Le dialogue social mérite un «New Deal»
Il faut sortir du tripartisme entre les syndicats des salariés, les représentants du patronat et l'Etat
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Les récents conflits sociaux et leurs débordements violents (séquestrations, saccages...) ont mis à jour une nouvelle fois la faiblesse du dialogue social en France. Ils ne sont pourtant que la partie émergée de l'iceberg, révélateurs de mouvements sociaux préexistants à la crise économique, moins spectaculaires car moins visibles, n'attirant pas les caméras. L'annonce par les principaux syndicats de deux journées d'action supplémentaires d'ici l'été contribuera peut-être à contenir certains actes de violence, mais ne résoudra pas le problème de fond.
Ce constat de la faiblesse du dialogue social n'est pas nouveau. Mais son coût sur la croissance du PIB est de mieux en mieux connu depuis que des économistes se sont penchés sur le sujet (Algan et Cahuc, Philipon...). C'est pourquoi on ne peut pas se contenter de relativiser ce phénomène. La mise en perspective des séquestrations d'aujourd'hui avec les occupations d'usine des années 1970 est utile et intéressante. De même, remarquer que les organisations syndicales canalisent en grande partie la colère est rassurant. Mais cela ne fait guère avancer le schmilblick.
Le diagnostic est connu. De nombreux observateurs pointent depuis des années les déficiences du dialogue social à la française. Les rapports Chertier et Hadas-Lebel, pour ne citer qu'eux, ont porté ces observations sur la place publique. Le temps de l'action est donc venu. Plutôt que de multiplier les incantations à plus de dialogue social, comme si celui-ci se décrétait, le pouvoir exécutif serait plus inspiré de lancer un «New Deal» afin de mettre à plat le système actuel des relations sociales et l'amender.
Trois enjeux paraissent déterminants.
Tout d'abord, la simplification des institutions représentatives du personnel (IRP) et leur extension aux petites entreprises. D'un côté, l'absence de représentation du personnel est délétère. De l'autre, la multiplication des espaces de dialogue n'est pas nécessairement garante de la qualité des échanges. Comment les rendre plus lisibles, aussi bien de la part des dirigeants que des salariés? Faut-il les fusionner en une instance unique par exemple comme le propose le Centre des jeunes dirigeants (CJD)?
Deuxième enjeu: la transparence. La question du financement des partenaires sociaux a été soulevée avec la découverte de la caisse noire de l'IUMM visant à «fluidifier» le dialogue social. Depuis, aucune réponse n'a été apportée. L'Etat doit-il subventionner les syndicats sur la base des résultats obtenus à chaque élection, à l'image des partis politiques? La question mérite au moins d'être posée.
Enfin, dernier enjeu: l'efficacité. Les IRP sont encore bien souvent minées par les jeux d'acteurs. D'un côté, elles sont considérées par les dirigeants comme un passage obligé; certains y présentent parfois des dossiers déjà ficelés. De l'autre, les représentants du personnel sont parfois dans l'obstruction systématique. Dès lors, les anticipations des uns deviennent auto-réalisatrices et chacun en ressort conforté dans son idéologie. Par suite, les comités d'entreprise (CE) deviennent des lieux où se succèdent des monologues plutôt que des lieux de dialogue constructif. Bref, les acteurs du dialogue social sont à professionnaliser. Il faudrait notamment multiplier les formations à la négociation raisonnée.
Ainsi, une nouvelle donne du dialogue social s'avère nécessaire aujourd'hui. Il faut sortir du tripartisme entre les syndicats des salariés, les représentants du patronat et l'Etat. Le débat ne doit pas non plus être seulement celui de quelques experts du Conseil économique et social. Il gagnerait à s'ouvrir à la société civile, notamment aux associations qui jouent un rôle de plus en plus important dans la régulation sociale.
Le vrai débat n'est donc pas celui du nombre de manifestations à venir d'ici l'été ou celui des éventuelles sanctions à prendre contre les actes de violence sociale. Le vrai débat est celui de la prévention des tensions, de l'amélioration en profondeur du système français des relations sociales et de l'évolution des représentations sociales. En effet, à force de parler des trains qui n'arrivent pas à l'heure, on oublie ceux qui sont ponctuels. Montrer des exemples où le dialogue social fonctionne bien et débouche sur des accords gagnant-gagnant permettrait sans doute d'atténuer les préjugés du grand public: patronat n'est pas synonyme de passage en force, syndicaliste n'est pas synonyme de gréviste.
La crise économique est bien évidemment une menace. Le risque de banalisation de la violence est réel. Mais c'est aussi une opportunité pour prendre du recul et perdre de mauvaises habitudes. La question de la rénovation du dialogue social, aussi bien dans les entreprises qu'à l'échelle nationale, pourrait être portée par l'ensemble de la classe politique en mettant de côté les joutes politiciennes et les querelles de chapelle. Le jeu en vaut largement la chandelle.
