Economie

Pourquoi le plan d'aide de l'Union européenne ne mènera à rien

Barry Eichengreen, mis à jour le 02.01.2012 à 7 h 10

Bon bouche-trou, il sera insignifiant tant que les pays européens en crise ne parviennent pas à relancer leur croissance.

La chancelière allemande Angela Merkel, le président français Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon et le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso sur le perron de l'Elysée le 12 octobre 2008. REUTERS/Philippe Wojazer

La chancelière allemande Angela Merkel, le président français Nicolas Sarkozy, le Premier ministre François Fillon et le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso sur le perron de l'Elysée le 12 octobre 2008. REUTERS/Philippe Wojazer

Au sommet européen qui s’est tenu à Bruxelles au début du mois de décembre, la tâche des chefs d’Etat consistait en quelque sorte à construire un pont. Il va falloir du temps pour opérer les ajustements budgétaires et structurels nécessaires pour remettre sur pied des économies européennes surendettées. Les députés italiens mettront du temps pour se mettre d’accord sur de nouveaux impôts; ensuite, les prélèvements se mettront en place petit à petit. L’éradication de la fraude fiscale et la privatisation des entreprises publiques en Grèce représentent un travail de longue haleine. Et c’est sur le long terme que nous verrons si les réformes en faveur de la croissance auront été efficaces.

D’ici là, les gouvernements des pays européens les plus en difficulté (à la périphérie de l’Union) ne pourront pas fonctionner sans recevoir d’aide officielle. L’issue politique étant incertaine, les investisseurs préfèrent temporiser et remettre à plus tard l’achat d’obligations. Ils se méfient des bonnes intentions; ils attendent de voir des bons résultats.

De la crise à la croissance

Les pays en crise doivent donc passer du point A au point B. Pour ce faire, ils comptent sur une conjonction d’aides de la Banque centrale européenne (BCE), du Fonds européen de stabilité financière (FESF), du mécanisme européen de stabilité (MES) et du Fonds monétaire international (FMI). Ces institutions financeront leurs gouvernements respectifs, le temps que les réformes requises soient mises en œuvre.

Dans les négociations du sommet de Bruxelles, il y avait la question sous-jacente et implicite des conditions à remplir pour percevoir des aides: la Commission européenne, la BCE et le FMI négocieraient-ils les conditions d’obtention d’un prêt? Les Etats-membres devront bien sûr engager des réformes visant à renforcer leur discipline budgétaire et, afin de mettre en confiance les pays créditeurs qui ouvriront leur porte-monnaie, la Commission européenne ainsi que la Cour de justice de l’Union européenne se sont vues conférer un rôle crucial de supervision de la conduite des Etats- membres sur ce point.

De nombreux détails restent à définir

Nous n’en sommes pas encore aux travaux de finition – et c’est peu dire –, toujours est-il que les grandes lignes du «pont» commencent à prendre forme. Les règles fiscales seront renforcées et appliquées conformément à des législations nationales ou au titre de protocoles à des accords existants. Ensuite, viendront des réformes en matière de consolidation et d’autres réformes structurelles. Et si les gouvernements jouent le jeu, la BCE et ses partenaires apporteront, pendant un certain temps, les fonds nécessaires pour combler les déficits.

Le danger, c’est que l’Union européenne et la communauté internationale bâtissent un pont qui ne mène nulle part. De toute évidence, la consolidation budgétaire est indispensable et les réformes structurelles sont bénéfiques. Une aide financière d’urgence est nécessaire pour gagner du temps. Mais aucune de ces mesures ne garantit la reprise de la croissance. Or, sans croissance, les pays en crise de la zone euro ne sont pas près de passer de l’autre côté du pont.

C’est un cercle vicieux: en l’absence de croissance économique, les progrès en matière d’équilibre budgétaire seront plus lents que prévus. En cas de stagnation économique, fatalement, les recettes stagneront aussi. Sans croissance, les populations cesseront peu à peu de soutenir les politiques d’austérité. Et si les gouvernements favorables aux réformes sont chassés du pouvoir, nul ne peut prédire la nature des régimes qui leur succèderont.

En plus de relancer sa croissance, l’Europe devra procéder à des rééquilibrages internes. Si le compte courant de la zone euro, prise dans son ensemble, est à peu près équilibré, les pays européens du Sud présentent des déficits budgétaires chroniques par rapport à leurs voisins du Nord. Dans certains cas, comme celui du Portugal, c’est le secteur privé qui consommait plus qu’il ne produisait, et qui s’est par conséquent lourdement endetté.

D’autres Etats ont connu la situation inverse, comme la Grèce, où l’endettement a essentiellement frappé le secteur public. Dans les deux cas, ces dettes ont fini par atteindre des niveaux insoutenables, d’où la nécessité d’un rééquilibrage. Cela requerra non seulement une croissance plus lente de la demande et des dépenses dans le sud de l’Europe mais aussi, en concomitance, une croissance plus rapide de la demande et des dépenses dans le nord de l’UE. Si dorénavant les pays du sud de l’Europe produisent plus qu’ils ne consomment, il faudra que d’autres pays fassent l’inverse.

Pour le rééquilibrage global de l’Europe

En théorie, la solution est simple. Premièrement, il faut mettre en œuvre un plan de relance dans le nord de l’Union européenne. Si les dirigeants allemands répugnent à transférer des ressources aux pays du Sud dépensiers, alors pourquoi ne pas les transférer aux ménages de leur propre pays en diminuant les impôts?

Si l’Union européenne effectue un rééquilibrage interne, il est indispensable de relancer la consommation dans le nord de l’UE. Deuxièmement, les taux des investissements fixes en Allemagne sont excessivement faibles. Un crédit d’impôt à l’investissement permettrait d’atténuer cette faiblesse économique tout en stimulant la demande de produits commercialisés. Les caractéristiques démographiques de l’Allemagne montrent qu’une consolidation budgétaire est nécessaire à un moment donné. Mais pas à l’heure actuelle, où la demande en Europe s’effondre.

Une demande plus forte venant du reste du monde peut également contribuer au rééquilibrage budgétaire de l’Europe du sud. Un euro plus faible qui fixe le prix des marchandises sur les marchés internationaux apaiserait par ailleurs la situation des pays en crise, puisqu’ils pourraient exporter facilement. Bien que la récente baisse du taux directeur de la BCE soit un pas dans la bonne direction, d’autres réductions de taux d’intérêt ainsi qu’un assouplissement quantitatif à l’américaine ayant pour effet de dévaluer l’euro sur le marché des devises seront la condition sine qua non d’une reprise de la croissance européenne.

Le plan d’aide conclu provisoirement lors du dernier sommet des chefs d’Etat de l’UE – cette espèce de «pont financier» – laisse un peu de temps pour mettre en place une solution durable. Mais un pont n’a de sens que s’il y a quelque chose de l’autre côté.

Barry Eichengreen

Traduit par Micha Cziffra

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