Life

C'est ma fille, pas ma femme!

Hugues Serraf, mis à jour le 03.01.2012 à 2 h 41

Moi, je me fiche éperdument du qu'en-dira-t-on. Je me demande seulement si les gens sont au courant...

Des ours polaires REUTERS/Alex Grimm

Des ours polaires REUTERS/Alex Grimm

Les «cougars» –ces femmes mûres se baladant au bras d'un éphèbe qui pourrait être leur fils– ont l'air d'être à la mode. Mais parce que je ne me suis pas penché assez longuement sur le phénomène pour en saisir tous les ressorts, j'ignore encore si elles passent pour pathétiques ou si, bien au contraire, elles sont célébrées comme autant d'amazones fières et décomplexées…

Intuitivement, je privilégie la première hypothèse: une vieille avec un jeune –et le feuilleton autour du couple Bettencourt-Banier de l’an dernier n'arrange guère les choses–, ça a forcément quelque chose d'un peu dérangeant. Peut-être moins depuis que Michel Onfray a balancé Freud, Œdipe et Jocaste à la poubelle, mais tout de même!

Notez que si une vieille avec un jeune peut choquer, le contraire n'est pas plus ragoûtant. Franchement, le vieux beau en blazer de yachting arpentant les quais tropéziens une bimbo en remorque, ça n'est pas exactement à la gloire de la gent masculine.

Je dis ça parce que, moi-même, j'ai de plus en plus de difficulté à gérer le regard des gens sur le duo anachronique que je forme avec ma fille aînée lorsque je me promène avec elle.

Pour un peu, je me confectionnerais un gros badge en couleur proclamant «C'est ma fille!» que je me collerais sur le paletot histoire d'éviter les malentendus…

Bon, des malentendus, il ne doit pas y en avoir tant que ça et j'imagine que les gens ont autre chose à faire, lorsqu'ils nous voient passer dans les rues –un quadra chauve et une chevelue de dix-huit printemps–, que d'échafauder des théories farfelues sur la nature de nos relations.

La quête de l'approbation

«Et quand bien même ils en échafauderaient, des théories farfelues, qu'est-ce que ça peut bien faire?», lâcheront les esprits libres qui se moquent royalement du regard de l'autre (ou assurent s'en moquer parce que, lorsqu'ils sont aperçus en ville avec leur fille à eux, elle est généralement sanglée dans une poussette Mac Laren).

Eh bien, ça fait quelque chose. C'est comme ça. On n'y peut rien. On a beau être, comme c'est mon cas, un rebelle dans l'âme qui se fiche suffisamment des conventions bourgeoises pour commander du vin rouge avec du poisson au restaurant et ne pas refuser le principe d'une réforme des retraites, l'homme est un animal grégaire qui cherche constamment l'approbation de ses semblables.

Encore que, cette approbation, le vieux beau accompagné d'une jeunette la suscite aussi parfois, mais ça n'est pas forcément pour le réjouir. Et le clin d’œil complice de votre contemporain croisé chez Zara pendant que vous attendez nerveusement que votre rejetonne ait fini de choisir la récompense d'un bon bulletin scolaire, non vous ne le recevez absolument pas comme un hommage à votre virilité...

D'ailleurs, la première fois qu'un truc pareil m'est arrivé, ma fille n'avait que 13 ans et nous étions dans la salle d'attente de son dentiste. Débarque alors un type que je connaissais vaguement du boulot et qui, l'observant entrer dans le cabinet de l'arracheur de dents, me félicite pour ma bonne fortune. Oui, me félicite!

«C'est ma fille et elle aura 14 ans dans trois mois, je lâche, un poil décontenancé, mon Gala me glissant presque des doigts. Tu sors avec des enfants, toi?» C'est un peu loin maintenant et je ne sais plus ce qu'il avait répondu. Mais c'était un commercial et j'imagine qu'il avait confirmé avec enthousiasme: les commerciaux, ils ont souvent un blazer de yachting dans leur penderie pour les vacances à Saint-Tropez.

En tout cas, depuis quelque temps, je fais tellement d'efforts pour préciser à des gens qui ne me demandent rien que je suis un bon père de famille honorablement connu dans son quartier qu'ils doivent en devenir suspicieux.

Tiens, cet été chez un loueur de bagnoles, à l'employée qui me faisait remplir son formulaire pendant que ma fille patientait dans un coin en tapotant sur son iPhone, je me suis débrouillé pour expliquer que la petite nana qui était avec moi se trouvait être la sœur de mon autre fille, qui n'était pas là parce qu'elle était restée avec sa mère, vous comprenez…

Mais non, la bonne femme de chez Europcar ne comprenait pas. Elle s'en foutait. Elle voulait juste savoir si je prenais l'option rachat de franchise et si je savais où se trouvait le parking. Enfin, ça c'est ce qu'elle prétendait. D'abord parce que c'était une commerciale et que ces gens-là n'ont aucune moralité, mais surtout parce qu'elle avait tout d’une cougar, cette quadra maquillée comme une auto de location volée et habillée ultra-sexy. Vraiment, ces vieilles bonnes femmes n'ont plus honte de rien! Moi, mon credo, c'est vivre et laisser vivre, mais là, tout de même...

Hugues Serraf

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