Denis Monneuse
Mis à jour le 06/05/2009 à 7h05













































Elle est pas belle cette jolie photo ? S'entendraient-ils bien mieux qu'on voudrait nous le faire croire ?
Ca fait réver: bonne ambiance, sourires, plaisanteries, mains serrées... la comédie du pouvoir et des contre-pouvoirs...
cordialement,
"une opportunité pour prendre du recul et perdre de mauvaises habitudes". Tout à fait d'accord. Il y a cependant deux difficultés malgré la bonne volonté que portent hors scène un grand nombre qui pourrait s'y rallier.
D'abord les théories ou idéologies du rapport de force excluent cette possibilité par définition. Par exemple elles posent le dialogue social comme une négociation conflictuelle par nature et pas comme une concertation. Il y a donc des doctrines qu'il faudrait laisser de côté au profit de l'expérience humaine réelle et partagée.
Ensuite il faut bien voir qu'il n'y a de dialogue social que s'il y a une vision commune de l'univers commun et ses enjeux. C'est la conception même de l'entreprise qui doit être révisée. La concevoir comme entreprise humaine dont les enjeux se situent dans un espace communautaire permettant de dégager un Sens du bien, commun aux parties prenantes, en est une condition nécessaire. Il faut aussi contextualiser le new deal dans une période de mutation qui favorise cela, la crise ayant ébranlé opportunément quelques certitudes.
Bravo votre article a bien cerné les pb du dialogue social pour connaître les 2 côtés de la barrière, je peux dire que le dialogue n'existe pas car sur les sujets sensibles qui sont en général liés à la rémunération, salaire, prime, intéressement et autres, les dossiers sont entièrement ficelés, reste pour les représentants du personnel quelques miettes prévues d'avance pour éviter qu'ils perdent "la face" .
Un autre dossier sensible évoqué depuis des années la formation. La aussi la négociation n'existe pas car l'Entreprise impose son système qui ne tient pas compte de la demande du salarié qui souhaite évoluer, hors encadrement. Un point noir direct et indirect du chômage.
Le financement des syndicats :pour une partie par l'intermédiare du budget formation et sa surfacturation.
Le trou noir pour beaucoup de représentants des salariés, les bases de l'économie, la lecture d'un bilan ....
Je n'ai pas de compétence spéciale pour le sujet qui nous intéresse.
Cependant, je relève une phrase qui me fait bondir et douter de l'aspect concret et réaliste de votre article: " Il faudrait notamment multiplier les formations à la négociation raisonnée".
Il est sûr que c'est une très mauvaise idée car, ayant subi des formations de toutes sortes, je peux vous assurer que ce type de réunion ne permet que de justifier la paye du formateur prélevée sur le budget formation (dans les entreprises publiques) et de ne pas former de nouveaux agents alors que c'est le premier but de ce budget. Les gens ainsi "formés" n'en retirent rien car, cette formation étant obligatoire, ils ont hâte qu'elle se termine et n'y participent que du bout des lèvres. Je vois d'ailleurs très bien un formateur à la négociation raisonnée sillonnant les routes de France pour apporter la bonne nouvelle et faire découvrir aux apprenants que, pour bien négocier, il faut savoir être raisonnable!. Trêve de plaisanterie; Il serait plutôt intéressant d'explorer davantage l'utilisation réelle des sommes allouées à la formation et les bénéfices mesurables que l'on en retire.
Le titre défini une relation tripartite, sur des relations/négociations qu’il peut y avoir lors de conflits qui relèvent du caractère national et donc qui intègre l’état. Dans les enjeux évoqués par la suite, ils semblent avoir pour objet un caractère local, celui de l’entreprise avec des acteurs locaux (patrons, salariés syndiqués ou non).
Néanmoins, vous passez allégrement du caractère local à celui national et vis et versa, sans le préciser. Or ce n’est pas tout à fait la même chose, lorsque la négociation se passe d’un point de vue local et lorsque qu’une négociation se passe d’un point de vue national, avec des enjeux parfois nationaux, mais aussi européens ou mondiaux. Les acteurs de ces négociations et les enjeux peuvent revêtir des dimensions et des typologies différentes.
Ce qui rend difficile la compréhension du contexte dans lequel se situe certaines parties de votre propos : local, national, européen, mondial.
Sur les enjeux que vous présentez :
1er enjeu : « La simplification des institutions représentatives du personnel (IRP) et leur extension aux petites entreprises. »
Une instance unique sera-t-elle plus représentative de l’ensemble des salariés et des différents courants véhiculés par les divers partenaires sociaux ? Je ne le crois pas.
Cela contribuerait il pour autant à améliorer le dialogue social ? Bien malin celui qui peut l’affirmer, tant une négociation dépend des différents acteurs de cette dernière.
