Monde

Londres redevient Impériale

Hugues Serraf, mis à jour le 04.01.2012 à 11 h 41

La capitale britannique élimine ses vilains bus articulés et introduit une nouvelle version de son «double decker» historique dessinée par Norman Foster et Aston Martin. C’est beau et chic mais ça coûte un bras.

Le nouveau bus à impériale à Trafalgar Square en décembre 2011. REUTERS/Luke MacGregor

Le nouveau bus à impériale à Trafalgar Square en décembre 2011. REUTERS/Luke MacGregor

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Voyons voir: il y avait déjà une New Mini, une New Beetle, une nova Fiat Cinquecento et même, au moins pour ceux qui sont dotés d’un minimum d’imagination, une nouvelle 2 CV (la Citroën C3)… Mais voici que la nostalgie régressive gagne les constructeurs d’autobus et qu’une réinterprétation «moderne» du Routemaster fait son apparition dans les rues de Londres.

Ce fameux «double decker» (bus à impériale), aussi emblématique de l’identité britannique que les «blacks cabs», les cabines téléphoniques vermillons et le bonnet en poil d’ours des malheureux qui font le pied de grue devant Buckingham Palace, n’était en effet plus en service que sur quelques lignes fréquentées par les touristes.

Atteinte par la limite d’âge (les derniers modèles datent de 1968) et condamnée par la prise en compte des besoins des handicapés en fauteuil et des bébés en poussette, cette espèce d’immeuble sur pneus était de toute manière tellement obsolète qu’il n’existait plus assez d’unités réformées à cannibaliser pour rafistoler les ultimes survivants…

Dans sa version 2012, le Routemaster préserve l’essentiel: il est toujours rouge pompier et son petit escalier en colimaçon n’a pas été remplacé par un ascenseur (il y en a même un second côté chauffeur). Mais surtout, la plateforme arrière permettant aux risque-tout de monter ou de descendre entre les arrêts ne semble pas avoir fait les frais du principe de précaution.

C’est heureux, parce que se casser la figure en sautant d’un bus en marche peut aussi être l’occasion de visiter les urgences d’un hosto londonien et de terminer harmonieusement ce voyage dans l’Angleterre du siècle écoulé.

Prochain arrêt, Auckland (Nouvelle-Zélande)…

A l’inverse des Parisiens, les Londoniens ne s’étaient d’ailleurs jamais vraiment habitués aux bus articulés standards introduits il y a une dizaine d’années et qui seront progressivement éliminés puis revendus à la Nouvelle-Zélande –où l’on conduit du même côté de la route et où l’on ne voit sans doute pas assez de touristes pour privilégier le pittoresque sur le pratique.

Mais le Routemaster new look est-il esthétiquement à la hauteur, au sens où les new ceci ou cela de l’univers de la bagnole apportent effectivement une relecture intéressante du design de leurs ancêtres? A priori oui. Dessiné en partenariat par les bureaux d’étude de l’architecte Norman Foster (auteur du viaduc de Millau) et d’Aston Martin (auteur de l’autobus de James Bond), il a certainement plus de gueule que les Agora passe-partout conçus par Renault qui forment l’essentiel de la flotte de la RATP. Et il est même largement plus écolo puisqu’il est équipé d’un moteur hybride diesel/électrique…

Bah, qu’importe: si les Anglais nous humilient incontestablement avec leurs autobus rock’n’roll, nous continuons de les laisser sur place question portefeuille. Avec l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs 2012, les transports publics londoniens sont très exactement 3,5 fois plus dispendieux que leurs équivalents parisiens (le «pass» annuel multizones le plus cher coûte la bagatelle de 3.900 euros chez les voisins du dessus, contre 1.129 euros pour l’équivalent parisien et avant contribution de l’employeur). Voyager chic, c’est pas donné et Boris Johnson, Delanoë du cru et porteur de ce projet depuis son arrivée aux commandes en 2008, pourrait bien finir par en faire les frais politiquement.

Hugues Serraf

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