France

Repasser au franc? Franchement pas simple!

Gérard Horny, mis à jour le 30.12.2011 à 11 h 14

Peut-on revenir à la monnaie —quasi— disparue il y a tout juste dix ans?

Destruction de billets en 2002. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Destruction de billets en 2002. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Pour les fêtes, dans certaines localités d’Espagne, on peut de nouveau utiliser la peseta. En France aussi, à Tours, on peut s’offrir une bouffée de nostalgie en faisant ses courses avec des francs. Mais, attention, pas n’importe lesquels, la France n’est pas l’Espagne et la procédure d’échange entre la monnaie nationale et la monnaie européenne est plus stricte ici: les pièces en francs ne sont plus échangeables depuis déjà près de sept ans.

Quant aux billets qui pourront encore être échangés à la Banque de France jusqu’au 17 février prochain, cela ne concerne que les plus récents: les 20F Debussy, les 50F Saint-Exupéry, les 100F Cézanne, les 200F Gustave Eiffel et les 500F Pierre et Marie Curie. Les commerçants ne peuvent accepter les autres, qui n’ont déjà plus qu’une valeur d’objets de collection. En clair, on n’accepte les francs que s’ils peuvent encore être transformés en euros.

Ultime tour de piste

Ce qui peut se passer ici ou là ne peut donc être interprété comme le retour des monnaies nationales en général et du franc en particulier, plutôt comme un ultime tour de piste, histoire de faire sortir les 3,9 milliards de francs qui seraient encore dans les lessiveuses, selon les estimations de la Banque de France.

Est-ce que ces initiatives commerciales pourraient donner envie de revenir au franc? On peut en douter. Cela fait maintenant dix ans que les Français effectuent toutes leurs transactions en euros (entre janvier 1999 et décembre 2001, l’euro n’était utilisé que sur les marchés financiers; sans les pièces et les billets, c’était encore une monnaie virtuelle). Maintenant, c’est fait, l’habitude est prise. Cela n’a pas été toujours facile, avec un taux de conversion du franc à l’euro qui exigeait quelques calculs (rappelez-vous: 1 euro = 6,55957 francs).

Si vous regardez attentivement vos factures, vous pourrez encore trouver des conversions en francs, mais, dans la vie quotidienne, vous n’entendez plus personne demander «combien cela fait en francs?», qu’il s’agisse d’une rentrée (salaire, pension) ou d’une dépense.

Oubliés les prix en francs!

Pour les jeunes, c’est évident: toutes leurs références sont en euros, même s’ils ont connu plus ou moins brièvement le franc dans leur prime enfance. Mais même les personnes âgées ne font plus la conversion en francs. Quand la conversation arrive sur le thème de la vie chère, on arrive immanquablement à quelques citations de prix en francs, mais c’est uniquement pour illustrer la dérive des prix; ces références au passé ne sont pas utilisées dans la vie quotidienne. Et cela vaut mieux.

Les prix en francs que l’on peut avoir en mémoire, à supposer que la mémoire soit fiable, ne sont pas représentatif de ce que serait le coût de la vie exprimé en francs aujourd’hui. Car, en dix ans, il y a eu un peu d’inflation… Si l’on se réfère à l’indice général des prix, ce qui valait 1F fin 2001, à la veille de l’introduction des pièces et billets en euros, vaudrait aujourd’hui près de 1,20F. Autrement dit, les souvenirs que l’on peut garder de prix en francs peuvent avoir une valeur anecdotique, ils ne sont d’aucun usage pratique aujourd’hui.

Un nouveau nouveau franc?

Et si l’euro finissait par exploser (ce qui n’est pas le scénario le plus vraisemblable, quelle que soit la gravité de la crise de l’euro), que se passerait-il? Si l’on revenait au franc, quel pourrait être le taux de conversion?

En ce domaine, tout est possible. On ne serait pas obligé de revenir au franc sur la base de 1 euro = 6,55957 francs. La valeur biscornue de l’euro s’expliquait par sa construction: l’euro prenait la succession de l’écu, qui était lui-même un panier de monnaies européennes. La valeur de l’écu était la somme de ses composantes, on ne pouvait pas la modifier sous prétexte qu’elle n’était pas commode.

En revanche, si l’on voulait revenir au franc, on pourrait choisir librement le taux de conversion. Nous avons fourni beaucoup d’efforts pour passer du franc à l’euro parce que nous n’avions pas le choix; dans l’autre sens, on pourrait s’éviter des souffrances inutiles.

Un pour un

C’est ce qu’ont bien compris les dirigeants du Front national, qui avancent sur le sujet avec beaucoup de précautions. Certes, ils prônent le retour au franc, mais sans abandon de l’euro, qui passerait du statut de monnaie unique européenne à celui de monnaie commune. Quant au nouveau nouveau franc (rappelons qu’en 1960, on avait déjà eu un nouveau franc, qui valait 100 fois l’ancien), il n’aurait de commun que le nom avec le précédent.

Marine Le Pen est sans ambigüité sur le sujet: la conversion se ferait sur la base de 1 franc pour un euro. Le prix de la baguette et du béret basque ne changerait pas: simplement on le paierait avec une monnaie bien de chez nous et non plus dans une monnaie «apatride». Ce qui d’ailleurs ne pourrait se faire du jour au lendemain: il faudrait imprimer de nouveaux billets et fabriquer de nouvelles pièces, en évitant toute confusion possible avec les anciens billets et les anciennes pièces qui étaient loin d’avoir la même valeur.

Il resterait alors à savoir si ce franc, qui vaudrait plus de six fois le précédent (un euro de 2010 valait 6,43 francs de 2001), resterait durablement fort face à ce qui subsisterait de l’euro ou aux autres grandes monnaies. Mais c’est une autre histoire dont on peut espérer qu’elle restera dans le domaine de la fiction.

Gérard Horny
Gérard Horny (300 articles)
Journaliste
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