2012, l'année sans crédit
Les entreprises comme les particuliers devront apprendre à se passer de crédit l’an prochain. Le renforcement des règles régissant les risques pris par les banques va entraîner un tarissement des prêts bancaires.
- Billets de cent dollars. Nicky Loh / Reuters -
L’an 2012 sera certes en France une année d’élections présidentielles, elle sera aussi une année d’assèchement profond du crédit en Europe. S’ajoutant à la rigueur budgétaire, ce facteur accentuera forcément la récession.
Comment l’Europe en est-elle arrivée là? Les responsables des gouvernements européens et ceux des autorités de régulation ont leur part dans ce désastre. Chacun a agi dans son coin sans coordination et pris des mesures sans que personne ne cherche à dégager une vue d’ensemble.
Les Etats de l’euro sont tous menacés de perdre leur notation, les banques de la zone euro cherchent désespérément, chaque jour, des liquidités et viennent d'en obtenir enfin massivement auprès de la BCE. Mais cela ne changera pas une stratégie ou la prudence sera une nécessité. Pour preuve, un exemple frappant: la SNCF règle habituellement les retraites de ses agents par trimestre. Mais en décembre, elle a annoncé un versement en deux fois, faute de pouvoir emprunter en fin d’année 1,4 milliards d’euros que les banques françaises préfèrent garder dans leur bilan…
C’est qu’il ne fallait pas faire participer le secteur privé au sauvetage grec, estime un banquier international, sous couvert d’anonymat. Bien sûr, moralement, ils devraient être sanctionnés, comme l’a exigé Angela Merkel, mais cette dette souveraine, et celle des autres Etats de l’euro est en grande partie aux mains d’investisseurs américains ou asiatiques. Dès lors que les banques ont du renoncer à 50% de leur créance sur la Grèce, ces investisseurs se sont posés la question de savoir si leur investissement était protégé… Et, faute d’indication claire, ont vendu.
Crise de la dette et nouvelles normes de fonds propres
Il n’aurait pas non plus fallu que, pour asseoir la crédibilité de la toute jeune European Banking Authority (EBA), son président fasse «exploser» le marché de la dette souveraine européenne en faisant allusion à une évaluation dans les livres de banque «avec une référence aux prix du marché». Bien entendu, cette règle doit s’appliquer aux titres qui sont concernés par le «trading», les opérations de marché. Mais les titres conservés au bilan d’une banque jusqu’à maturité n’auraient jamais du être concernés. Encore moins sans délai, en pleine crise de défiance… Cette manière de changer la règle sous la pression des marchés, sans réflexion, fait douter de la compétence d’une autorité qui a déjà été vilipendée pour avoir fait subir aux banques des «stress tests» trop indulgents, et pour n’avoir pas vu venir la faillite de Dexia.
De la même manière, l’annonce d’un durcissement des règles de recapitalisation des banques, qui n’ont plus que jusqu’à juin 2012 pour afficher des fonds propres de base correspondant à 9% de leurs engagements (avant elles avaient jusqu'en 2019), a accéléré et aggravé la crise. Car le plus facile et le plus rapide pour les banques, pour consolider leur capital a été de vendre des titres d’état, «de préférence des titres proches de la maturité, y compris des OAT françaises ou des bunds allemands, car cela permet de dégager des plus-values», note l’expert. Or, si les banquiers d’autres continents constatent que les Européens vendent leurs titres de dette souveraine de l’UE, que font-ils? Ils se disent que ce n’est pas sûr et vendent à leur tour.
Le fait de renforcer le capital des banques est certes une mesure de prudence dont on ne peut que se féliciter. Mais elle change la manière dont les banques peuvent accorder des crédits. Surtout s’il s’y ajoute de nouvelles règles en matière de liquidité, ce qui est le cas aujourd’hui avec la nouvelle réglementation Bâle III. Les banques font en effet de la transformation: elles se servent de l’argent placé à court, voire très court terme par ses clients (par exemple sur leur compte courant) pour prêter à moyen ou long terme. Ce mécanisme fonctionne parce que les banques savent combien elles doivent garder de fonds disponibles. Mais si on exige que les ratios de liquidité changent, ce qui a été fait en juillet, elles ne peuvent plus prêter autant. Et apportent ainsi leur pierre à la récession en devenir. L’ensemble des mesures imposées aux banques est très déflationniste et les oblige à céder rapidement des actifs, ce qui détruit de la valeur. Certains peuvent se réjouir de voir les banques ainsi affaiblies, mais c’est la capacité à financer l’économie, et donc l’activité de la zone euro, qui sont ainsi fragilisées.
Par dogmatisme, par crainte de n’être pas pris au sérieux, par manque de coordination aussi, les mesures ont été empilées sans qu’il y ait de cohérence d’ensemble. Il va désormais falloir assouplir un certain nombre de ces carcans, sinon tout le système risque l’embolie. C’est bien pour cela que le nouveau Président de la BCE, Mario Draghi, a décidé l’octroi de prêts illimités d’une durée de trois ans aux banques. Reste à savoir si cela sera suffisant...
Marie-Laure Cittanova
Mis à jour le 25/12/2011 à 11h35




















































***L'inflation, c'est le monde des bisounours qui fait croire à tous que la croissance (la bulle) est éternelle et que les acteurs économiques combleront leurs baisses de pouvoir d'achat par un crédit par cher.
***La déflation, c'est la situation qui s’impose par elle-même, à priori la moins pire des trois consistant à réaligner économie virtuelle et réelle par la destruction de la valeur (on dégonfle la bulle).
***La guerre, j'ose espérer que personne n'en veut.
Madame, je pense qu'il n'y a rien de dogmatique dans la situation actuelle. Le dogmatisme c'est croire et faire croire à travers des articles comme le votre, que l'homme peut s'affranchir des lois de la nature et amener l'humanité en croissance, au meilleur niveau de vie, c'est à dire celui des américains. ---Adys---
J'espère que votre phrase, je cite "***La guerre, j'ose espérer que personne n'en veut." était une formulation de circonstance car à ma connaissance toutes les guerres et tous les conflits ont été voulus puisque de tous temps, l'homme a convoité ce qu'il n'avait pas et qui ne lui appartenait pas !
Mais aujourd'hui, il ne s'agit peut-être pas de la guerre à laquelle vous pensez ou tout le monde pense... Voici une anecdote que j'ai vécue et qui explique le fond de ma pensée.
En décembre 1996, je travaillais au sein d'une équipe française cotoyant son équivalent américain. trés bons rapports de convivialité. Venant d'arriver et relevant une équipe sur le départ, nous allons fêter cela au resto. Le responsable de l'équipe US étant un ancien officier, il a participé à la guerre du Golf dont il nous parle beaucoup. J'amène alors la discussion sur la guerre économique et il me dit :" Monsieur, la guerre économique a déjà commencé et vous (cf les français) vous n'êtes pas prêts ! Et nous allons la gagner parce que c'est nous qui en avons fait les règles ". Puis il ajoute, enfin :" Et n'oubliez pas, Monsieur, dans la guerre économique, il n'y a pas d'amis !"