Sports

La France ne sourit pas aux paris sportifs

Yannick Cochennec, mis à jour le 09.01.2012 à 15 h 23

Premier bilan sur une année pleine: les sites de paris ne font pas le plein. Mais il est trop tôt pour conclure à un échec: 2012 sera peut-être une grosse année pour les parieurs.

6 août 2011, le PSG, sponsorisé par un site de paris sportif, face à Lorient. REUTERS/Julien Muguet

6 août 2011, le PSG, sponsorisé par un site de paris sportif, face à Lorient. REUTERS/Julien Muguet

Le 19 janvier, à l’occasion de la présentation de ses vœux, l’Autorité de Régulation des Jeux en ligne (Arjel) livrera les chiffres des mises engendrées sur Internet en France en 2011. Depuis le 1er janvier, les ordinateurs compulsent et croisent les données des quelque 35 opérateurs agréés sur l’ensemble des sites qu’ils gèrent. Pour la première fois, ils éditeront un bilan de janvier à décembre.

Autorisés depuis le 8 juin 2010, les jeux en ligne avaient profité de l’élan de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud pour se lancer et promouvoir notamment les paris sportifs sur un marché français rétif jusque-là aux jeux d’argent à l’exception de ceux mis en place par la Française des Jeux (FDJ) ou de ceux organisés par le Pari mutuel urbain (PMU) depuis tous les hippodromes de l’Hexagone. Ce marché des jeux en ligne, qui s’ouvrait à la concurrence, concernait, rappelons-le, trois secteurs distincts: les paris hippiques, les paris sportifs et les jeux de cercle (poker).

C’était la fin d’un monopole. Jusqu’au printemps 2010, légalement, seuls la FDJ et le PMU avaient la main sur le marché des jeux d’argent. Mais en 2008, la Commission européenne avait lancé une procédure d’infraction à l’encontre de la France pour monopole illégal. Sous sa pression, l’Etat français avait été contraint de changer sa législation sur les jeux d’argent pour permettre la libre prestation des services de paris sportifs en accord avec le droit communautaire.

Cette évolution juridique s’était accompagnée d’une révolution dans le monde des paris sportifs soumis à la vague de plus en plus puissante des sites étrangers de paris sportifs sur Internet symbolisés par des marques aussi fortes que Unibet, Bwin ou Betclic. Ces derniers ont bouleversé la donne et poussé à la légalisation en France. 

Déjà des alliances chez les «pure players» du pari

Toutefois, cette déréglementation sur les jeux d’argent n’a été que partielle en France et cela a valu à la loi nombre de critiques dans la mesure où la FDJ a gardé le monopole sur tous les autres jeux (loteries et grattage) et où le PMU a conservé en quelque sorte celui sur les paris liés aux courses de chevaux grâce à l’assurance pour les joueurs d’une meilleure rémunération par le biais de ses réseaux traditionnels. FDJ et PMU qui ont eu le droit, en revanche, de venir prendre pied sur le nouveau marché des jeux en ligne face aux petits nouveaux nettement moins bien préparés qu’eux.

Dix-huit mois après l’ouverture du marché, il est clair que parmi la trentaine d’opérateurs seuls le PMU et la FDJ s’en sortent aujourd’hui en France. Les autres ne gagneraient pas d’argent. Ils auraient même plutôt tendance à en perdre, si bien que des opérateurs ont jeté l’éponge ou se sont alliés à d’autres afin d’essayer de trouver une solution. En octobre, à l’occasion de la publication de ses données trimestrielles pour les mois de juillet, août et septembre 2011, l’ARJEL a dressé l’état des lieux du marché des jeux et paris en ligne en France et a fait cette constatation douce amère:

«De manière générale, passé l’effet de curiosité lors de sa création, le marché semble entrer dans une phase de consolidation et de fidélisation de ses joueurs, mais la question d'un modèle économique solide et durable continue de se poser pour des opérateurs qui devront redoubler d'efforts afin d'atteindre un point d'équilibre extrêmement fragile.»