Quand aux propositions du CJD elles sont contradictoires. Ils proposent de supprimer les seuils, ou le recours à la représentation des salariés dans l’entreprise (quelque soit sa taille) est obligatoire. Puis deux propositions plus loin, ils créent un nouveau seuil : A partir de 10 salariés. (Il y a encore du boulot pour atteindre la cohérence)
« D'un côté, l'absence de représentation du personnel est délétère. De l'autre, la multiplication des espaces de dialogue n'est pas nécessairement garante de la qualité des échanges »
Pfff… Cela vous ennuierait d’être plus précis et d’expliciter ce que vous entendez par « espaces de dialogue » !
Celles qui multiplient les espaces de dialogue ont peut être un problème : le chef d’entreprise !
Nombre de TPE/PME/PMI n’attendent pas qu’un climat délétère s’installe pour dialoguer. Attendre de remplir une fiche d’évaluation en guise de dialogue annuel pour les entreprises qui pratiquent cette méthode, relève de l’hérésie ! (pour ne pas dire autre chose)
Il suffit parfois de peu de choses pour qu’une entreprise fonctionne bien. Un dirigeant, qui considère qu’il a une équipe et non pas des esclaves ou des larbins, qui est à l’écoute des difficultés (personnelles ou professionnelles) que peuvent rencontrer ses salariés et les solutions qu’ils peuvent envisager ensemble (ponctuellement ou durablement) pour pallier à ces dernières. Qui valorise leurs compétences, qui est à la recherche d’une qualité de travail comme d’une qualité de vie au sein de l’entreprise, rendra son entreprise compétente et augmentera naturellement la productivité.
Il vaut mieux avoir des salariés qui ont « la banane » en entrant dans l’entreprise que des salariés qui n’ont « la banane » qu’en en sortant !
Remettre de l’humain dans l’entreprise conduit aussi à rétablir le dialogue (lorsqu’il est rompu) et pourra changer le binôme syndicat/patron dans rapport de consensus plutôt que d’affrontement.
2ème enjeu : « L'Etat doit-il subventionner les syndicats sur la base des résultats obtenus à chaque élection, à l'image des partis politiques ? ».
Vous en connaissez beaucoup qui accepteront qu’une partie de leurs impôts servent à financer le syndicalisme ???
Si c’était le cas, cela donnerait t’il le droit à une carte syndicale gratuite pour tous les salariés, grâce aux financements publics ? Et qu’en attendront t’ils, une prestation sociale ?
J’en connais qui seront fort dépourvus lorsque l’obligation sera venue de choisir un syndicat. Le service minimum obligera aussi les syndicalistes professionnels à ne pas faire grève pour organiser et manifester dans la rue ! (mdr)
3ème enjeu : « Bref, les acteurs du dialogue social sont à professionnaliser. Il faudrait notamment multiplier les formations à la négociation raisonnée ».
Oups ! Je crains le pire ! Comme jHenry44 cela ma faits bondir tant « négociation résonnée » prend une tournure tendancieuse, de « négociation limitée », voir « soumise à… » .
On pourrait croire que cela pourrait prendre la forme d’une discussion convenue entre deux avocats qui négocient les montants d’une indemnité dans des règles (lois) établies, mais la différence est qu’entre avocats cette dernière se fait d’égal à égal, ce qui n’est pas souvent le cas dans les entreprises ou le dialogue est inexistant (excepté peut être dans les SCOP).
En quoi une négociation est elle raisonnée ? Si pour vous, une négociation peut être raisonnée, alors celles qui ont lieues aujourd’hui sont déraisonnées, déraisonnables, à moins que ce ne soit la preuve que vous faites, qu’il n’y ai pas de négociations en France actuellement !
Quels en seraient les critères ?
Entendez vous par négociation raisonnée, une négociation encadrée, règlementée, limitée dans l’expression et dans le temps ?
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La perte de confiance des salariés par le fourvoiement depuis les années 80 (avec l’arrivée de Mitterrand) d’une partie des syndicalistes locaux et nationaux en obtenant des postes ou des avancées en échange d’une certaine paix sociale, s’est faite au détriment d’une partie de salariés syndiqués et non syndiqués (cadres et non cadres). Tout cela a participé à leur faible représentativité aujourd’hui dans les entreprises (perte de confiance), même si ce ne sont pas les seules raisons.
Comment aujourd’hui, établir un dialogue, quand les syndicats de salariés sont locaux (sur le site de travail), et que les dirigeants sont externalisés au site de production (Europe, ou ailleurs), voir parfois avec une gouvernance éclatée ?
Si les entreprises sont européennes, mondiales, les syndicats devront l’être aussi, sinon le risque sera plus grand encore, de voir de violentes éruptions sociales et sociétales,en l’absence d’interlocuteurs réels et reconnus, prendre le pas localement ou nationalement sur toute raisons quelles qu’elles soient !