Economie

L'hyperinflation est un mythe

Oriane Claire, mis à jour le 07.05.2009 à 17 h 45

Etonnant de voir l'hyperinflation, enterrée pourtant depuis fort longtemps, resurgir dans les craintes collectives. Certains commentateurs envisagent l'envolée incontrôlée des prix comme une menace inéluctable. C'est le cas notamment de l'économiste Pierre Leconte dans son dernier ouvrage, «De la crise financière vers l'hyper-inflation: Comment vous protéger».

Etrange ce désir de voir des problèmes là où ils n'existent pas en s'appuyant sur des hypothèses très alétoires. Pourtant, les difficultés économiques bien réelles et profondes ne manquent pas. L'ensemble de la planète a plongé dans la récession, les perspectives de reprise demeurent très incertaines et la résurgence du chômage touche tous les continents et tous les pays. Mais, l'Allemagne première puissance économique européenne reste encore persuadée que le risque majeur se trouve du côté de l'hyperinflation. Traumatisée au début des années 1920 par une inflation galopante qui avait pavé la voie à l'effondrement de la République de Weimar et la prise de pouvoir des nazis, les Allemands sont conditionnés par les craintes d'un retour d'une hausse des prix échappant à tout contrôle.  Il est vrai qu'avec des prix multipliés par 14 entre 1913 et juin 1921, puis par 35 en six mois et enfin par 1 475 en une année, il y a de quoi marquer l'inconscient collectif.

Mais en économie, fort heureusement, ce n'est pas dans les vieilles histoires que l'on trouve les recettes pour prévoir l'avenir. Les temps changent et les environnements économiques, financiers et monétaires aussi. Il faut savoir que la création monétaire ne provient pas exclusivement des liquidités mises en circulation par les banques centrales. Elle résulte davantage des banques commerciales qui en octroyant des crédits sont responsables de l'essentiel de la masse monétaire.

Alors, aujourd'hui si la Réserve fédérale (Fed) - la banque centrale américaine - s'est lancée dans un plan de soutien record de mille milliards de dollars injectés au secteur financier, on voit bien que les banques n'ont pas massivement développé leur activité de prêts, bien au contraire. Les institutions financières américaines ou les autres avec les banques françaises au premier rang,  ont été davantage tentées de soutenir des bilans affaiblis en augmentant leurs réserves. A tel point qu'en France, souvenons nous,  Nicolas Sarkozy a dû nommer de toute urgence un médiateur, René Ricol, pour sommer les banques ede reprendre leur activité en rouvrant les vannes du crédit pour le financement de l'économie. On est bien loin de craindre la surchauffe avec une injection massive de liquidités par le système bancaire.

Il faut par ailleurs se souvenir que les pays émergents ont tiré les prix mondiaux vers le bas (hormis ceux des matières premières) et conserveront encore leur pouvoir désinflationniste sur les prix.  Les délocalisations de nos centres de production ne sont pas envisagées dans une autre optique que celle du contrôle des coûts et des prix.  Et dans une crise d'une ampleur sans précédent depuis 80 ans, quand tout va mal, on voit bien que ce n'est pas le moment d'augmenter ni ses prétentions, ni ses marges, ni ses prix.

Lorsque les premiers signes de reprises réapparaîtront, alors l'inflation devrait renaître. Ce qui ne sera finalement pas une mauvaise nouvelle. Une inflation excessive est à redouter, mais une augmentation des prix contenue n'est que l'expression du dynamisme d'une économie. Et c'est bien là où le bât blesse en Europe continentale.  Il est plus à craindre un enlisement dans la déflation où les perspectives d'une croissance retrouvée ne se réaliseront jamais (à l'instar de ce que subit le Japon depuis  plus d'une dizaine d'années).

Pour ceux qui auraient encore des inquiétudes, la présence de Jean Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) devrait définitivement les rassurer. Son unique préoccupation, telle est la mission qui est confiée à la BCE, est de contrôler les prix. Alors peu importe le niveau de croissance, la Banque centrale s'est fait une spécialité d'augmenter ses taux directeurs dès que semble poindre à tort ou à raison une résurgence de l'inflation. Au-delà de 2% de hausse des prix, la BCE estime que la stuation est dangereuse pour l'économie, alors penser qu'il y a des risques d'hyperinflation à venir en zone euro fait doucement sourire. Rappelons qu'une hyperinflation est atteinte lorsque le niveau d'inflation est maintenu au dessus de 50% par mois...

Cela dit, tôt ou tard, il faudra bien payer les plans de relance. Les économistes anticipent un retour de l'inflation à partir de 2010. Selon l'Institut d'économie de Hambourg (HWWI), la hausse des prix pourrait atteindre 5%. On n'ose imaginer vers quels niveaux la BCE serait tentée de faire grimper ses taux directeurs si d'aventure les prix s'emballaient de la sorte. Ainsi, ce n'est pas l'hyperinflation qu'il faut craindre mais plutôt  l'hyperréactivité de notre Banque Centrale qui jusqu'à présent n'a jamais failli à sa mission: combattre les premiers signes d'inflation et avec elle ceux de la croissance...

Oriane Claire

Photo: vendeuse de légumes à Kliptown en Afrique du sud  Siphiwe Sibeko / Reuters

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