FrancePresidentielle

Bonne année, monsieur le Présid... monsieur le candidat!

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 30.12.2011 à 16 h 19

Quels vœux du 31 décembre prononcer quand on est encore Président et presque candidat à sa succession? Les conseils à Sarkozy de De Gaulle, Giscard, Mitterrand et Chirac.

Nicolas Sarkozy lors de ses voeux du 31 décembre 2010. REUTERS/France Télévisions.

Nicolas Sarkozy lors de ses voeux du 31 décembre 2010. REUTERS/France Télévisions.

Il va présenter ses vœux en espérant avoir une autre occasion de le faire: samedi à 20 heures, Nicolas Sarkozy deviendra le cinquième président de la République à s’adresser au pays un 31 décembre quelques semaines ou mois avant de solliciter ses suffrages. Un rituel suivi par plus de 11 millions de téléspectateurs l'an dernier.

A l'époque, nous vous proposions un faux texte de vœux élaboré à partir des vœux des 41 années précédentes. Cette année, nous nous sommes penchés sur les derniers vœux des «présidents-candidats» (De Gaulle 1964, Giscard d’Estaing 1980, Mitterrand 1987, Chirac 2001) pour en dégager des tendances.

1. Ne pas parler d'élections...

Une élection présidentielle? Quelle élection présidentielle? Un électeur débarqué d'une île déserte en France le 31 décembre 1964, 1980 ou 2001 pour écouter les voeux n'aurait sans doute pas su qu'il était bientôt appelé à élire son président. «En réalité, ce sont surtout les vœux qui précèdent des élections législatives qui sont particuliers», pointe Jean-Marc Leblanc, maître de conférences en sciences du langage à l'université de Paris-Est Créteil et auteur d'une thèse sur les voeux présidentiels, selon qui ce sont davantage les premiers voeux d'un mandat présidentiel que les derniers qui sont «identifiables».

Chirac, qui mentionna implicitement le rendez-vous électoral dont il serait absent fin 2006 («Au printemps prochain, vous aurez à faire des choix décisifs»), ne l’a pas fait en 2001, pas pas plus que Giscard d'Estaing en 1980 et De Gaulle en 1964. Si, pour ce dernier, on peut avancer l’hypothèse que l’élection présidentielle était encore loin (elle s’est tenue, non pas en avril-mai, mais en décembre 1965), les deux autres étaient eux très clairement candidats à leur succession, à moins de quatre mois du premier tour.

2. ... ou alors de manière ambiguë 

Seul François Mitterrand a prononcé les deux mots magiques, le 31 décembre 1987:

«Le troisième rendez-vous est celui que la France s'est fixé à elle-même: je veux dire l'élection présidentielle.»

Mais lui avait fait planer le doute sur son intention de se représenter, et continua avec délectation le soir de la Saint-Sylvestre:

«Mes voeux pour cet acte majeur de notre vie commune sont que les Français se prononcent clairement sur quelques choix essentiels. […] Je n'établirai pas ici la liste de ces choix. Les candidats s'en chargeront en temps voulu.»

Une prudence qui n'est qu'apparente, selon Jean-Marie Leblanc: «Sous couvert de neutralité, le président de la République brosse pourtant le portrait du candidat idéal ou du programme idéal passant par la formation, la jeunesse, la culture, la protection sociale».

Soit Nicolas Sarkozy imite ses prédécesseurs de droite et ne mentionne pas l’élection présidentielle samedi soir, soit il choisit la rupture, hypothèse évoquée par Le Parisien selon qui il pourrait «faire un pas, imitant François Mitterrand —dont il a ausculté la campagne— qui avait levé un coin du voile au soir du réveillon 1987».