Si les paris hippiques et surtout ceux liés au poker connaissent un certain succès en ligne, les paris sportifs suscitent, eux, une forme d’inquiétude. La poule aux œufs ne s’est pas montrée aussi grosse qu’attendue ou espérée ou tarderait à se muscler. Dix milliards d’euros ont été misés en ligne durant les 12 premiers mois d’application de la loi (de juin 2010 à juin 2011), mais seulement 741 millions pour les paris sportifs contre 8,3 milliards pour les jeux de cercle, les plus prisés et de très loin, et 955 millions pour les paris hippiques.

Le foot, le foot, et un peu de tennis

Sur l’ensemble du troisième trimestre 2011, le marché des paris sportifs a même affiché un recul de 24% du produit brut des jeux  (38 millions de 2010 contre 29 millions de 2011). Comparaison n’étant pas raison, il faut noter que le troisième trimestre de 2010 avait bénéficié de l’attrait de la fin de la Coupe du monde de football et que celui de 2011 s’est appuyé sur les matches de poule de Coupe du monde de rugby (4,1 millions d’euros d’enjeux pour cette période).

Cumulant 766 millions d’euros de mises depuis le début de l’année 2011, l’activité de paris hippiques, non sujette à des soubresauts de calendrier et d’actualité comme le sport, a continué, elle, son ascension. Du côté des jeux de cercle, en pleine forme, la croissance du marché des tournois de poker en ligne était notamment fulgurante (286 millions d’euros au troisième trimestre 2011). 

Pour ce qui concerne les paris sportifs, en cumulé depuis le 1er janvier 2011, les mises sur les deux principaux sports (football et tennis) ont représenté 81% du total des montants engagés par les joueurs (52% pour le football, 29% pour le tennis).

Derrière le basket (6%), le rugby, guère apprécié des candidats parieurs, est parvenu à se hisser à la 4e place avec quatre petits% grâce aux relatifs bons chiffres de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, événement forcément exceptionnel.

Mais là aussi, les situations étaient contrastées. En observant les mises effectuées lors des événements récurrents du calendrier lors des troisièmes trimestres 2010 et 2011, les évolutions ont été spectaculaires sans qu’on puisse vraiment les comprendre. Quand les mises enregistrées sur l’US Open de tennis chutaient d’une année sur l’autre de 9,8 millions à 5,3 millions d’euros, celles constatées sur lors du Tour de France suivaient une courbe inverse, mais sur des sommes bien inférieures, avec 872.000 euros contre 547.000 euros douze mois plus tôt.

Des joueurs plus jeunes

Lorsque la ligue 1 stagnait avec 11 millions d’euros contre 11,4 en 2010, la ligue 2 était nettement à la hausse avec 3,8 millions de mises contre 2,3 millions en 2010. La ligue des champions faisait, elle, du surplace autour de 4 millions d’euros d’enjeux. Difficile de se lancer dans des analyses de ces phénomènes parfois assez incompréhensibles. 

Sur un marché aussi peu mature, il est encore beaucoup trop tôt pour parler d’échec des paris sportifs. Mais à l’évidence, les Français n’ont pas franchement mordu à l’hameçon sur les terrains de sport. Cependant, rien n’est joué sur le long terme.

Si, selon l’Arjel, le profil type du joueur en ligne français est un homme de moins de 35 ans, plutôt citadin et déposant en moyenne 74 euros par mois sur son compte joueur, il ne présente pas la même carte d’identité selon les types de jeu, les moyens de connexion ou le montant des sommes engagées. Par exemple, les parieurs sportifs constituent la population de joueurs la plus mobile (10% d’entre eux se connectent via leur téléphone mobile ou smartphone) et la plus jeune.

69% des parieurs sportifs auraient entre 18 et 35 ans, contre 24% dans la catégorie des parieurs hippiques. A la case dépenses, les jeunes risqueraient moins d’argent que leurs aînés : sur l’ensemble du troisième trimestre 2011, les joueurs de moins de 25 ans ont ainsi joué en moyenne 146 euros contre 357 euros chez les plus de 65 ans.

C’est peut-être l’espoir des paris sportifs en France : la jeunesse de ses aficionados qui pourraient installer dans la durée la tradition du jeu en France autour d’événements de dimension internationale. A ce titre, l’Euro 2012 de football sera un bon indicateur de la tendance et un bon repère de comparaison par rapport à la Coupe du monde de 2010. Le pari n’est pas encore gagné, mais il n’est pas non plus complètement perdu…

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte