuité de l'action menée depuis 2002 par Sarkozy au ministère de l'Intérieur. En quelque sorte, même si notre ministre de tutelle est Michèle Alliot-Marie, il est toujours aux commandes du ministère de l'Intérieur et reste très attaché aux affaires de la police.

Le premier fait marquant de la présidence de Sarkozy est l'intégration de la gendarmerie dans le ministère de l'Intérieur. Cette réforme, qui va changer le visage de la police, suscite beaucoup d'interrogations chez les policiers, et nous émettons de fortes réserves dessus. Il y a le risque d'une concurrence contreproductive entre la gendarmerie et la police, et que le rôle de chacun empiète sur celui de l'autre. Nous sommes des forces complémentaires, mais il faut faire attention à ne pas créer de doublons. C'est pourquoi nous demandons un statut unique et civil pour la gendarmerie et la police.

Ce projet a été ficelé pour n'offusquer personne, surtout politiquement. Les politiques ne sont pas allés jusqu'au bout de leur idée avec cette réforme, à cause des pressions diverses qui se sont exercées sur ce sujet sensible.

Le deuxième fait marquant est l'annonce de la baisse des effectifs de la police. Cela a été un véritable coup de massue pour nous, nous ne pensions pas être touchés par une telle mesure. Les policiers sont de plus en plus sollicités, on nous demande de faire toujours plus, mais avec de moins en moins de moyens. En 2008, nous avons été au cœur d'un mouvement de protestation contre la réduction des effectifs. Les réformes actuelles tendent vers moins de policiers et plus de technologies. Mais attention, la sécurité a besoin de policiers, les caméras de vidéosurveillance ne peuvent pas faire seules le travail.

La troisième grande tendance est que le métier de policier est de plus en plus difficile: notre relation avec la population s'est détériorée depuis deux ans. Sarkozy a instauré une culture du résultat, une politique du chiffre et des quotas qui engendre des pressions hiérarchiques et de l'incompréhension de la part de la population. Les policiers le vivent assez mal. L'augmentation de la violence envers la police a été illustrée à Strasbourg et à Bastia.

Aujourd'hui, pratiquement toutes les manifestations se terminent par des violences contre la police et on n'hésite plus à nous tirer dessus. Nous constatons un réel engrenage de la violence depuis deux ans. Est-ce la faute de Sarkozy? Je ne sais pas, mais la situation s'est clairement dégradée. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a une véritable obsession sécuritaire sous cette présidence.

Henri Martini

Image de une: Commissariat de Gagny en région parisienne. Philippe Wojazer / Reuters

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