3. Le passé: savoir enjoliver son bilan

«J’ai voulu depuis bientôt sept ans...», lance aussi Mitterrand en 1987. Les voeux de fin de mandat sont l'occasion d’en tirer un bilan. Le phénomène est frappant quand on regarde l’évolution des vœux de De Gaulle qui, année après année, y ajoute de plus en plus de chiffres pour finir par vanter en 1964 un bilan «catégorique» de «prospérité» à grand renfort de pourcentages (à la hausse): PIB, revenus, investissements, budgets…

Giscard mentionne lui, selon Jean-Marc Leblanc, de manière «récurrente» le mot liberté, mais parle aussi de sécurité, un thème quasiment absent de ses voeux précédents: une manière de vanter implicitement la loi Sécurité et Liberté («La liberté trouve sa limite nécessaire dans le respect des lois, faites pour interdire les abus»), qu'il s'apprête à promulguer. Et faute de bon bilan économique (le chômage est en hausse, la croissance molle), il n’avance qu’un seul chiffre en dix minutes: la part de l’électricité consommée d’originale nationale...

Car un bilan s’enjolive, y compris quand on n’est plus vraiment au pouvoir en période de cohabitation, comme Chirac en 2001, à la veille de l'arrivée des pièces et billets en euros:

«Il y a six ans, au prix d'un effort considérable des Français pour réduire nos déficits publics, nous nous sommes engagés, nous nous sommes mis en situation d'être qualifiés pour l'euro. Chacun sait que ce n'était pas gagné d'avance, mais nous l'avons fait.»

«Il y a six ans», c'est à dire au moment du plan Juppé de la fin 1995. La gauche, qui gouverne alors depuis quatre ans et demi, répliquera rapidement: le lendemain, François Hollande, alors premier secrétaire du PS, critique ceux qui (comme Chirac…) voyaient un «reniement» dans le projet européen dans les années 70, avant que Lionel Jospin ne se dise fier de conduire «le gouvernement qui a qualifié la France à l'euro en 1998 et qui fait [l’]immense passage pratique» à la monnaie unique. 

4. Le futur: difficultés-unité-fraternité

Ce tryptique classique des voeux est plus que jamais de rigueur avant la présidentielle. C'est De Gaulle qui mentionne, certes pour la réfuter, la possibilité de «graves secousses chez nous ou ailleurs». Giscard qui annonce une année 1981 «difficile». Mitterrand qui parle de «turbulences» à venir.

Mais les présidents pensent avoir des mots magique pour combattre ces dangers: De Gaulle cingle les «vaines agitations» mais croit en la «stabilité», Giscard craint «le relâchement, l'impatience, la désunion» mais emprunte à Charles Péguy le «courage français [...] essentiellement fait de calme et de clarté», Mitterrand veut prémunir le pays «contre ses divisions» et demande de «l’unité profonde» et de la «fraternité», Chirac appelle à la «cohésion nationale»...

Traduction? La situation est compliquée, il est donc urgent de ne pas se diviser en choisissant de changer de capitaine.

5. Attention à la chute!

Si tous les présidents-candidats finissent leur discours par une variation sur le traditionnel «Bonne année, bonne santé!», ils tentent de placer juste avant une formule marquante. En 1964, De Gaulle, qui sera réélu après un scrutin plus serré que prévu, se fait à la fois martial et mystique, bref gaullien:

«La vie est la vie, autrement dit un combat, pour une nation comme pour un homme. [...] Ce que ce peuple accomplit commande notre sort particulier. Ce qui arrive à l'un ou à l'autre compte dans le destin commun».

Mitterrand, qui sera réélu sans surprise, esquisse lui la Tontonmania à venir:

«Pendant les mois qui viennent [...] votre confiance m'aidera.»

A quelques mois d’un des plus grands coups de tonnerre de l’histoire électorale française, Chirac se montre lui plus banal:

«Quelles que soient les épreuves récentes et les incertitudes de l'avenir, je sais que vous voulez faire vivre les valeurs qui sont celles de notre démocratie, de notre République. Que vous voulez conforter notre cohésion nationale. Que vous voulez avancer, réussir et faire réussir la France».

Tous les trois finissent en s’adressant uniquement aux Français; Giscard d’Estaing, lui, adresse ses vœux aux millions de téléspectateurs de l’autre côté de leur poste mais s’en remet aussi au ciel en souhaitant «une année de paix, et, tout simplement, si la providence le veut bien, une année de bonheur».

Une phrase dont plusieurs mots en rappellent une autre, prononcée cinq mois plus tard: «Je souhaite que la providence veille sur la France, pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur.» La chute du dernier discours de son mandat, le 19 mai 1981, neuf jours après sa défaite face à Mitterrand.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte