Economie

Les emplois verts feront (encore) la croissance de demain

Marie-Laure Cittanova , mis à jour le 28.12.2011 à 11 h 15

Avec la crise, l'écologie est moins à la mode. Néanmoins, le passage à l’économie verte pourrait être la voie de sortie de la crise.

Un ouvrier marche sur des panneaux solaires, à Nankin. REUTERS/Sean Yong/

Un ouvrier marche sur des panneaux solaires, à Nankin. REUTERS/Sean Yong/

On a pu le constater au début du mois de décembre, lorsque les gouvernements européens peinaient à trouver à Bruxelles un accord pour sauver l’euro, tandis que les délégations réunies à Durban pour traiter du réchauffement n’ont abouti qu’à un accord a minima, peu contraignant et inefficace. C’est que pour tous, le retour de la croissance, quel que soit son prix en termes d’environnement, parait aujourd’hui prioritaire.

Dans ce contexte, le gisement des emplois verts ne semble plus aussi attrayant. Au moment du Grenelle de l’environnement, en 2009, le cabinet d’experts Boston Consulting Group estimait que rien que pour la France, on pourrait créer 600.000 emplois verts d’ici à 2020.

En réalité, la crise économique passée par là, les emplois verts continuent de croître, certes, mais à un rythme plus lent que prévu. Ainsi, un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), publié en septembre, mise sur 421.000 emplois verts en 2012, soit 32% de plus qu’en 2009. L’année précédente, la même agence escomptait 492.000 emplois verts pour 2012. Même en baisse de 15%, la prévision de l’Ademe montre qu’il y a dans ce domaine un important gisement d’emplois.

Sortie de crise

En fait, le passage à l’économie verte pourrait être la voie de sortie de la crise. Exigeant moins d’énergie fossile et plus de main d’œuvre, elle pourrait permettre de concilier l’inconciliable: le développement économique et le respect de l’environnement. On sait déjà qu’il faudra consommer moins d’énergie fossile, de gré ou de force: l’augmentation des tarifs force déjà les ménages et les entreprises à s’orienter vers des modes de fonctionnement moins énergivores.

L’un des meilleurs moyens d’y parvenir consiste à mieux isoler nos habitations et bâtiments. Car 40% de l’énergie consommée en France est utilisée dans les logements, bureaux et commerces. Selon l’Ademe, la consommation actuelle représente 400 kWh par mètre carré chauffé par an, et l’objectif consiste à atteindre 100 kWh en 2050, à confort équivalent.

Il ne s’agit pas de grelotter pour atteindre ce résultat. Il faut au contraire isoler les toitures et les murs, équiper les fenêtres de double vitrage, changer les radiateurs et ballons d’eau chaude pour des systèmes de nouvelle génération plus efficaces ou utilisant les énergies renouvelables. Et construire de nouveaux bâtiments à basse consommation. Un formidable chantier.

Efficacité thermique

Pour ce faire, le BTP sera en première ligne, suivi par les spécialistes de l’énergie et des nouvelles technologies. De quoi fournir des emplois à 150.000 personnes d’ici à 2020. Au passage, l’amélioration de l’efficacité thermique des bâtiments permettra aux ménages de voir diminuer –ou ne pas augmenter– leur facture énergétique. Une façon de préserver leur pouvoir d’achat alors que la rigueur budgétaire s’impose à tous…

Selon un récent rapport du Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE), passer à une économie verte signifie, à terme, un fort gain en emploi, de moindres émissions de substances nocives et un bon taux de croissance. Sans oublier les conséquences négatives sur l’emploi du maintien du statu quo, telles que les impacts des catastrophes climatiques sur l’agriculture ou les établissements côtiers, qui n’ont pas été prises en compte dans ses scénarios.

Au cours de la décennie à venir, estime le PNUE, les emplois agricoles pourraient augmenter de 4% dans le monde. Investir dans la protection des forêts et le reboisement pourrait accroître de 20% les emplois formels dans ce secteur d’ici à 2050. Dans le transport, l’amélioration du rendement énergétique de tous les modes de transport et le passage du transport privé au transport public ou non motorisé entraîneraient une hausse supplémentaire de l’emploi environ 10% supérieure à celle du maintien du statu quo.

Efforts de formation

Enfin, les investissements dans l’amélioration énergétique des bâtiments pourraient créer 2 à 3,5 millions d’emplois supplémentaires rien qu’en Europe et aux États-Unis.

Avec l’affectation de 1% minimum du PIB mondial à la hausse de l’efficacité énergétique et à un plus large recours aux énergies renouvelables, le PNUE a calculé que le gain se traduirait simultanément par une hausse de 20% des emplois par rapport au maintien du statu quo d’ici 2050, une croissance économique solide et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Une telle évolution va exiger de nombreux efforts de formation. Un rapport du Conseil d’orientation de l’emploi (COE) de janvier 2010 évalue ainsi que dans le seul secteur du bâtiment, «360.000 personnes dont 70.000 jeunes (contre 50.000 actuellement) devront être formés».

Les emplois verts présentent un énorme avantage: ils sont très variés, tant par secteur (énergie, eau, dépollution des sols, gestion des déchets, agriculture, recherche…)  que par qualifications: celles-ci peuvent aller du CAP en bâtiment aux mastères les plus pointus. Et les emplois peuvent concerner aussi bien les jeunes en apprentissage que les architectes ou les chercheurs les plus titrés. Il y en a, en somme, pour tous les goûts et toutes les compétences. Et tous ces emplois donnent, en prime, le sentiment de travailler pour l’avenir.

Marie-Laure Cittanova

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet

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