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Les jouets du Père Noël allemand sont-ils plus sûrs?

Ann-Christin Meermeier, mis à jour le 23.12.2011 à 11 h 17

Avec la polémique sur la dangerosité potentielle de Sophie la girafe, l'Allemagne a été présentée comme un paradis pour la santé des enfants.

Le Père Noël. REUTERS/Kacper Pempel

Le Père Noël. REUTERS/Kacper Pempel

En novembre, le magazine UFC Que choisir écrivait que Sophie la girafe, jouet de tradition française par excellence, était potentiellement cancérogène. Le fabricant Vulli rejette les reproches, assurant que Sophie est tout à fait dans les normes européennes

A lire le communiqué d’UFC que choisir, on pourrait penser que l’Allemagne est le paradis des jouets pour enfants, un pays avec une sécurité renforcée par rapport au «laxisme de la réglementation européenne».

Et en effet, la loi allemande (qui répond au doux nom de «Bedarfsgegenständeverordnung») protège les enfants de moins de 3 ans contre des substances cancérogènes contenues dans les jouets. Cette loi et d’autres dispositions au niveau national prévoient des limites strictes –pas seulement pour l’utilisation des nitrosamines et des substances nitrosables (accusées dans la controverse autour de Sophie) mais aussi pour des plastifiants et des métaux lourds.

«Nous sommes dans le rôle des rabat-joie»

«Avec ses directives appliquées aux jouets, l’Allemagne compte parmi les pays les plus sûrs d’Europe», affirme Monika Büning du ministère allemand pour la Protection des consommateurs (BMELV). 

Une particularité qui lui cause des soucis à l’heure de l’harmonisation des règles sur la sécurité des jouets au niveau européen. Actuellement, c’est la «Bedarfsgegenständeverordnung» qui compte. Mais à partir de juillet 2013, l’Allemagne sera censée suivre –comme les autres pays européens– la nouvelle directive sur les composants chimiques des jouets.

Or les règles européennes seront moins strictes que les allemandes en vigueur actuellement. Selon des défenseurs de consommateurs et des chercheurs, les nouvelles valeurs limites des substances dites CMR (cancérogènes et/ou mutagènes et/ou toxiques pour la reproduction) sont beaucoup trop hautes.

«Surtout, les enfants de moins de 3 ans sont très sensibles, car ils sont en forte croissance», explique Klaus Kümmerer, professeur de chimie à l’université de Lüneburg. Il critique notamment la teneur autorisée en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), trouvées dans près de la moitié de jouets testés par UFC que choisir (mais pas dans Sophie).

La nouvelle directive de 2013 devrait autoriser une concentration de ces substances cent fois plus élevée que pour les pneus de voitures.

Un grand recul, compte tenu du fait que le nombre de cancers frappant les enfants est élevé. En France par exemple, un enfant sur 440 va développer un cancer avant l’âge de 15 ans

Les chercheurs et associations de consommateurs ne sont pas les seuls à s’inquiéter: le gouvernement fédéral allemand a déposé une demande auprès de l’UE pour maintenir les standards nationaux.

«Nous [les Allemands] sommes souvent dans le rôle des rabat-joie, si nous demandons des règles plus strictes au niveau européen», regrette Monika Büning du BMELV. D’après elle, avec les pays scandinaves, les Allemands défendent plutôt le principe de précaution, alors que d’autres pays s’orientent plus vers un modèle anglo-saxon fondé sur la «Product liability» (responsabilité de produit) qui prévoit des compensations financières pour des consommateurs lésés.

Une mise en application problématique dans la mesure où il est difficile de prouver un lien de causalité entre une maladie dont on souffrirait à l’âge adulte et un jouet utilisé durant l’enfance.

Déjà en 2007, l’organisme de contrôle indépendant TÜV a défendu son étiquetage «GS» (sécurité vérifiée) contre les efforts de l’UE qui elle souhaitait une harmonisation du marché intérieur. Le sigle garantit qu’un produit remplit toutes les exigences de sécurité. Appliqué aux jouets, il assure, en outre, qu’il n’y a pas plus de 1mg/kg d’HAP.

Pour Noël, aurait-il fallu acheter allemand?

Acheter des jouets allemands est-il donc le gage d’un Noël sûr pour les petits? Ce n’est pas aussi simple: selon Johannes Näumann, porte-parole du TÜV, seulement une petite partie des jouets sont testé par le TÜV. Sophie, par exemple, a échappé à son contrôle.

Johannes Näumann souligne cependant l’importance des étiquettes telles que «GS» ou son équivalent français «NF» face au sigle européen «CE»: «La marque “CE” ne veut en fait rien dire», explique le porte-parole. Ce logo, obligatoire pour tous les jouets sur le marché européen, ne signifie pas qu’un produit a été testé par un laboratoire indépendant, il s’agit plutôt d’un autocontrôle du fabricant, explique le porte-parole.

Le logo «CE» est alors loin de garantir une protection contre des substances dangereuses comme le système d'alerte rapide de l’UE RAPEX le montre. Sur son site web, RAPEX diffuse chaque semaine des informations sur des produits dangereux. Dans les longues listes de réclamation, on trouve de nombreuses marchandises qui portent bel et bien le sigle «CE». 

Récemment, le magazine allemand pour consommateurs StiftungWarentest a testé des jouets de toutes origines confondues et a découvert qu’un jouet sur six dépasse les normes. 

Les experts y ont notamment trouvé des métaux lourds tels que du nickel et du cadmium ainsi que des plastifiants tel que la naphtalène. Et les jouets chinois ne sont pas les seuls coupables: des marques allemandes telles que Simba ont aussi transgressé les lois.

Les nombreux cas de réclamation montrent bien que l’application des lois strictes est problématique. Sophie est un bon exemple de l’ambigüité de la situation: en octobre, le magazine Ökotest, équivalent allemand de l’UFC, a publié un rapport selon lequel l’animal en caoutchouc n’est pas dans les normes de la «Bedarfsgegenständeverordnung».

Vulli se réfère d’ores et déjà aux normes européennes de 2013 en estimant que Sophie serait –avec une présence des substances nitrosables de 0,5 mg/kg– parfaitement conforme aux directives.

Cependant, la «Bedarfsgegenständeverordnung» limite la présence des substances nitrosables à une valeur de 0,1 mg/kg. Après une décision provisoire du tribunal de grande instance de Berlin, le magazine Ökotest a déjà dû retirer sa déclaration selon laquelle Sophie n’est pas «commercialisable». Tandis que les Allemands attendent le jugement définitif du tribunal berlinois le 17 janvier 2012, les Français déclarent Sophie non coupable.

L’issue du procès entre Ökotest et Vulli est d’importance, puisqu’elle montrera lequel des règlements (allemand ou européen) reste la référence.

En attendant, si vous voulez assurer vos arrières, n’achetez pas seulement des jouets allemands mais des jouets allemands «GS» (par exemple, ces marques et font tester leurs produits par TÜV)

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